jeudi 8 mars : Journée Internationale des Droits de la Femme

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A l’heure où l’exécutif va obliger les entreprises à se doter d’un logiciel détectant les différences de rémunération à poste égal et à compétence égale, force est de constater que les femmes occupent encore trop souvent des postes moins qualifiés, dans des métiers moins bien payés. Selon l’Insée, l’écart atteint même 27%…
Simple exemple, de taille s’il en est d’une inégalité persistante, terreau d’un combat mené de longue date et hélas, toujours d’actualité. Sans parler des acquis obtenus de haute lutte si récemment dans l’histoire de l’humanité : droit de vote : 21 avril 1944, à l’avortement et la contraception : 1974 et

17 janvier 1975 promulgation de la loi Veil. Simone Veil

13 juillet 1965 : la réforme des régimes matrimoniaux , votée à l’Assemblée Nationale, décrète l’autonomie financière des femmes mariées. Elles peuvent dès lors exercer une profession sans l’accord de leur mari, ouvrir un compte bancaire en leur nom propre et disposer de leurs biens.

S’il est un lieu où le patriarcat bourgeois règne en maître, c’est bien l’opéra.

Quand Verdi présente sa Traviata, ( le 6 mars 1853) le succès n’est pas au rendez-vous : le bourgeois du XIXe ne supporte pas de voir étalées ses vilenies sur scène. Au son sublime des valses, Violetta, la demi-mondaine, la prostituée croit qu’elle va pouvoir s’autoriser un amour conjugal. Elle décide de se laisser aimer mais Alfredo la prostitue dans l’amour. Tous les crimes d’opéra se commettent en son nom.

Violetta et AlfredoElle qui se croit libre, qui le proclame dans l’air magnifique :

 » Sempre libera degg´io
folleggiare di gioia in gioia, »

Elle résiste bien peu, hésite encore, peut-elle aimer,se laisser aimer ?  »    « Oh ! Oh ! Amore !
Follie ! Gioir ! »

Peut-elle simplement jouir ? N’est-elle pas frigide à proclamer ainsi haut et fort cette aspiration ? La prostituée ne s’interdit-elle pas le jouir ? Alors qu’elle croit vivre enfin un amour vrai avec Alfredo, dans une campagne idyllique, elle est vite rattrapée et vaincue par le fric, le patrimoine à défendre, l’opposition entre la pure et l’impure que vient lui chanter Germont père. Son salut ne peut résider que dans la perte. Et pourtant, comme elle se débat la petite malade ! Elle chante des halètements saccadés, crie son amour en syncopes musicales, lance des cris hachés pour dire qu’on lui demande toute sa vie. Enfin, vaincue, elle ne peut que murmurer  » e vero… ». *

Germont n’a plus qu’à enfoncer les clous dans les paumes de la femme, la renvoyant aux  harems fermés de la bourgeoisie dont elle a espéré sortir. Elle le paie de sa vie même, toussotante.

 La rédemption arrive trop tard, elle meurt entourée de l’amant qui pleurniche et du père confit en pseudo remords.violetta meurt

Violetta et Fleur-de-Marie portent les mêmes stigmates, syphilis et phtisie, ces  corruptions du corps dont héritent celles qui ne font pas partie de la famille.

Butterfly se brûle les ailes en croyant à l’amour de Pinkerton et si Carmen, celle qui dit « non » et veut rester libre, toutes sont décidément défaites, crucifiées sur l’autel de la suprématie mâle.

Reste la narration musicale, somptueuse, envoûtante, déchirante.  Verdi, Puccini, Bizet (pour ne citer qu’eux) peuvent reposer en paix : la dévoyée qui a emprunté les chemins de traverse, la victime à Nagasaki, la belle cigarière en Andalousie ne cessent d’attirer les foules venues contempler leur sacrifice à l’amour et surtout, à l’homme.

Et vous, êtes-vous aussi fondu d’opéra ?

* Catherine Clément: L’opéra ou la défaite des femme      Grasset, 1995

Iconographie : La Traviata, film opéra de Franco Zeffirelli, 1983, avec Teresa Stratas, Placido Domingo, Cornell Mac Neil  Direction : James Levine