Plume légère

Par défaut

 

20180103_114420        Vous êtes invitée sur un salon du livre, quelque part en province. Fièrement, vous avez joliment disposé vos ouvrages sur la table que l’on vous a attribuée, entre deux auteurs dits « régionaux ». Vous attendez le lecteur, stylo en main, prête à dédicacer avec joie la trentaine de livres étalés, tous titres confondus, pour attirer le chaland bibliomane compulsif…

Les réactions des passants qui passent ne se font pas attendre. Les nez se froncent devant vos couvertures, les yeux se plissent (ou s’allument d’une étrange lueur selon le cas) et les questions ou remarques accompagnant les mimiques fusent :

— Vous avez la plume… légère, vous ? ( regard et intonation féminins réprobateurs)

— C’est vous qui avez écrit ça ? C’est scabreux, nan ? (Ben oui, si je suis assise là, c’est moi…et je revendique le ça)

— C’est osé ? (regard masculin égrillard)

—  Nan, j’aime pas beaucoup ça… (suivi d’une expression de dégoût profond, féminin, parfois masculin)

— Je peux avoir votre numéro de téléphone ? (Et quoi encore ?)

—  C’est vous sur la couverture ? (humour masculin, clin d’œil à l’appui)

20160716_101250

 

Simplement parce que vous vous situez dans la sulfureuse catégorie « littérature érotique » et que vous êtes une femme. Et que si l’on taxe votre plume de « légère », la femme que vous êtes l’est forcément tout autant. CQFD. Raccourci ? Non, une réalité que vous constatez au quotidien. Parce que vous écrivez des « cochonneries » (re sic !) vous êtes forcément une polissonne dépravée, prête à répondre à toutes les invitations. Prenez Facebook, par exemple. Vous vous êtes décidée à créer votre page « écrivain », histoire d’essayer de faire la promotion de vos publications. (votre cher éditeur, constamment débordé, n’a pas le temps, lui…).

Las ! vous êtes rapidement assaillie de « demandes d’amis » masculines pléthoriques, de M.P pour le moins surprenants. Des messieurs viennent vous y raconter leurs préférences sexuelles de façon détaillée, vous demander d’être leur domina, s’obstinent à vous affubler de petits noms « affectueux » ou à vous envoyer les gros plans de leur bâton de pèlerin haut levé, comme on hisse les couleurs le matin dans les casernes. Sans compter les tentatives de « discussions », dont l’indigence du discours et de l’orthographe n’a sans doute d’égale que la misère sentimentale de leurs auteurs. Exemple (certifié authentique) :

— Slt, (variante: bjr ) comant t’m bésé ?

Étonnant, non ? aurait interrogé feu le regretté Desproges.

Ce qui me surprend, en ce siècle où les tabous semblaient abolis en la matière et la lutte des femmes pour l’égalité avec les hommes avoir marqué des points, c’est que certains messieurs s’autorisent encore à considérer la gent féminine comme un ramassis de salopes en puissance auxquelles on peut tenir des propos que je qualifierais pudiquement (mais oui…) de « déplacés ».

20180103_120146Que les choses soient bien claires : si j’écris dans le registre érotique, c’est parce que j’aime mettre en mots l’amour, l’intime, voire la part sombre de la nature humaine. Les histoires que je raconte sont imaginaires, fictives, pas une autobiographie détaillée de ma vie sexuelle. Pas plus que je ne confonds les réseaux dits sociaux avec des sites de rencontres.

Nous sommes nombreuses à publier de l’érotisme. Je crois savoir que mes amies romancières et nouvellistes dans ce genre littéraire ont toutes eu affaire à ce type de « désagréments ». Alors, de grâce, messieurs, lisez-nous mais arrêtez de penser que nous sommes ce que nous écrivons ! Si besoin, replongez-vous dans vos cours de français du lycée et faites enfin la différence entre auteur et narrateur, réalité et fiction. Julie-Anne

Et vous, mes chers collègues masculins qui écrivez aussi de l’érotisme, êtes-vous sollicités de la sorte par des groupies en délire ?