JE SUIS BRIGITTE

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French president-elect Emmanuel Macron (C), his wife Brigitte Trogneux (2ndR), her daughter Tiphaine Auziere (2ndR) and the latter's husband Antoine Choteau (R) greet supporters in front of the Pyramid at the Louvre Museum in Paris on May 7, 2017, after the second round of the French presidential election. Emmanuel Macron was elected French president on May 7, 2017 in a resounding victory over far-right Front National (FN - National Front) rival after a deeply divisive campaign, initial estimates showed. / AFP PHOTO / Eric FEFERBERG

J’ai la faiblesse de croire en l’Homme et qu’il peut devenir meilleur, en ce qu’il peut faire de grand et de beau dans un esprit de tolérance, de respect de l’autre dans toutes ses différences, en sa capacité à s’ériger contre tout extrémisme dévastateur et gorgé de haine.

Je me suis gardée d’exposer mes opinions, réservant au secret de l’isoloir ce qu’en conscience et par devoir citoyen je pense le meilleur pour mon pays.Parce que je suis aussi citoyenne d’une France où le droit de vote accordé aux femmes n’a que dix ans de plus que la nouvelle Première Dame…

Je n’ai pas mêlé ma voix au concert de tous ceux qui ont déversé des flots d’injures à l’endroit des candidats de tous les bords, inondant les réseaux sociaux de propos de café du commerce où, à l’heure du jaune et du tiercé, on refait le monde, sûr de détenir la vérité d’un individualisme forcené qui se veut bien-pensant. Chacun ne voyant que par le bout de son seul quant-à-soi ce qu’il croit être la panacée à tous les maux et saura surtout préserver ses droits en oubliant ses devoirs. Sans réflexion, sans le simple bon sens qui permet un esprit critique en toute connaissance de cause. A faire se retourner Voltaire a sa tombe, comme tous ceux qui ont tenté de faire de la France une nation éclairée. Les beaux esprits, au sens noble du terme, ceux qui réfléchissent, analysent, semblent s’être fait la malle au profit de meutes beuglantes qui applaudissent aux éructations du premier venu qui promet que le jour du grand soir on va raser gratis. Et pour mieux attaquer l’autre que l’on pendrait volontiers haut et court en Place de Grève, on attaque son épouse en vomissant à longueur de « posts » assassins des propos aux relents nauséabonds de dégueulis de poivrot. Tout simplement parce qu’elle n’est plus une perdrix de l’année et de vingt ans l’aînée de son mari…

A l’inverse et curieusement, que la compagne de cet autre candidat soit de vingt ans sa cadette n’a jamais suscité le moindre commentaire. Il semble qu’au regard du machisme ambiant, cela soit pour lui plutôt flatteur. Pour faire court : un homme mûr qui séduit une jeune femme passe pour un Don Juan alors qu’une femme mature qui ose aimer un homme plus jeune qu’elle ne peut être qu’une salope… De plus, si la dame a atteint la soixantaine, on se déchaîne et se gausse d’autant plus, en gorges chaudes d’une vulgarité à crever.

Peu importe qu’elle ait la tête mieux faite qu’une star de téléréalité à la une des mags « pipole » qui font le bonheur des midinettes au Q.I de bulot, elle n’en a plus la plastique (quoique…) et ses ride attestent du temps l’irréparable outrage.

Décidément, on tombe bien bas. On vocifère et pérore à l’envi sur la « cougar » devenue Première Dame de France aux côtés de son si jeune mari !

J’ai honte. Honte qu’en 2017 dans mon pays une femme soit ainsi traînée dans la boue d’un machisme persistant et ordinaire qui se croit malin et drôle. Cela ne m’amuse pas, cela m’inquiète. Ce n’est pas du féminisme mais une constatation affligée. Fi de l’être ! Le paraître et l’âge si vilainement raillés prévalent, comme si la seule jeunesse d’une femme était garante de sa valeur. Alors, parce que j’ai, comme tant d’autres de mes amies écrivains, artistes, femmes engagées -que je ne citerai pas- bien des points communs avec Mme Macron, je veux encore croire que l’intelligence, de l’esprit, du cœur, le respect de l’autre peuvent encore exister et l’emporter sur l’imbécillité la plus crasse.

Finalement, n’est-ce pas de cela dont il s’agit ? La sottise (C majuscule), déclencheur de la haine de l’autre quel qu’il ou elle soit parce qu’il -elle- sort des rails d’une pseudo « norme ». L’autre, différent par la couleur de sa peau, ses croyances, son sexe et son orientation sexuelle est rejeté, maintenant, il va falloir ajouter l’âge à la triste liste des altérités méprisables…

Toute femme est respectable, à fortiori dans une société qui se clame démocrate et tolérante.

Comme Brigitte, j’affiche aussi une soixantaine d’années au compteur. Alors, maintenant, vais-je pour autant devenir une petite vieille à remiser au fin fond du placard d’une maison de retraite ?