ÉLOGE DE L’ÉLÉGANCE

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biereChristian Grey aurait-il séduit Anastasia s’il avait été simple ouvrier d’usine, vêtu d’un vieux jean et d’un Marcel, clope au bec et Despé en main, l’haleine chargée des relents de sa bière et de tabac ? Vous me direz que ce n’est pas là « vraie » littérature…

Peut-être, mais j’aimerais avoir vendu autant d’exemplaires de mes Dix Bonbons à l’Amante que dame E.L. James ses « Cinquante nuances » !

Reprenons : Odette de Crécy aurait-elle suscité le désir de Swann si elle n’avait été qu’une cousette  en cheveux ? Valmont aurait-il aimé une Merteuil fille de ferme ? Constance aurait-elle été parée de myosotis par Mellors si elle n’avait pas été une Lady ? les-liaisons-dangereuses-choderlos-laclos-analyse-texte-lettre-81-commentaire-compose6

Les personnages en littérature érotique  doivent-ils nous ressembler pour nous faire vibrer ou bien l’imaginaire qui les visualise à la lecture ne se nourrit-il pas justement de ces fantasmes de beauté et d’élégance ?

Qu’est-ce que l’élégance ? Celle de la tenue, à l’opposé du négligé, du degueulando. Celle qui fait préférer champagne et parfums précieux à la choucroute et la saucissonnade , l’apéro anisé au bar-PMU du coin. Parce que cela ne (me) fait ni rêver ni fantasmer. Mon grand âge, peut-être, qui me fait parfois ronchonner quand je lis des textes insipides englués dans un quotidien ordinaire impropre à la rêverie.chaise

L’élégance du verbe, de la langue, dans la considération du lecteur. Lui offrir de quoi l’élever et non pas le caresser dans le sens du poil, le flatter en écrivant comme on parle au café du commerce quand on tape le carton.  Question de respect, de soi en tant qu’auteur et surtout du lecteur.

Je ne dis pas qu’il faille se censurer, ne pas appeler une chatte une chatte quand on écrit l’érotisme, mais je crois inutile de sombrer dans une trivialité ambiante qui serait de bon aloi.

J’exècre la vulgarité, le laisser-aller, l’adoption de tics de langage pour « faire Djeun’s », grave pas cool… Voilà. Alors oui, je veux rêver en feuilletant les albums photos de Ressan,  fantasmer en écrivant la douceur des bas, l’émotion que suscite un P.J ou un escarpin à talons vertigineux, les tailles enserrées de jolies guêpières dans une profusion de dentelles et de rubans, les masques et autres loups pailletés qui soulignent des regards attisés de désir.Ressan 2

Clichés ? Codes dépassés ?  Ou simplement, dans un monde bien laid fait de guerres à notre porte et de ravages en tous genres, besoin d’évasion vers un univers où tout ne serait que « luxe, calme et volupté » ?

Allez, je vais relire Baudelaire, histoire de prendre un bon bol d’air, une vraie bouffée d’oxygène. Loin de Monsieur et Madame Tout-le-monde en « survêt’ « qui, décidément, me laissent de marbre.
Et vous ?

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