Indignation

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Nasrin Sotoudeh

Nasrin Sotoudeh

Parce que le 8 mars était la JOURNÉE INTERNATIONALE DES DROITS DE LA FEMME,

que dans mon pays, je peux dire ce que je pense, exprimer (encore…) mes opinions,

exercer mon métier en toute liberté, sortir en mini-jupe et cheveux aux vents quand j’en ai envie…

Je suis horrifiée du sort de cette femme, scellé par un obscurantisme pas même digne du moyen-âge, auquel ce serait faire injure.

J’ai signé cette pétition. Sans grand espoir, mais pour qu’au moins l’indignation soit entendue…

Et vous, avez-vous signé ?

https://www.change.org/p/emmanuelmacron-lib%C3%A9rez-l-avocate-iranienne-nasrin-sotoudeh-freenasrin?fbclid=IwAR0RXC71bzOeaQUkq3eq7JfLT2HiDRm1mhD-UII1DeLWjmpo5E8dMJzHpiI

Laissez-vous plonger dans les Ténèbres…

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20190123_122421      Il est des livres qui vous happent dès les premières lignes et que l’on ne peut lâcher qu’à la toute dernière. Parce qu’ils mettent le doigt là où ça fait mal à nos émotions, parce qu’ils nous emportent dans ce que l’Homme peut révéler de plus sombre, de plus révoltant et aussi de plus extraordinaire de ses ressources psychologiques quand il s’agit de rester en vie. Peut-être aussi parce qu’alors le lecteur devient voyeur et veut aller jusqu’au bout d’une histoire dramatique dont il devient le témoin privilégié.
Tel est l’enjeu de Ténèbres de Sandrine Périgois.

(Éditions ELIXYRIA)

Un thriller ? Une plongée dans l’horreur d’un enlèvement suivi de la longue séquestration de Caroline, la narratrice ? En tout cas, un coup de maître pour une immersion dans la brutalité des faits et les méandres de la psyché de la victime comme de l’agresseur. Le style, résolument simple, souvent dialogué, plonge vite le lecteur dans l’intime de l’étrange relation qui va se nouer au fil du temps entre Caroline et David, la proie et son bourreau. Avec en toile de fond un lancinant leitmotiv : la présence de la menace quasi permanente du couteau que le ravisseur a toujours en main.

Va-t-il finir par égorger celle qu’il détient ? Au fil des chapitres et de l’évolution de la situation initiale, passées la sidération et la terreur, un lien étrange se tisse entre les deux personnages de ce huis clos. Sans pouvoir se l’expliquer, Caroline va peu à peu se soumettre, prendre du plaisir là où il ne devrait jamais y en avoir :

« J’aime ce qu’il me fait, malgré l’enfermement, les violences qu’il a pu m’infliger, la menace continuelle. Il ne prend pas ce qu’il pouvait rester d’honorable en moi, je le lui offre. » (P. 84)

Plus loin, après la révélation d’un lourd secret, elle se soumet, éprouvant alors une forme de gratitude auprès de son tortionnaire : « (…) c’est mon rôle; » (P.104) « C’est rassurant de le savoir à mes côtés, c’est ma place, près de lui (…) »

Sandrine Périgois explore sous forme de roman le syndrome de Stockholm que le Larousse définit comme : un lien d’empathie s’installant entre la victime d’une séquestration et son ravisseur. (sic) Dans l’instinct de survie en jeu, le mécanisme de défense permet de « supporter l’insupportable ». Il correspond à un aménagement psychologique d’une situation hautement stressante, dans laquelle la vie de l’agressé est en danger. Ce phénomène psychique s’installe lorsqu’une intimité se crée dans un lieu précis pendant une longue période. Cette intimité peut aller dans les deux sens : la victime et le ravisseur peuvent tous deux développer de la sympathie l’un envers l’autre. Ce rapprochement affectif donnera l’impression à la victime de s’éloigner du danger. C’est un véritable mécanisme inconscient d’autodéfense et de survie. Jusqu’où Caroline ira-t-elle pour avoir la vie sauve ?

On pense aux histoires terribles de véritables victimes de longues séquestrations et qui ont certainement développé ce syndrome : Natascha Kampush, enfermée huit ans par son ravisseur, jumelle de Caroline la petite prof de lettres, enlevée un beau jour d’été. Ou bien aux récits d’Emmanuel Carrère relatant l’affaire J.C. Romand dans l’Adversaire, de Régis Jauffret dans Sévère, puis Claustria paru en 2012 reprenant le cas de Fitzl en Autriche.

Ce genre littéraire de la non fiction, basé sur des faits réels a produit des romans. Ténèbres vient s’inscrire dans cette lignée, en ayant réussi à créer de toutes pièces de vrais personnages de roman, donc purement fictifs, qui parfois donnent à croire qu’ils sont de chair et de sang, bien réels. Sandrine Périgois livre ici un récit haletant dont on ne sait si on sort indemne parce qu’il suscite un questionnement de soi quand on le referme.

Et vous, que feriez-vous pour rester vivant ?

PAS DE ROSE SANS ÉPINES…

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roseROSE , roman de JULE MATHIAS

Éditions Tabou, collection Les Jardins de Priape (293 pages)

Il est des livres dont la découverte déconcerte parce qu’ils ne cessent d’asséner des uppercuts au lecteur, partagé entre fascination et répulsion. Rose, récit très dérangeant, intense, touffu, happe et captive d’entrée de jeu. L’histoire se développe, explorant les méandres les plus glauques de la psyché humaine, les déviances les plus extrêmes et les plus cruelles, aux confins de la folie.

Mais surtout, ce premier roman très abouti que signe Jule Mathias envoûte par son style affirmé et travaillé, d’une densité et d’une qualité littéraires rares.

D’ailleurs, comment le définir ? S’agit-il d’un roman BD/SM dont les pratiques s’apparentent à des actes de torture et de barbarie puisque les victimes de l’improbable duo de frère et sœur ne sont pas consentantes ? Les héroïnes du divin marquis l’étaient-elles ? Ou bien, au fil de ses réflexions, de ses pensées, de ses réactions, ne serait-ce pas le roman d’un homme en quête de lui-même, de son rapport au monde et à la société, de son intime liberté qu’il tente coûte que coûte de préserver ?

Ce « quadra solitaire, soiffard et mélancolique » -tel qu’il se définit mais jamais nommé- est le narrateur de l’incroyable descente aux enfers dans laquelle il est emporté malgré lui par un couple de sadiques qui en fait un esclave sexuel. Après son rapt à la sortie d’un bar, il va désormais vivre dans un huis clos hallucinant, nu, aux côtés d’une compagne d’infortune, soumis à la toute-puissance d’un homme et d’une femme à la dérive qui les contraignent aux pires avilissements. Il lui est impossible d’échapper à ses bourreaux, aussi, sa résistance intérieure devra-t-elle se fortifier afin de ne pas sombrer à son tour et perdre sa propre humanité.

« Je pris conscience que je m’habituais depuis des jours à un sort inacceptable dont je croyais avoir pris la mesure, mais, que le fond de la fosse, où je glissais en regardant se disloquer mon humanité, s’éloignait à mesure que je voulais l’atteindre »

Les ressources et l’instinct de survie d’un homme confronté à des situations extrêmes sont étonnantes. Le narrateur fait allusion à la vie dans les camps de concentration, et lui, parfois, se prend à une certaine poésie, ou un humour pleins d’espoir. Ainsi, lors d’une sortie autorisée à l’extérieur, il contemple un instant le ciel :

« Un famélique croissant de lune irisait les brèches nuageuses, et s’accrochait à chaque gouttelette qu’il enchantait dans la tourmente. »

Pour tenter de surmonter une douleur infligée, il s’amuse intérieurement d’un substantif :

« Le censeur sémantique s’éveilla en moi pour s’insurger contre l’appellation « sex toy » relative à ce type de tourment. »

Cependant, au fil du temps qui n’existe plus, uniquement ponctué de sévices, il semble éprouver une certaine pitié, voire une forme d’attirance pour Rose, son bourreau au nom si doux, celle dont il cherche à percer les origines de la folie. Le syndrome de Stockholm pointerait-il le bout de son nez ? On pense aussi à « Portier de Nuit » de Liliana Cavani. Viendront plus tard les explications du délire des tourmenteurs, le dévoilement du pot aux roses (Rose ?) pour arriver à une fin surprenante. Toutefois, le lecteur attentif songera que quelques indices, semés au fil du récit auraient dû le mettre sur la voie pour l’anticiper.

Ce roman subversif sera réservé à un public averti que la description de pratiques sadiques vertigineuses ne rebutera pas. Il faut s’attendre à être secoué à la lecture de cette plongée dans le hors norme, la déviance pathologique.

On ne sort pas indemne de ce livre là : il dérange, interroge en ce qu’il renvoie immanquablement à des questionnements sur soi-même, à son propre rapport à la liberté, au sexe et à l’amour qui en seraient les seuls ultimes espaces. Quant à l’amateur bibliovore avide de belle et bonne littérature, il trouvera là matière à être comblé.

 

 

C’est l’été !

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20180714_215856Que vous soyez à Paris sur les bords de Seine,à la plage ou en train de crapahuter dans l’Himalaya, cet été chaud incite au farniente, à la détente, à la lecture.20180110_142255

A l’écriture aussi, en relevant ici ou là un défi, en répondant à un appel à texte, en poursuivant l’avancée de nouvelles ou d’un roman…

La première contrainte proposée par Éric Abbel, lauréat du Prix de la Nouvelle Érotique 2018 était la suivante :

Un couple improbable, un personnage demande à un autre de faire quelque chose que l’autre refuse…

Je me suis prêtée au jeu, voici la nouvelle que j’ai écrite, dont je vous souhaite bonne lecture !

parabellum

 

Julie-Anne de Sée                                     SI VIS PACEM…

 

— T’es dingue ? On peut pas faire ça !

— Ma pauvre fille, ce que tu peux être pétocharde. Il serait temps que tu grandisses un peu. Je te dis qu’il n’ y aucun risque, ça va être super facile ! Et tu verras, au final, je suis certain qu’Ils ne seront pas mécontents…

— Peut-être, mais quand même…

— Tu veux la paix ou pas ? Tu votes, oui ou non ?

— Euh… On pourrait attendre encore un peu ? Réfléchir ? Je sais pas trop si…

— Tu me fatigues, Jo. Tu réfléchis, moi j’agis. Salut.

Le bec cloué et l’estomac retourné, Joséphine resta plantée comme un poireau, regardant s’éloigner Augustin -son Gus- de ce pas chaloupé de loubard-qui-se-la-pète qu’elle aimait tant. Depuis son enfance la plus tendre et d’aussi loin qu’elle s’en souvienne, Jo était sous la coupe de Gus. Aujourd’hui, du haut de ses seize ans, il n’avait qu’à claquer dans les doigts pour qu’elle rapplique et obéisse, se plie à toutes ses lubies. Parce qu’une complicité au-delà des mots, au-delà de la morale et des règles les unissait. C’était un lien plus fort encore que l’amour, qu’ils avaient découvert et fait ensemble, comme une évidence, le soir de l’anniversaire des quatorze ans de Joséphine. Ils étaient allés se balader dans les environs, lui toujours à l’affût d’un adversaire à provoquer ou d’une bête à occire, elle, marchant dans ses pas, priant le Grand Esprit des Bestioles pour qu’il les éloigne de son bien-aimé chasseur. Elle n’aimait ni la vue ni l’odeur du sang, et de plus, elle trouvait ça idiot de zigouiller des animaux quand on avait à la maison tout ce qu’il fallait. Mais c’était plus fort que lui, Gus adorait la chasse. Tout comme il aimait se battre, aller défier les gars du quartier voisin en de longues escapades nocturnes. Il en revenait tout amoché, sanguinolent, le poil hirsute qui ne repousserait sur son crâne qu’en petites touffes clairsemées, lui donnant des airs de vieux punk aussi ébouriffé que les canches cespiteuses du jardin, mais heureux de ces moments de castagne à la sauvage. Joséphine, si douce, effrayée de le voir rentrer dans de tels états, se précipitait pour panser ses plaies, l’embrasser, se serrer contre lui pour lui communiquer ainsi sa chaleur lénifiante et tout l’amour qu’elle avait en réserve pour lui. Elle qui appréciait tant sa douillette quiétude, sa solitude parfois forcée quand Augustin s’éloignait d’elle, son confort ouaté à la maison, guettait le retour de son belliqueux avec anxiété et impatience.

Ce soir-là donc, après le traditionnel Happy birthday to you qu’Ils avaient chanté faux en chœur, la bougie symbolique que Jo avait réussi à souffler d’un coup, les douceurs et enfin l’heure du coucher, Gus l’avait entraînée en loucedé dehors, pour une de ces échappées nocturnes où tout peut arriver. Qui sait, la bande rivale traînait peut-être, à laquelle il faudrait rappeler à qui appartenait le territoire ? La lune pleine déversait sa lumière opaline sur le sentier côtier, ancien chemin de douaniers devenu terrain de bastons pour savoir qui y règnerait en maître. Joséphine n’en menait pas large. Elle s’appliquait à suivre pas à pas son aîné, prenant garde toutefois à ne pas trébucher. Pas un chat, pas âme qui vive. Par jeu, Gus stoppa net. Immanquablement, Jo vint se cogner le nez sur son dos. Elle lui envoya une bourrade, il se retourna pour la lui rendre. De jeux de mains en jeux de vilains, ils se retrouvèrent les quatre fers en l’air sur un carré d’herbes hautes et tendres. En riant et feulant comme de jeunes fauves, ils mimèrent une bagarre qui finit par dégénérer. Ce qui devait arriver arriva tout naturellement. Ce fut rapide et brutal, tendre et éblouissant. En scellant leurs sexes, ils scellèrent une union improbable, secrète, hors normes.

Joséphine avait toujours été ce qu’Ils appelaient leur « petit gabarit », tant sa croissance semblait s’être déroulée au ralenti. A quatorze ans, elle était encore toute menue, fine sans toutefois que l’on pût dire qu’elle était maigrichonne, semblant s’être attardée dans une enfance quasi anorexique.

Un joli minois en triangle, menton pointu et lèvres roses, semblait tout entier se résumer dans ses immenses yeux d’ambre, tirant sur l’or quand le soleil venait les effleurer d’un rayon câlin. Sa petite taille marquait plus encore la différence des deux années qui faisaient d’elle la cadette. Lorsque Joséphine, vite surnommée Jo, était arrivée dans Leur vie, Augustin en avait été très contrarié. Voire carrément furibard quand il avait entendu qu’Ils avaient fait ce choix délibérément, en osant le lui infliger à lui, l’unique objet de toutes Leurs attentions depuis près de trois longues années. Il avait ravalé sa colère, et d’emblée exercé sa supériorité physique de mâle pour imposer sa loi. Fallait pas exagérer quand même. Parfois même assez lâchement, il l’admettait en son for intérieur. Du genre : quand Ils avaient le dos tourné… Il ne l’aurait cependant jamais avoué à quiconque, fierté de mec oblige. Après tout, le primo arrivant, c’était lui, nom d’un chien ! En grandissant, Joséphine dut donc se plier à toutes les exigences de Gus dont le caractère entier, tyrannique, exclusif -assez primaire en somme- réclamait que tout allât dans la maison comme il l’entendait. Il suffisait qu’il emploie le regard-qui-tue de ses prunelles vert Granny Smith pour que Jo se taise ou rampe devant lui.

Toutefois, au fil du temps, de l’habitude de leur vivre ensemble, des jeux partagés dans l’amour qu’Ils leur prodiguaient, une grande tendresse s’était immiscée sans qu’ils y aient pris garde. Elle s’était épanouie comme une marguerite au printemps, pour les enrober tous deux d’une dilection qu’ils n’auraient jamais songé à nommer. Ce lien étrange, invisible, évident, logique et muet les incita à poursuivre leurs autres jeux, plus charnels. Ils prirent alors soin de se cacher, en toute innocence. Une fois rentrés, ils s’endormaient parfois blottis l’un contre l’autre dans le canapé du salon, épuisés et repus de leurs frasques amoureuses, dans un contentement tout animal de l’instant. Elle et Lui, émus et ne soupçonnant rien, se mettaient alors à chuchoter, à marcher sur la pointe des pieds pour ne pas les éveiller, prenant plaisir à contempler le touchant et si chaste tableau qu’ils formaient et qu’il eût été dommage de déranger. S’Ils avaient su ! Cependant, contrairement aux naïves croyances des deux tourtereaux en herbe, Ils n’étaient pas totalement dupes. Ils avaient fini par s’apercevoir des fugues noctambules. Par temps de pluie, lorsque Gus et Jo rentraient, ils ignoraient l’usage du paillasson et laissaient sur le carrelage de la cuisine des traces de pas qui les trahissaient. Il avaient traversé le jardin dont l’allée devenait boueuse sous les averses. Elle s’en était fort inquiétée, mais Il l’avait rassurée, docte et un tantinet péremptoire : il fallait bien que s’affirment leur indépendance et leur soif de liberté. De plus, ils étaient ensemble, la petite Joséphine ne craignait rien puisque Augustin le rebelle était toujours avec elle. Sans doute n’allaient-ils pas bien loin, ils retrouvaient certainement des copains, non, il n’y avait pas lieu de s’alarmer. Mieux valait fermer les yeux et faire comme si on ne savait rien. Elle Le laissa parler, mais n’en pensait pas moins. Elle savait bien que des rapports de force étaient établis et que Gus, en leader incontesté décidait de tout, entraînait Jo, en particulier quand il s’agissait de faire des bêtises. La cadette suivait son aîné sans réfléchir et de fait, partageait parfois injustement les punitions qui s’ensuivaient immanquablement. Ainsi, le jour où Gus organisa en Leur absence une course poursuite dans la maison, les choses dégénérèrent. Dans l’excitation de leur jeu, Gus prit un virage trop serré qui eut pour effet de faire valser le vase de porcelaine ancienne qu’Elle avait hérité de sa grand-mère. Évidemment, il contenait un gros bouquet de roses qui allèrent s’étaler parmi les débris du défunt pot. Cela fit un joli bruit cristallin qui mourut dans le gargouillis de toute l’eau qui se répandit degueulando prestissimo sur la table en bois précieux -encore une pièce d’héritage- et le parquet. Comme il n’y a pas de hasard, ce fut à cet instant précis qu’Ils rentrèrent en leur home sweet home. Gus, plus rapide, s’était déjà planqué, ce fut Jo qui essuya l’orage sinon le désastre et les larmes qu’Elle versa sur la perte du si cher souvenir ancestral.  Un an plus tard, on voyait encore les taches sur le bois blond et quelques lattes sonnaient creux quand on marchait dessus. De même, quand une autre fois Gus avait incité Jo à le suivre dans l’escalade du mur mitoyen pour aller jeter un œil chez le voisin qui laissait toujours sa fenêtre ouverte. Tous deux s’en étaient donné à cœur joie, allant jusque dans la cuisine pour tenter de chaparder un truc à grignoter. C’était trop drôle et trop tentant ! La voisine les avait pris la patte dans le sac, fait déguerpir en vociférant et était venue râler direct chez Eux. Elle et Lui avaient dû présenter de plates excuses, la jouer profil bas, sous des remarques acerbes remettant en cause Leur éducation, Leur manque de surveillance et d’attention. A posteriori, Elle avait eu une belle peur, le mur était quand même très haut, les deux vauriens auraient pu se rompre le cou ! Elle les priva tous deux de sortie pendant trois jours complets, les confinant dans le salon.

Le temps passa, jusqu’à ce soir d’hiver qu’Elle choisit pour leur annoncer une grande nouvelle. Il ne leur avait pas échappé que son ventre s’arrondissait. Un bébé allait arriver avec le printemps ! Gus, toujours la tête aux castagnes à venir ou à ses ébats amoureux et néanmoins incestueux, n’avait rien vu venir. Jo, en revanche, avait bien compris ce qui était en devenir, là, dans cette rotondité proéminente de femelle gravide. Elle s’en émut, solidarité de fille, en dépit des persifflages dédaigneux de son aîné qui n’en avait cure. Déjà encline à rester au logis pour profiter du feu de cheminée et de la douceur de vivre, elle le délaissa un temps pour suivre avec attention et intérêt les préparatifs qu’Ils entreprirent pour accueillir le futur petit. Gus dut se résoudre à sortir seul, sans sa Jo à ses côtés pour l’admirer quand il croisait le chemin d’un rival à fustiger. Joséphine ne se lassait pas de Les regarder repeindre cette pièce du fond qui jusqu’alors Lui servait parfois de bureau. Elle aurait aimé elle aussi jouer du pinceau, mais après qu’elle eut malencontreusement marché sur le couvercle du pot de peinture couleur pervenche, Ils le lui interdirent formellement.

—  Bien fait ! Grommela dans sa moustache Gus, témoin de la scène.

—  Oh, ça va… Laisse-moi tranquille, moi, ça me plaît de suivre les opérations.

— Pff… Ridicule. Je vais faire un tour, tu viens ?

— Non, Ils attendent de nouveaux meubles, je veux voir ce qui va arriver.

Sans autre commentaire, mais n’en pensant pas moins, Gus s’éloigna, l’allure altière et le déhanché provocant. Joséphine aurait aimé qu’il s’intéressât comme elle à l’évènement à venir, mais c’était des histoires de gonzesses qui lui inspiraient le plus grand mépris. Une petite commode fit son apparition, immédiatement installée, sous l’œil attentif et intéressé de Jo. Une table à langer suivit, bientôt recouverte de petits vêtements, paquets de couches et toutes sortes d’objets pour bébé. Enfin, un lit à barreaux dans lequel un douillet matelas fut déposé, rapidement embarrassé de peluches tellement mignonnes. Jo les passa en revue, joua avec quelques-unes,

—  Pour m’entraîner, dit-elle à Gus qui la regardait faire d’un air moqueur.

— Ben quoi, regarde, c’est joli, ça, on dirait presque un vrai chat, c’est adorable, tu veux pas le caresser au moins ?

Éclat de rire de Gus à l’énoncé de cette proposition ridicule. Lui, caresser un chat en peluche ! Elle était bien bonne celle-là ! Malgré tout, il savait à peu près se tenir. Quand Elle farfouillait dans « la chambre » du bébé, il s’asseyait sagement à côté de Jo, La regardant ranger, préparer le lit, et une valise aussi. On aurait presque pu voir une auréole tourner au-dessus de la tête de l’aîné de Jo, n’eut été les remarques marmonnées et que, heureusement, elle seule entendait.

— Non mais vraiment, Elle va pas s’arrêter de tournicoter dans cette pièce, à tout sortir et ranger sans arrêt ? Elle me donne le tournis à force. Sûr qu’elle n’en a pas fait autant pour moi, ou même toi, Jo, je t’assure, je m’en rappelle…

— T’es jaloux ?

— Non, mais ça me gave de Les voir s’agiter comme ça pour pas grand-chose finalement.
— Quand même, un bébé…

— Et alors ? Ils n’en n’ont pas inventé la mode, que je sache !

Quand Elle se tournait vers eux, quêtant leur approbation et leur plaisir à accueillir un nouveau ou une nouvelle venue -Elle ne voulait pas connaître le sexe du petit à naître-, Gus ne pipait mot, la jouait aimable et approbateur tout en se gaussant intérieurement. Jo, elle, semblait aux anges… La truffe ! Il lui en voulut presque de s’intéresser autant à Elle, à son ventre tout rond, à toutes ces petites choses si féminines et qui le laissaient un peu de côté.

Comme prévu, au premier jour du printemps, par un beau matin, Elle leur annonça que le moment était venu. Elle alla chercher la fameuse valise dans la petite chambre, et tandis qu’Il courait dans tous les sens, Elle leur expliqua qu’elle partait pour la maternité. Pour d’obscures raisons que Gus et Jo ne comprirent pas trop, ils n’iraient pas la voir là-bas, devraient attendre son retour à la maison avec Lui qui s’occuperait d’eux. Enfin, si l’on peut dire. Il revint au soir de la naissance, surexcité, les repoussant d’un

— Plus tard… quand ils réclamèrent à dîner. Il passa des heures au téléphone. A chaque nouvel appel, la même rengaine : oui, sa femme et le bébé allaient bien, il était superbe ! Et les détails recommençaient, intonation de fierté dans la voix. La taille, le poids, les trois prénoms choisis dans les arbres généalogiques familiaux, l’émotion qu’Il venait de vivre. Oui, Gus et Jo allaient bien aussi, seraient ravis quand ils le verraient… Rires

— On le saura ! Commence à m’agacer avec ses histoires en boucle, j’ai la dalle, moi !

Gus, de mauvais poil, tournait en rond dans la cuisine comme un lion en cage, tandis que Jo, elle, ne se lassait pas de réentendre l’histoire de cette naissance. Enfin, quelques jours plus tard, Il partit en voiture pour revenir avec Elle qui portait la chose dans un ravissant couffin. Le bébé dormait, minuscule sous les petits draps, sa petite tête reposant sur un oreiller brodé. Il semblait si fragile… Les deux aînés durent se contenter de « toucher avec les yeux », pas question d’en approcher pour le moment. Jo fut dépitée. Elle avait tant espéré cette arrivée !

— Fallait s’y attendre, t’es vraiment naïve, ma fille… Persiffla Gus. Moi, je sens que ça va vite me faire friser les moustaches, je me tire. Tu viens ?

— Non, tu m’agaces, vas-y tout seul. Moi, je reste près du bébé, je vais le regarder dormir…

Le rythme de vie de la maisonnée fut totalement bouleversé. Nuit et jour, Ils étaient complètement accaparés par le petit enfant. Au moindre vagissement, Ils se précipitaient. Il fallait le nourrir sans arrêt, le changer, le laver, le coucher… Et tout recommencer du début, à une cadence d’enfer. Augustin et Joséphine eurent la très désagréable sensation d’être relégués au second plan. Sans compter les hurlements de cette si petite chose qui les réveillait en sursaut en pleine nuit, et dégageait parfois de nauséabonds effluves dont les délicates narines de Jo furent offusquées, même si elle tentait de se rendre utile auprès d’Elle. C’est alors que Gus décida du conseil de guerre qui scellerait les détails des opérations à envisager pour le rétablissement de leur paix et leur tranquillité.

— J’en étais sûr ! Je te l’avais bien dit, c’est devenu insupportable. Il faut agir, et vite ! On n’a plus le temps de réfléchir. Alors, c’est oui ?

— Bon… D’accord. C’est toi qui t’y colles alors, moi, j’ai un peu peur quand même. Tu me raconteras ?

— Tu me fais rire… Evidemment que c’est moi qui y vais ! Tu serais capable de renoncer au dernier moment.

Joséphine, vexée mais contente de n’avoir aucun rôle à jouer, fit mine de lui cracher dessus en tirant la langue, lui tourna le dos pour aller se réfugier dans le jardin.

Tôt le lendemain matin, Gus vint la réveiller d’une bourrade. Elle sursauta, ouvrit les yeux, toute chiffonnée. Gus, lui, semblait en pleine forme, et déclara fièrement :

— C’est fait !

— Raconte alors ! Tu as pu entrer dans la chambre sans qu’Ils t’entendent ?

— Trop facile : il suffisait d’attendre que le bébé dorme sur la fin de la nuit, Eux aussi. Ils n’ont rien vu, rien entendu. Après, j’ai juste tiré un peu le drap, et je me suis couché dessus. Ca n’a même pas été très long, j’ai assez vite senti qu’il ne respirait plus. Il n’a même pas bougé, le « petit ange », comme Elle dit…

— Tout de même… Chuchota Jo, prenant avec une soudaine terreur la conscience du geste accompli, tu ne crois pas que… ???

— C’est pas possible, non, je ne le crois pas : tu ne changeras jamais ! Tu étais d’accord, non ? Et puis, tu verras, au fond, Ils ne seront pas mécontents. Après tout, on était là avant ! Tais-toi maintenant, le voilà…

Gus et Jo disparurent derrière le canapé, s’y cachant pour Le surveiller du coin de l’œil. Il traversa le salon sans les voir, se dirigeant vers la cuisine. Il ouvrit les volets, respira un instant l’air frais et doux de ces premiers instants printaniers, prometteurs d’une belle journée. Il prépara un plateau qui recevrait le petit déjeuner, mit la cafetière en route et sortit un biberon. Tout était si calme qu’il retourna se coucher auprès d’Elle.

Une tourterelle, toute roucoulante de salutations matutinales au soleil naissant, vint se poser sur l’allée du jardin.

— Jo, grouille-toi et ne fais pas de bruit ! Avec un peu de chance, cette fois, je vais l’avoir…

Après une avancée digne de grands fauves traquant une gazelle, les deux chats bondirent sur la proie en puissance. Mais Jo avait fait craquer une feuille, l’oiseau leur échappa. Quant à Gus, il dut longuement se lécher la patte. Dans ses griffes étaient restées quelques plumes tachées d’un peu de sang.

 

 

 

 

ÉLOGE DE L’ÉLÉGANCE

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biereChristian Grey aurait-il séduit Anastasia s’il avait été simple ouvrier d’usine, vêtu d’un vieux jean et d’un Marcel, clope au bec et Despé en main, l’haleine chargée des relents de sa bière et de tabac ? Vous me direz que ce n’est pas là « vraie » littérature…

Peut-être, mais j’aimerais avoir vendu autant d’exemplaires de mes Dix Bonbons à l’Amante que dame E.L. James ses « Cinquante nuances » !

Reprenons : Odette de Crécy aurait-elle suscité le désir de Swann si elle n’avait été qu’une cousette  en cheveux ? Valmont aurait-il aimé une Merteuil fille de ferme ? Constance aurait-elle été parée de myosotis par Mellors si elle n’avait pas été une Lady ? les-liaisons-dangereuses-choderlos-laclos-analyse-texte-lettre-81-commentaire-compose6

Les personnages en littérature érotique  doivent-ils nous ressembler pour nous faire vibrer ou bien l’imaginaire qui les visualise à la lecture ne se nourrit-il pas justement de ces fantasmes de beauté et d’élégance ?

Qu’est-ce que l’élégance ? Celle de la tenue, à l’opposé du négligé, du degueulando. Celle qui fait préférer champagne et parfums précieux à la choucroute et la saucissonnade , l’apéro anisé au bar-PMU du coin. Parce que cela ne (me) fait ni rêver ni fantasmer. Mon grand âge, peut-être, qui me fait parfois ronchonner quand je lis des textes insipides englués dans un quotidien ordinaire impropre à la rêverie.chaise

L’élégance du verbe, de la langue, dans la considération du lecteur. Lui offrir de quoi l’élever et non pas le caresser dans le sens du poil, le flatter en écrivant comme on parle au café du commerce quand on tape le carton.  Question de respect, de soi en tant qu’auteur et surtout du lecteur.

Je ne dis pas qu’il faille se censurer, ne pas appeler une chatte une chatte quand on écrit l’érotisme, mais je crois inutile de sombrer dans une trivialité ambiante qui serait de bon aloi.

J’exècre la vulgarité, le laisser-aller, l’adoption de tics de langage pour « faire Djeun’s », grave pas cool… Voilà. Alors oui, je veux rêver en feuilletant les albums photos de Ressan,  fantasmer en écrivant la douceur des bas, l’émotion que suscite un P.J ou un escarpin à talons vertigineux, les tailles enserrées de jolies guêpières dans une profusion de dentelles et de rubans, les masques et autres loups pailletés qui soulignent des regards attisés de désir.Ressan 2

Clichés ? Codes dépassés ?  Ou simplement, dans un monde bien laid fait de guerres à notre porte et de ravages en tous genres, besoin d’évasion vers un univers où tout ne serait que « luxe, calme et volupté » ?

Allez, je vais relire Baudelaire, histoire de prendre un bon bol d’air, une vraie bouffée d’oxygène. Loin de Monsieur et Madame Tout-le-monde en « survêt’ « qui, décidément, me laissent de marbre.
Et vous ?

LIVRE PARIS 2018

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Salon Paris 2018Une semaine déjà ! En dépit d’un froid hivernal et de méchants flocons sur la capitale, le Salon du Livre de Paris a battu son plein du 16 au 19 mars.

Cette année, il m’a fallu fendre la foule pour me rendre du stand des Éditions du 38 à celui des Éditions Tabou, en faisant un crochet le samedi par Le Diable Vauvert afin d’y saluer les amis auteurs du Prix de la Nouvelle Érotique et son diabolique initiateur Jacques-Olivier Liby.

Quel plaisir de retrouver les auteurs amis, de bavarder avec les visiteurs, les lecteurs fidèles ou nouveaux ! Au 38, notre éditrice Anita Berchenko présentait fièrement sa maison pour la première fois. Succès assuré, avec Gilles Milo-Vaceri, Sara Greem, Alex Nicol, Sandra Mézière, Julie Derussy (entre autres !) qui n’ont cessé de dédicacer. J’y présentais L’Année des Amours Buissonnières et Philae d’îles en ils. 20180317_132805

Puis, retrouvailles de la « Tabou Team« , sous la houlette de Thierry Plée. Accueil enthousiaste des lecteurs qui se pressaient pour que Eva Delambre signe son tout dernier opus Abnégation et que les auteurs de B.D dessinent leurs dédicaces. Mes deux derniers livres Douze Tours de Vices et La Discipline d’Arcane se sont envolés ! Tout comme ces quatre jours un peu fous pendant lesquels le temps a filé à grande vitesse. De bavardages en échanges, avec tous ceux qui nous sont venus nous rencontrer, auteurs, amis déjà connus ou découverts « en live » après Facebook ou aux côtés desquels je dédicaçais.

Omega

Pour ne citer qu’eux : ma chère amie Rose, Clarissa Rivière, mon amie et complice…, Jean-Baptiste Messier, Léon de Griffes, Lionel Parrini et Sandrine Périgois, Stella Tanagra et Omega Mc Kay, Philippe Lecaplain, Cosimo Ferri et Samanta Cefaliello au rire si communicatif, Michel Lévy, Emmanuel Murzeau… Et tant d’autres qui me pardonneront de ne pas les nommer tant ils ont été nombreux. Pas plus que je ne pourrais évoquer tous ceux présents lors de la soirée de rencontre auteurs-lecteurs du samedi soir, organisée par Marie-Laure dans un restaurant Place Saint-André-des-Arts et où les échanges se sont joyeusement poursuivis, agrémentés d’interventions passionnantes.IMG_2055

De beaux souvenirs engrangés, vivement le prochain salon !

 

 

 

 

jeudi 8 mars : Journée Internationale des Droits de la Femme

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A l’heure où l’exécutif va obliger les entreprises à se doter d’un logiciel détectant les différences de rémunération à poste égal et à compétence égale, force est de constater que les femmes occupent encore trop souvent des postes moins qualifiés, dans des métiers moins bien payés. Selon l’Insée, l’écart atteint même 27%…
Simple exemple, de taille s’il en est d’une inégalité persistante, terreau d’un combat mené de longue date et hélas, toujours d’actualité. Sans parler des acquis obtenus de haute lutte si récemment dans l’histoire de l’humanité : droit de vote : 21 avril 1944, à l’avortement et la contraception : 1974 et

17 janvier 1975 promulgation de la loi Veil. Simone Veil

13 juillet 1965 : la réforme des régimes matrimoniaux , votée à l’Assemblée Nationale, décrète l’autonomie financière des femmes mariées. Elles peuvent dès lors exercer une profession sans l’accord de leur mari, ouvrir un compte bancaire en leur nom propre et disposer de leurs biens.

S’il est un lieu où le patriarcat bourgeois règne en maître, c’est bien l’opéra.

Quand Verdi présente sa Traviata, ( le 6 mars 1853) le succès n’est pas au rendez-vous : le bourgeois du XIXe ne supporte pas de voir étalées ses vilenies sur scène. Au son sublime des valses, Violetta, la demi-mondaine, la prostituée croit qu’elle va pouvoir s’autoriser un amour conjugal. Elle décide de se laisser aimer mais Alfredo la prostitue dans l’amour. Tous les crimes d’opéra se commettent en son nom.

Violetta et AlfredoElle qui se croit libre, qui le proclame dans l’air magnifique :

 » Sempre libera degg´io
folleggiare di gioia in gioia, »

Elle résiste bien peu, hésite encore, peut-elle aimer,se laisser aimer ?  »    « Oh ! Oh ! Amore !
Follie ! Gioir ! »

Peut-elle simplement jouir ? N’est-elle pas frigide à proclamer ainsi haut et fort cette aspiration ? La prostituée ne s’interdit-elle pas le jouir ? Alors qu’elle croit vivre enfin un amour vrai avec Alfredo, dans une campagne idyllique, elle est vite rattrapée et vaincue par le fric, le patrimoine à défendre, l’opposition entre la pure et l’impure que vient lui chanter Germont père. Son salut ne peut résider que dans la perte. Et pourtant, comme elle se débat la petite malade ! Elle chante des halètements saccadés, crie son amour en syncopes musicales, lance des cris hachés pour dire qu’on lui demande toute sa vie. Enfin, vaincue, elle ne peut que murmurer  » e vero… ». *

Germont n’a plus qu’à enfoncer les clous dans les paumes de la femme, la renvoyant aux  harems fermés de la bourgeoisie dont elle a espéré sortir. Elle le paie de sa vie même, toussotante.

 La rédemption arrive trop tard, elle meurt entourée de l’amant qui pleurniche et du père confit en pseudo remords.violetta meurt

Violetta et Fleur-de-Marie portent les mêmes stigmates, syphilis et phtisie, ces  corruptions du corps dont héritent celles qui ne font pas partie de la famille.

Butterfly se brûle les ailes en croyant à l’amour de Pinkerton et si Carmen, celle qui dit « non » et veut rester libre, toutes sont décidément défaites, crucifiées sur l’autel de la suprématie mâle.

Reste la narration musicale, somptueuse, envoûtante, déchirante.  Verdi, Puccini, Bizet (pour ne citer qu’eux) peuvent reposer en paix : la dévoyée qui a emprunté les chemins de traverse, la victime à Nagasaki, la belle cigarière en Andalousie ne cessent d’attirer les foules venues contempler leur sacrifice à l’amour et surtout, à l’homme.

Et vous, êtes-vous aussi fondu d’opéra ?

* Catherine Clément: L’opéra ou la défaite des femme      Grasset, 1995

Iconographie : La Traviata, film opéra de Franco Zeffirelli, 1983, avec Teresa Stratas, Placido Domingo, Cornell Mac Neil  Direction : James Levine

 

 

 

 

Joli printemps en vue !

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marsMars est annonciateur du printemps. Les Romains avaient nommé le premier mois de l’année en l’honneur du dieu du même nom, qui coïncidait avec le retour des beaux jours.

Et des beaux jours, il y en aura !

Tout d’abord, pour dire adieu à février, le 28 Flore Cherry nous recevra au bar Le 153 (153 rue Saint-Martin, à Paris) pour de nouveaux Écrits Polissons autour du thème « Le Fouet et la Plume ».

Visuel 28 fev 2018

Une soirée qui s’annonce claquante, en présence d’un célèbre Maître dominateur et de l’éditeur Thierry Play de la maison TABOU. Nous y parlerons BDSM et de la sortie de nouveaux livres.

Du 16 au 19 mars, le Salon du Livre de Paris battra son plein, je vous y retrouverai sur deux stands:

celui des éditions TABOU et des éditions du 38. Sortez les agendas ! A très vite…

salon ed Tabou

 

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Le Joli mois des amoureux…

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saint valentin 3Oui. J’avoue : si je déteste « les fêtes de fin d’année », j’aime les petits cœurs, le rouge mis partout et les musiques sirupeuses annonciateurs de la

       Saint-Valentin !

Cette fête nous est arrivée du monde anglo-saxon et le 14 février est considéré dans de nombreux pays comme celle des amoureux. Les couples en profitent pour échanger des mots doux et des cadeaux comme preuves d’amour ainsi que des roses rouges, emblème de la passion.
Elle est aussi associée plus étroitement à l’échange mutuel de « billets doux » ou de valentins illustrés de symboles tels qu’un cœur ou un Cupidon ailé.

Rédiger un billet doux (d’ailleurs, qui en écrit encore ?), offrir un cadeau afin de l’amener à vous remercier très très chaleureusement, pas difficile si il ou elle aime la lecture, tout spécialement dans la catégorie Littérature érotique.On peut lire, ou écouter et regarder, comme dans ce clip :

             https://charlie-liveshow.com/partition-corps-clip-erotique/#

Et pour faire grimper la température, n’hésitez pas à lire à haute voix les passages les plus chauds, ou à lui faire lire…  Suggestions en images, sur fond de boléro :

Il ne vous reste plus qu’à choisir…
Bonne Fête à tous les amoureux !!!

Sexygénaire : à la poursuite du plaisir

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sexygénaire                         Depuis que l’homo est devenu « erectus » et a adopté la station debout – comme sa femelle d’ailleurs – du temps a passé sous ses semelles. Que sont quelques décennies en regard de la longue marche de l’humanité ? Vous venez de passer le cap de la quarantaine ? Celui qui vous fait entrer dans le monde merveilleux des « quinquas » ? Vous abordez la soixantaine ?

Dans sexagénaire… il y a le mot sexe  !

Si vous considérez votre anniversaire comme une balise de mauvais augure martelant l’inéluctable compte à rebours comme une vieille comtoise grincheuse, n’est-ce pas du temps perdu que de déplorer un âge que l’on regrettera dans dix ans ? N’est-ce pas tenter de lutter contre des moulins à vent qui ne s’arrêteront pas pour autant de tourner ? Il convient d’accepter de découvrir à chaque étape un nouveau continent riche de plaisirs d’autant plus que les choses ont considérablement évolué, fort heureusement, même si la course au jeunisme en fait galoper plus d’un(e).

Si Stephen Vizinczey fait l’«Éloge de la femme mûre », (Folio Gallimard) il n’est pas le seul auteur à avoir mis en mots le plaisir d’aimer une femme qui a dépassé l’âge de procréer. Ce sont les très réjouissantes réflexions de Stéphane Rose qu’il faut (re)lire ici :

« Aimer un corps mûr, c’est accepter de (…) renoncer aux normes de fraîcheur et de jeunesse qui conduisent alors immanquablement à désirer une femme parce qu’elle est « bien conservée », parce qu’elle a « su s’entretenir », parce qu’elle « ne fait pas son âge », bref parce qu’elle a su perpétuer la jeunesse de son corps considérée comme une valeur, entretenu à coups de (…) Botox, lifting (…). Aimer un corps mûr, c’est désirer, précisément, les traces du temps, associées à cette espèce d’assurance posée que véhiculent les femmes qui ont un peu vécu, cette force intérieure, ce blindage qu’elles bâtissent sur la résignation d’une jeunesse de plus en plus loin derrière elles. En perdant l’arrogance de la jeunesse (…) les femmes âgées gagnent l’arrogance de l’expérience, de la maturité revendiquée (…) une espèce de dédain, d’apparence d’inaccessibilité blasée qui donne envie de les conquérir (…) »                       Pourvu qu’elle soit rousse de Stéphane Rose, éd. La Musardine.

Inexorablement, le temps passe. L’espérance de vie allonge, la santé est protégée et aujourd’hui, 6% de femmes au-delà de quatre-vingts ans ont toujours une vie sexuelle ! Des exceptions ? Peut-être, mais songez que Ninon de Lenclos, * (1620-1705) courtisane célèbre pour son bel esprit autant que pour sa sexualité débridée fêta ses 80 ans justement… en cédant aux avances pressantes d’un abbé jouvenceau de 20 ans, totalement fou d’elle ! Ninon-de-Lenclos

Elle disait : « Je n’ai jamais eu que l’âge du cœur », et elle devait l’avoir solide. Plus prosaïquement, ma chère grand-mère aurait ajouté que « c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes » Trivial, mais pas faux !

Et vous, savez-vous profiter pleinement de chacune de vos dizaines d’années ?

*:Le roman vrai de Ninon de Lenclos

  Michel de Decker (Belfond)