Souvenirs d’une nuit torride…

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Jamie BALDRIDGE 3

Une semaine s’est déjà écoulée depuis ma dernière nuit blanche érotique…

 

Pour l’écriture d’une nouvelle, dans le cadre du PNE, what did you expect ?

PNE cplete

Tout d’abord, il faut attendre 23h59 pour découvrir dans son courriel les contraintes de thème et de mot final, ajoutées à celles de  la limite dans le temps puisqu’il faut rendre sa copie au petit matin, et celle du nombre de signes maximum autorisés (20000). Comment s’occuper en attendant que les heures passent, sans céder à l’endormissement dans le cocon douillet du salon ? Avoir recours à la télévision n’est pas une très bonne idée, les niaiseries du samedi soir incitent plutôt au laisser-aller dans les bras accueillants de Morphée. Musique plutôt. Verdi, le Requiem, voilà qui devrait me tenir en éveil ! Avec, pour m’encourager puisqu’on n’est jamais mieux servie que par soi-même, une -grande- coupe de champagne, ouvert pour l’occasion, dans lequel je fais couler délicatement quelques sanglots de crème de framboises. Bio. Faite de mes blanches mains, avec les framboises du jardin, un excellent rouge et du sucre roux…

Ensuite, ce sera du café, car si j’abuse des bulles rosies, je risque d’être légèrement grise et de ne plus maîtriser ni la plume ni le clavier !

Au Dies Irae, je me connecte sur Facebook pour aller papoter un moment avec les auteurs qui participent à cette folle nuit sur le groupe fermé Nos Nuit d’Encre créé l’an passé par l’ami Galan Dorgia. Ils sont nombreux déjà à bavarder dans l’excitation montante au fil du temps qui passe… Bien lentement. Chacun sort ses munitions: qui son whisky, qui sa verveine (?), ses tablettes de chocolat , -oui, le vrai, pas celles du chéri- son plaid douillet et son doudou porte-bonheur ! Je ris de bon cœur avec eux, via l’internet pendant un moment.
Minuit moins une… Je me connecte à ma boîte mail.

Cette année, la nouvelle devra se situer dans les limites de « Un dîner de cons » et s’achever par le mot « commode ».

Immédiatement, deux flashs : évidemment le film avec Villeret, basé sur une histoire vraie et dont j’ai connu l’un des instigateurs, et une petite phrase nominale : pas commode !

Puis, dans le cadre d’un concours de nouvelles érotiques, le mot « cons » prend une autre tournure dans l’énoncé. Comment traiter ce sujet en faisant preuve d’originalité ? Céder à une certaine facilité en évoquant, ou prenant comme prétexte le fameux dîner de cons, dériver dans une histoire de cons et de culs ? J’ai remplacé Verdi par Scarlatti et Haendel, de la guitare douce. Mon cher cahier de brouillon et un stylo bille en main, je me mets à jeter en vrac les idées qui viennent sur les pages quadrillées. Je m’aperçois assez rapidement que mes démons personnels prennent vite le dessus, et que finalement, quel que soit le thème, ils s’invitent toujours pour parler des émois du cœur et du corps, du désir et du plaisir… Mettre un peu d’ordre, ensuite dans tout cela. Une pause s’impose, avec un nouveau café. Il est déjà près de 3 heures, le changement à l’heure d’hiver va s’opérer tandis que je redescends au salon grignoter une tranche de pain grillée-beurrée pour accompagner ma citerne de café.

En effet, lorsque je retrouve mon écran, la petite horloge du P.C affiche 2 heures. Ce qui me rassure, car le plus dur reste à faire : rédiger la chute de mon histoire pour la faire s’achever sur une commode, son introduction et me jeter dans le vide en rédigeant à présent le corps de l’histoire que je me raconte. L’avantage d’être en tête-à-tête avec son bureau -d’ordinateur- et ses dictionnaires fétiches est certain. Je me suis constitué ma propre « banque de données » avec un éventail de champs lexicaux des mots de la chose, croisés avec d’autres dans lesquels j’aime aller piocher quand un mot ne vient pas immédiatement sous les doigts qui courent à présent sur le clavier. En cas de besoin, mon vieux et fidèle Bertaud du Chazaud est toujours prêt et mon Logos m’ôte le doute qui peut subsister sur la correction de l’emploi d’un mot ou d’une expression. Au pire, Internet est aussi utile, mais j’aime la présence rassurante de mes dicos dont les pages si souvent tournées commencent à accuser une fatigue certaine. Moi aussi d’ailleurs, à 3h50… Je n’ai pas encore terminé la rédaction de mon récit, je surveille le nombre de signes, tout va bien, je suis dans les clous.

Mais je dois arrêter quelques minutes. Mes jambes sont raidies par cette station assise prolongée et surtout très tardive. Ou matinale, selon le point de vue. Mon dos tiraille, mes yeux picotent et ont rougi. Là, je m’offre une nouvelle coupette de bulles, « parce que je le vaux bien » et que la première est déjà bien loin ! En effet, la fraîcheur du breuvage pétillant me revigore. Pour terminer, ce sera Brahms. Après avoir fait bouger aussi Tosca -la chienne cane corso- qui ronfle décidément trop fort… Jusqu’à 3h40, je vais poursuivre pour enfin écrire le mot « commode ». Je me relève pour m’étirer de tout mon long une dernière fois, à présent, il me faut relire, traquer les inévitables coquilles sournoisement dissimulées dans le corps de mon texte. A 4h05 -soit pour moi en réalité 5h05- je relis pour la troisième fois et les lignes se mettent à danser sur l’écran… La musique s’est tue sans que je m’en aperçoive, j’ai comme un petit  tambour qui bat à mes oreilles au rythme des battements de mon cœur. Je ne vois plus grand-chose, les dés sont donc jetés.
Il est 4h 13 quand j’appuie sur la touche « envoi » depuis ma boîte mail, après avoir quand même vérifié que j’ai bien joint ma nouvelle !

Curieusement, j’ai l’impression de ne pas avoir sommeil en dépit de l’énorme coup de fatigue et de stress ressenti. Cette nuit blanche aux allures de marathon est terriblement excitante. Parce que même si les amis sont là, virtuellement à portée de main et de clic, elle est très solitaire, renferme sur le seul cocon de l’imaginaire qui peu à peu se déroule, emporte, transporte littéralement au fil des mots dévidés comme écheveau. Pour aller jusqu’au bout de ce défi à soi-même, et de façon très masochiste, en y prenant un infini plaisir.
Normal, peut-être, quand on écrit de l’érotisme ?

Et vous, amis auteurs, comment avez-vous vécu cette incroyable et diabolique nuit ?