C’est l’été !

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20180714_215856Que vous soyez à Paris sur les bords de Seine,à la plage ou en train de crapahuter dans l’Himalaya, cet été chaud incite au farniente, à la détente, à la lecture.20180110_142255

A l’écriture aussi, en relevant ici ou là un défi, en répondant à un appel à texte, en poursuivant l’avancée de nouvelles ou d’un roman…

La première contrainte proposée par Éric Abbel, lauréat du Prix de la Nouvelle Érotique 2018 était la suivante :

Un couple improbable, un personnage demande à un autre de faire quelque chose que l’autre refuse…

Je me suis prêtée au jeu, voici la nouvelle que j’ai écrite, dont je vous souhaite bonne lecture !

parabellum

 

Julie-Anne de Sée                                     SI VIS PACEM…

 

— T’es dingue ? On peut pas faire ça !

— Ma pauvre fille, ce que tu peux être pétocharde. Il serait temps que tu grandisses un peu. Je te dis qu’il n’ y aucun risque, ça va être super facile ! Et tu verras, au final, je suis certain qu’Ils ne seront pas mécontents…

— Peut-être, mais quand même…

— Tu veux la paix ou pas ? Tu votes, oui ou non ?

— Euh… On pourrait attendre encore un peu ? Réfléchir ? Je sais pas trop si…

— Tu me fatigues, Jo. Tu réfléchis, moi j’agis. Salut.

Le bec cloué et l’estomac retourné, Joséphine resta plantée comme un poireau, regardant s’éloigner Augustin -son Gus- de ce pas chaloupé de loubard-qui-se-la-pète qu’elle aimait tant. Depuis son enfance la plus tendre et d’aussi loin qu’elle s’en souvienne, Jo était sous la coupe de Gus. Aujourd’hui, du haut de ses seize ans, il n’avait qu’à claquer dans les doigts pour qu’elle rapplique et obéisse, se plie à toutes ses lubies. Parce qu’une complicité au-delà des mots, au-delà de la morale et des règles les unissait. C’était un lien plus fort encore que l’amour, qu’ils avaient découvert et fait ensemble, comme une évidence, le soir de l’anniversaire des quatorze ans de Joséphine. Ils étaient allés se balader dans les environs, lui toujours à l’affût d’un adversaire à provoquer ou d’une bête à occire, elle, marchant dans ses pas, priant le Grand Esprit des Bestioles pour qu’il les éloigne de son bien-aimé chasseur. Elle n’aimait ni la vue ni l’odeur du sang, et de plus, elle trouvait ça idiot de zigouiller des animaux quand on avait à la maison tout ce qu’il fallait. Mais c’était plus fort que lui, Gus adorait la chasse. Tout comme il aimait se battre, aller défier les gars du quartier voisin en de longues escapades nocturnes. Il en revenait tout amoché, sanguinolent, le poil hirsute qui ne repousserait sur son crâne qu’en petites touffes clairsemées, lui donnant des airs de vieux punk aussi ébouriffé que les canches cespiteuses du jardin, mais heureux de ces moments de castagne à la sauvage. Joséphine, si douce, effrayée de le voir rentrer dans de tels états, se précipitait pour panser ses plaies, l’embrasser, se serrer contre lui pour lui communiquer ainsi sa chaleur lénifiante et tout l’amour qu’elle avait en réserve pour lui. Elle qui appréciait tant sa douillette quiétude, sa solitude parfois forcée quand Augustin s’éloignait d’elle, son confort ouaté à la maison, guettait le retour de son belliqueux avec anxiété et impatience.

Ce soir-là donc, après le traditionnel Happy birthday to you qu’Ils avaient chanté faux en chœur, la bougie symbolique que Jo avait réussi à souffler d’un coup, les douceurs et enfin l’heure du coucher, Gus l’avait entraînée en loucedé dehors, pour une de ces échappées nocturnes où tout peut arriver. Qui sait, la bande rivale traînait peut-être, à laquelle il faudrait rappeler à qui appartenait le territoire ? La lune pleine déversait sa lumière opaline sur le sentier côtier, ancien chemin de douaniers devenu terrain de bastons pour savoir qui y règnerait en maître. Joséphine n’en menait pas large. Elle s’appliquait à suivre pas à pas son aîné, prenant garde toutefois à ne pas trébucher. Pas un chat, pas âme qui vive. Par jeu, Gus stoppa net. Immanquablement, Jo vint se cogner le nez sur son dos. Elle lui envoya une bourrade, il se retourna pour la lui rendre. De jeux de mains en jeux de vilains, ils se retrouvèrent les quatre fers en l’air sur un carré d’herbes hautes et tendres. En riant et feulant comme de jeunes fauves, ils mimèrent une bagarre qui finit par dégénérer. Ce qui devait arriver arriva tout naturellement. Ce fut rapide et brutal, tendre et éblouissant. En scellant leurs sexes, ils scellèrent une union improbable, secrète, hors normes.

Joséphine avait toujours été ce qu’Ils appelaient leur « petit gabarit », tant sa croissance semblait s’être déroulée au ralenti. A quatorze ans, elle était encore toute menue, fine sans toutefois que l’on pût dire qu’elle était maigrichonne, semblant s’être attardée dans une enfance quasi anorexique.

Un joli minois en triangle, menton pointu et lèvres roses, semblait tout entier se résumer dans ses immenses yeux d’ambre, tirant sur l’or quand le soleil venait les effleurer d’un rayon câlin. Sa petite taille marquait plus encore la différence des deux années qui faisaient d’elle la cadette. Lorsque Joséphine, vite surnommée Jo, était arrivée dans Leur vie, Augustin en avait été très contrarié. Voire carrément furibard quand il avait entendu qu’Ils avaient fait ce choix délibérément, en osant le lui infliger à lui, l’unique objet de toutes Leurs attentions depuis près de trois longues années. Il avait ravalé sa colère, et d’emblée exercé sa supériorité physique de mâle pour imposer sa loi. Fallait pas exagérer quand même. Parfois même assez lâchement, il l’admettait en son for intérieur. Du genre : quand Ils avaient le dos tourné… Il ne l’aurait cependant jamais avoué à quiconque, fierté de mec oblige. Après tout, le primo arrivant, c’était lui, nom d’un chien ! En grandissant, Joséphine dut donc se plier à toutes les exigences de Gus dont le caractère entier, tyrannique, exclusif -assez primaire en somme- réclamait que tout allât dans la maison comme il l’entendait. Il suffisait qu’il emploie le regard-qui-tue de ses prunelles vert Granny Smith pour que Jo se taise ou rampe devant lui.

Toutefois, au fil du temps, de l’habitude de leur vivre ensemble, des jeux partagés dans l’amour qu’Ils leur prodiguaient, une grande tendresse s’était immiscée sans qu’ils y aient pris garde. Elle s’était épanouie comme une marguerite au printemps, pour les enrober tous deux d’une dilection qu’ils n’auraient jamais songé à nommer. Ce lien étrange, invisible, évident, logique et muet les incita à poursuivre leurs autres jeux, plus charnels. Ils prirent alors soin de se cacher, en toute innocence. Une fois rentrés, ils s’endormaient parfois blottis l’un contre l’autre dans le canapé du salon, épuisés et repus de leurs frasques amoureuses, dans un contentement tout animal de l’instant. Elle et Lui, émus et ne soupçonnant rien, se mettaient alors à chuchoter, à marcher sur la pointe des pieds pour ne pas les éveiller, prenant plaisir à contempler le touchant et si chaste tableau qu’ils formaient et qu’il eût été dommage de déranger. S’Ils avaient su ! Cependant, contrairement aux naïves croyances des deux tourtereaux en herbe, Ils n’étaient pas totalement dupes. Ils avaient fini par s’apercevoir des fugues noctambules. Par temps de pluie, lorsque Gus et Jo rentraient, ils ignoraient l’usage du paillasson et laissaient sur le carrelage de la cuisine des traces de pas qui les trahissaient. Il avaient traversé le jardin dont l’allée devenait boueuse sous les averses. Elle s’en était fort inquiétée, mais Il l’avait rassurée, docte et un tantinet péremptoire : il fallait bien que s’affirment leur indépendance et leur soif de liberté. De plus, ils étaient ensemble, la petite Joséphine ne craignait rien puisque Augustin le rebelle était toujours avec elle. Sans doute n’allaient-ils pas bien loin, ils retrouvaient certainement des copains, non, il n’y avait pas lieu de s’alarmer. Mieux valait fermer les yeux et faire comme si on ne savait rien. Elle Le laissa parler, mais n’en pensait pas moins. Elle savait bien que des rapports de force étaient établis et que Gus, en leader incontesté décidait de tout, entraînait Jo, en particulier quand il s’agissait de faire des bêtises. La cadette suivait son aîné sans réfléchir et de fait, partageait parfois injustement les punitions qui s’ensuivaient immanquablement. Ainsi, le jour où Gus organisa en Leur absence une course poursuite dans la maison, les choses dégénérèrent. Dans l’excitation de leur jeu, Gus prit un virage trop serré qui eut pour effet de faire valser le vase de porcelaine ancienne qu’Elle avait hérité de sa grand-mère. Évidemment, il contenait un gros bouquet de roses qui allèrent s’étaler parmi les débris du défunt pot. Cela fit un joli bruit cristallin qui mourut dans le gargouillis de toute l’eau qui se répandit degueulando prestissimo sur la table en bois précieux -encore une pièce d’héritage- et le parquet. Comme il n’y a pas de hasard, ce fut à cet instant précis qu’Ils rentrèrent en leur home sweet home. Gus, plus rapide, s’était déjà planqué, ce fut Jo qui essuya l’orage sinon le désastre et les larmes qu’Elle versa sur la perte du si cher souvenir ancestral.  Un an plus tard, on voyait encore les taches sur le bois blond et quelques lattes sonnaient creux quand on marchait dessus. De même, quand une autre fois Gus avait incité Jo à le suivre dans l’escalade du mur mitoyen pour aller jeter un œil chez le voisin qui laissait toujours sa fenêtre ouverte. Tous deux s’en étaient donné à cœur joie, allant jusque dans la cuisine pour tenter de chaparder un truc à grignoter. C’était trop drôle et trop tentant ! La voisine les avait pris la patte dans le sac, fait déguerpir en vociférant et était venue râler direct chez Eux. Elle et Lui avaient dû présenter de plates excuses, la jouer profil bas, sous des remarques acerbes remettant en cause Leur éducation, Leur manque de surveillance et d’attention. A posteriori, Elle avait eu une belle peur, le mur était quand même très haut, les deux vauriens auraient pu se rompre le cou ! Elle les priva tous deux de sortie pendant trois jours complets, les confinant dans le salon.

Le temps passa, jusqu’à ce soir d’hiver qu’Elle choisit pour leur annoncer une grande nouvelle. Il ne leur avait pas échappé que son ventre s’arrondissait. Un bébé allait arriver avec le printemps ! Gus, toujours la tête aux castagnes à venir ou à ses ébats amoureux et néanmoins incestueux, n’avait rien vu venir. Jo, en revanche, avait bien compris ce qui était en devenir, là, dans cette rotondité proéminente de femelle gravide. Elle s’en émut, solidarité de fille, en dépit des persifflages dédaigneux de son aîné qui n’en avait cure. Déjà encline à rester au logis pour profiter du feu de cheminée et de la douceur de vivre, elle le délaissa un temps pour suivre avec attention et intérêt les préparatifs qu’Ils entreprirent pour accueillir le futur petit. Gus dut se résoudre à sortir seul, sans sa Jo à ses côtés pour l’admirer quand il croisait le chemin d’un rival à fustiger. Joséphine ne se lassait pas de Les regarder repeindre cette pièce du fond qui jusqu’alors Lui servait parfois de bureau. Elle aurait aimé elle aussi jouer du pinceau, mais après qu’elle eut malencontreusement marché sur le couvercle du pot de peinture couleur pervenche, Ils le lui interdirent formellement.

—  Bien fait ! Grommela dans sa moustache Gus, témoin de la scène.

—  Oh, ça va… Laisse-moi tranquille, moi, ça me plaît de suivre les opérations.

— Pff… Ridicule. Je vais faire un tour, tu viens ?

— Non, Ils attendent de nouveaux meubles, je veux voir ce qui va arriver.

Sans autre commentaire, mais n’en pensant pas moins, Gus s’éloigna, l’allure altière et le déhanché provocant. Joséphine aurait aimé qu’il s’intéressât comme elle à l’évènement à venir, mais c’était des histoires de gonzesses qui lui inspiraient le plus grand mépris. Une petite commode fit son apparition, immédiatement installée, sous l’œil attentif et intéressé de Jo. Une table à langer suivit, bientôt recouverte de petits vêtements, paquets de couches et toutes sortes d’objets pour bébé. Enfin, un lit à barreaux dans lequel un douillet matelas fut déposé, rapidement embarrassé de peluches tellement mignonnes. Jo les passa en revue, joua avec quelques-unes,

—  Pour m’entraîner, dit-elle à Gus qui la regardait faire d’un air moqueur.

— Ben quoi, regarde, c’est joli, ça, on dirait presque un vrai chat, c’est adorable, tu veux pas le caresser au moins ?

Éclat de rire de Gus à l’énoncé de cette proposition ridicule. Lui, caresser un chat en peluche ! Elle était bien bonne celle-là ! Malgré tout, il savait à peu près se tenir. Quand Elle farfouillait dans « la chambre » du bébé, il s’asseyait sagement à côté de Jo, La regardant ranger, préparer le lit, et une valise aussi. On aurait presque pu voir une auréole tourner au-dessus de la tête de l’aîné de Jo, n’eut été les remarques marmonnées et que, heureusement, elle seule entendait.

— Non mais vraiment, Elle va pas s’arrêter de tournicoter dans cette pièce, à tout sortir et ranger sans arrêt ? Elle me donne le tournis à force. Sûr qu’elle n’en a pas fait autant pour moi, ou même toi, Jo, je t’assure, je m’en rappelle…

— T’es jaloux ?

— Non, mais ça me gave de Les voir s’agiter comme ça pour pas grand-chose finalement.
— Quand même, un bébé…

— Et alors ? Ils n’en n’ont pas inventé la mode, que je sache !

Quand Elle se tournait vers eux, quêtant leur approbation et leur plaisir à accueillir un nouveau ou une nouvelle venue -Elle ne voulait pas connaître le sexe du petit à naître-, Gus ne pipait mot, la jouait aimable et approbateur tout en se gaussant intérieurement. Jo, elle, semblait aux anges… La truffe ! Il lui en voulut presque de s’intéresser autant à Elle, à son ventre tout rond, à toutes ces petites choses si féminines et qui le laissaient un peu de côté.

Comme prévu, au premier jour du printemps, par un beau matin, Elle leur annonça que le moment était venu. Elle alla chercher la fameuse valise dans la petite chambre, et tandis qu’Il courait dans tous les sens, Elle leur expliqua qu’elle partait pour la maternité. Pour d’obscures raisons que Gus et Jo ne comprirent pas trop, ils n’iraient pas la voir là-bas, devraient attendre son retour à la maison avec Lui qui s’occuperait d’eux. Enfin, si l’on peut dire. Il revint au soir de la naissance, surexcité, les repoussant d’un

— Plus tard… quand ils réclamèrent à dîner. Il passa des heures au téléphone. A chaque nouvel appel, la même rengaine : oui, sa femme et le bébé allaient bien, il était superbe ! Et les détails recommençaient, intonation de fierté dans la voix. La taille, le poids, les trois prénoms choisis dans les arbres généalogiques familiaux, l’émotion qu’Il venait de vivre. Oui, Gus et Jo allaient bien aussi, seraient ravis quand ils le verraient… Rires

— On le saura ! Commence à m’agacer avec ses histoires en boucle, j’ai la dalle, moi !

Gus, de mauvais poil, tournait en rond dans la cuisine comme un lion en cage, tandis que Jo, elle, ne se lassait pas de réentendre l’histoire de cette naissance. Enfin, quelques jours plus tard, Il partit en voiture pour revenir avec Elle qui portait la chose dans un ravissant couffin. Le bébé dormait, minuscule sous les petits draps, sa petite tête reposant sur un oreiller brodé. Il semblait si fragile… Les deux aînés durent se contenter de « toucher avec les yeux », pas question d’en approcher pour le moment. Jo fut dépitée. Elle avait tant espéré cette arrivée !

— Fallait s’y attendre, t’es vraiment naïve, ma fille… Persiffla Gus. Moi, je sens que ça va vite me faire friser les moustaches, je me tire. Tu viens ?

— Non, tu m’agaces, vas-y tout seul. Moi, je reste près du bébé, je vais le regarder dormir…

Le rythme de vie de la maisonnée fut totalement bouleversé. Nuit et jour, Ils étaient complètement accaparés par le petit enfant. Au moindre vagissement, Ils se précipitaient. Il fallait le nourrir sans arrêt, le changer, le laver, le coucher… Et tout recommencer du début, à une cadence d’enfer. Augustin et Joséphine eurent la très désagréable sensation d’être relégués au second plan. Sans compter les hurlements de cette si petite chose qui les réveillait en sursaut en pleine nuit, et dégageait parfois de nauséabonds effluves dont les délicates narines de Jo furent offusquées, même si elle tentait de se rendre utile auprès d’Elle. C’est alors que Gus décida du conseil de guerre qui scellerait les détails des opérations à envisager pour le rétablissement de leur paix et leur tranquillité.

— J’en étais sûr ! Je te l’avais bien dit, c’est devenu insupportable. Il faut agir, et vite ! On n’a plus le temps de réfléchir. Alors, c’est oui ?

— Bon… D’accord. C’est toi qui t’y colles alors, moi, j’ai un peu peur quand même. Tu me raconteras ?

— Tu me fais rire… Evidemment que c’est moi qui y vais ! Tu serais capable de renoncer au dernier moment.

Joséphine, vexée mais contente de n’avoir aucun rôle à jouer, fit mine de lui cracher dessus en tirant la langue, lui tourna le dos pour aller se réfugier dans le jardin.

Tôt le lendemain matin, Gus vint la réveiller d’une bourrade. Elle sursauta, ouvrit les yeux, toute chiffonnée. Gus, lui, semblait en pleine forme, et déclara fièrement :

— C’est fait !

— Raconte alors ! Tu as pu entrer dans la chambre sans qu’Ils t’entendent ?

— Trop facile : il suffisait d’attendre que le bébé dorme sur la fin de la nuit, Eux aussi. Ils n’ont rien vu, rien entendu. Après, j’ai juste tiré un peu le drap, et je me suis couché dessus. Ca n’a même pas été très long, j’ai assez vite senti qu’il ne respirait plus. Il n’a même pas bougé, le « petit ange », comme Elle dit…

— Tout de même… Chuchota Jo, prenant avec une soudaine terreur la conscience du geste accompli, tu ne crois pas que… ???

— C’est pas possible, non, je ne le crois pas : tu ne changeras jamais ! Tu étais d’accord, non ? Et puis, tu verras, au fond, Ils ne seront pas mécontents. Après tout, on était là avant ! Tais-toi maintenant, le voilà…

Gus et Jo disparurent derrière le canapé, s’y cachant pour Le surveiller du coin de l’œil. Il traversa le salon sans les voir, se dirigeant vers la cuisine. Il ouvrit les volets, respira un instant l’air frais et doux de ces premiers instants printaniers, prometteurs d’une belle journée. Il prépara un plateau qui recevrait le petit déjeuner, mit la cafetière en route et sortit un biberon. Tout était si calme qu’il retourna se coucher auprès d’Elle.

Une tourterelle, toute roucoulante de salutations matutinales au soleil naissant, vint se poser sur l’allée du jardin.

— Jo, grouille-toi et ne fais pas de bruit ! Avec un peu de chance, cette fois, je vais l’avoir…

Après une avancée digne de grands fauves traquant une gazelle, les deux chats bondirent sur la proie en puissance. Mais Jo avait fait craquer une feuille, l’oiseau leur échappa. Quant à Gus, il dut longuement se lécher la patte. Dans ses griffes étaient restées quelques plumes tachées d’un peu de sang.