Les tabous ont la vie dure !

Par défaut

PhilaeWEBLa littérature érotique s’étale aux vitrines des librairies, aux rayons livres des grandes surfaces, voire parfois sur les affiches du métro parisien. Et pourtant…

Il se trouve que j’avais été conviée sur un salon du livre en province. Bien sûr, on me demande quelles sont mes publications récentes susceptibles d’être en relation avec le thème de l’année, à savoir « Biographie et Autobiographie ». Puisque Philae d’îles en ils, récit biographique romancé de Danaé B. que j’ai mis en mots vient de paraître (Éditions du 38, collection Paulette), je m’étais empressée de répondre favorablement à l’invitation, ravie à l’idée de présenter ce livre qui concorde parfaitement avec le sujet choisi par les organisateurs.

Las ! Cet ouvrage sent le soufre à plein nez ! L’héroïne, inconditionnelle du sexe -balançant de l’un à l’autre- narre un exceptionnel road-trip, au cours duquel elle s’adonne à tous les plaisirs, y compris ceux qui conduisent aux portes de l’enfer. Il s’agit donc d’un livre entrant dans la catégorie « érotisme ». Le mot est lâché, rien ne va plus.

Je suis donc priée de ne plus venir, car « le comité lecture a systématiquement écarté toutes les biographies ou autobiographies relevant de la littérature érotique. »  (sic)

Avec des précautions oratoires exquises des plus louables, on m’explique que le public est « familial« ,  » de tous âges« , et qu’il serait donc inconvenant que la bio  « d’une telle personne » puisse choquer les habitués du salon. Impossible de m’accueillir avec « ce genre de littérature » (re sic)

Je me suis donc empressée d’effacer de ma page Salons et Dédicaces l’annonce que j’y avais faite de cette manifestation à venir. Hors de question d’embarrasser qui que ce soit avec un livre par trop diabolique ! Cependant, je m’interroge : on n’a jamais autant exposé le sexe et le cul, mais il ne faut surtout pas proposer ce qui semble toujours être considéré comme un sous-genre littéraire. Je ne suis pas chagrine d’être empêchée de participer à un salon, mais très contrariée (euphémisme) de la persistance de tabous qui entravent toute liberté de choix des lecteurs et relèguent au cachot, comme le furent jadis Sade, Casanova, Wilde, tout récit à « connotation sexuelle explicite ».

Ôtez-moi d’un doute : ne sommes-nous pas au vingt-et-unième siècle, en 2017 ?

tabou