RENCONTRE – DÉDICACE

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Oserez-vous braver la « Heat Wave » qui sévit sur Paris pour venir chez

METAMORPH’OSE le 28 juin?

Je vous y attendrai, il y fera frais, à moins que…

A très vite !

banniere MetaDédicace J-A de Sée

 

 

La violence des Lèvres Rouges

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Manipulateurs-pervers-narcissiquesDans son essai Le Harcèlement moral : la violence perverse au quotidien, paru en 1998, la psychiatre Marie-France Hirigoyen évoque les effets destructeurs provoqués par les pervers narcissiques et pervers paranoïaques, identifiés à des prédateurs, sur le psychisme de leurs victimes en milieu conjugal, familial, éducatif et professionnel.

Ces êtres, charismatiques et envoûtants à fonctionnement destructeur sont de véritables vampires qui, dans leur déviance narcissique vont littéralement aspirer leur partenaire dans une infernale spirale. Ils vont externaliser leur mauvaise image d’eux-mêmes -écho à un lien infantile- dans l’espoir de pomper chez l’autre les qualités qu’ils n’ont pas en exerçant une emprise mortifère : ils soufflent le chaud et le froid, puis distillent les insultes, le dénigrement, la maltraitance physique et psychologique. La victime est alors prise dans une toile d’araignée, tenue à disposition, ligotée psychologiquement, anesthésiée.victime PNM

Suivant le schéma de la tragédie classique, cinq actes vont se succéder dans l’anéantissement progressif de la victime : la prise de contrôle, le piège qui se referme, l’anéantissement, puis, le temps du courage de partir pour la victime suivi de sa reconstruction.

 

C’est cette construction que Jessika Lombar a adoptée pour conter l’histoire de Violette et d’Édouard dans son deuxième roman : Les lèvres rouges. Elle a cependant ajouté une sixième phase, initiatique, comme le titre du film de John Boorman et le voyage en forme d’initiation cruelle des personnages : Délivrance. Astucieusement, elle reprend le personnage masculin ambigu déjà campé dans Rose Noir, son précédent ouvrage. Elle va peu à peu faire entrer le lecteur dans la psyché déviante et torturée de cet homme, en donnant à sa proie le rôle de narrateur de leur terrible histoire. Afin d’immerger le lecteur-témoin, elle en fait l’acteur en choisissant pour le récit la deuxième personne du singulier : Tu. Toi, lecteur, deviens Violette, qui sombre peu à peu, se perd, se noie lentement, sans comprendre. Jusqu’au dévoilement de bien terribles secrets et cette « Délivrance » finale ((P. 229) aussi surprenante qu’inattendue, sauf si l’on a été assez attentif pour remarquer les indices semés ici ou là au fil du récit.Jessika

Dans un style qui s’est affirmé, Jessika Lombar ne craint pas de montrer la cruauté et les débordements de cet homme qui ira si loin dans son entreprise de destruction. Les scènes sont agressives, vous sautent au visage. Le sexe est omniprésent, non pas celui des douces jouissances qu’il peut procurer, mais dans les excès ultra violents de celui qui l’impose, domination du corps de l’autre, simple objet à détruire. La vision qu’Édouard a des femmes se résume ainsi :

« (…) toutes des putes refoulées«  (P. 141) Violette subit, dans la peur, impuissante à se défendre et constate :

 » Tu es devenue le réceptacle de toutes ses névroses. Son bouc émissaire. (…) Cela finira mal. C’est inéluctable. » (P.144) Jusqu’à ce que cet inéluctable se produise. Une page se tourne, au propre comme au figuré, et quand Violette reprend pied peu à peu, le récit revient à la troisième personne du singulier (P; 199). L’auteur-narrateur omniscient reprend la main pour prendre la nôtre et nous conduire vers la liberté d’esprit recouvrée de l’héroïne :

« Elle sait à présent ce qu’elle veut pour le reste de sa vie. Elle veut choisir. Ne plus jamais subir« . (P.204)

Le choix de Violette surprendra, qu’il est impossible de dévoiler ici sans déflorer la fin de ce roman très fort, qu’il faut lire absolument. Le texte est âpre, rude, sans concession, ni dans les descriptions de maltraitance qui parfois font froid dans le dos, ni dans la narration. Que l’on ait ou pas eu affaire à un pervers narcissique, il touche par la profondeur de l’analyse au scalpel faite des errements d’Édouard et de la descente aux enfers de Violette.

Il est aussi porteur d’espoir pour celles qui subissent les violences de ces prédateurs redoutables : il est possible de leur échapper un jour… Et vous, avez-vous déjà croisé la route d’un Édouard ?

LES LEVRES ROUGES (Jessika Lombar)

 

 

 

 

L’après Livre Paris

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C’est toujours un bonheur de découvrir les ouvrages que font paraître les amis auteurs.

Au Salon du Livre de Paris 2019, nombreux étaient ceux qui dédicaçaient, et je n’ai pas résisté au plaisir de faire de nouvelles rencontres et de fait… de jolies découvertes.

ÂMES SENSUELLES, NE PAS S’ABSTENIR !

JessikaROSE NOIR est le premier roman de

Jessika Lombar (Estelas éditions).

Un érotisme délicat, des fantasmes et des pulsions féminins avoués, des senteurs à chaque coin de page, il faut se laisser entraîner avec volupté dans le sillage parfumé et odoriférant de Katia, l’héroïne.

« Derrière chaque femme se cache une coquine. Il suffit de savoir la révéler »

Le ton est donné, alors que cette jeune quadra contemple son sexe qu’elle vient de débarrasser de sa pilosité, libérant ainsi cette coquine qui sommeillait en elle. C’est avec son homme, son amour qu’elle va trouver un nouveau souffle pour des envies et des ardeurs impérieuses. Elle empruntera aussi quelques chemins de traverse, aspirée dans une spirale de plaisirs qui vont bousculer tous ses codes. Jusqu’où ? Il faut lire ce joli livre, le déguster comme une glace rafraîchissante par un après-midi d’été, quand la chaleur de la lecture alliée à celle du soleil vous met délicieusement le feu…aux joues. Un second roman vient de paraître : Les lèvres rouges, que j’ai hâte de découvrir.

Pour les romantiques, une novella en forme de comédie humoristico-fantaisiste et gentiment sentimentalo-érotique, ajoutez un zeste de surnaturel, une louche de romance joyeuse :

c’est A PORTÉE DE MAIN de Jean-Baptiste Messier  (Éditions Elixyria) qu’il faut lire absolument.

JB Messier

L’auteur s’est visiblement amusé à écrire cette histoire, et entraîne à sa suite le lecteur dans cette voie. C’est frais, pimpant, joyeux, drôle, avec des clins d’œil parfois plus profonds au lecteur attentif. Un joli moment de lecture qui vous met le sourire aux lèvres et l’optimisme au cœur.

Beaucoup moins doux et à réserver à un « public averti » selon la formule consacrée, allez aussi découvrir l’univers érotique de Sonia Saint Germain qui présente son premier roman :

INTIMES CONNEXIONS. (Éditions Libertine)Sonia

Si le fil conducteur est simple, les scènes de sexe, très explicites, enchanteront les amateurs du genre. Un homme et une femme commencent à échanger sur un réseau social, après  un quiproquo. Peu à peu, au fil de leurs connexions, ils se livrent l’un à l’autre, se cherchent, se frôlent, se dévoilent, jusqu’à l’échange de confidences très intimes. Iront-ils jusqu’à la rencontre IRL ? Des sentiments et des désirs peuvent-ils naître de relations virtuelles ? Découvrez vite ce texte sulfureux dont la belle rédactrice livre sans tabou ses fantasmes qu’elle met au service d’une plume audacieuse et libérée.

Et vous, qu’avez-vous rapporté de Livre Paris ?

Indignation

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Nasrin Sotoudeh

Nasrin Sotoudeh

Parce que le 8 mars était la JOURNÉE INTERNATIONALE DES DROITS DE LA FEMME,

que dans mon pays, je peux dire ce que je pense, exprimer (encore…) mes opinions,

exercer mon métier en toute liberté, sortir en mini-jupe et cheveux aux vents quand j’en ai envie…

Je suis horrifiée du sort de cette femme, scellé par un obscurantisme pas même digne du moyen-âge, auquel ce serait faire injure.

J’ai signé cette pétition. Sans grand espoir, mais pour qu’au moins l’indignation soit entendue…

Et vous, avez-vous signé ?

https://www.change.org/p/emmanuelmacron-lib%C3%A9rez-l-avocate-iranienne-nasrin-sotoudeh-freenasrin?fbclid=IwAR0RXC71bzOeaQUkq3eq7JfLT2HiDRm1mhD-UII1DeLWjmpo5E8dMJzHpiI

Laissez-vous plonger dans les Ténèbres…

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20190123_122421      Il est des livres qui vous happent dès les premières lignes et que l’on ne peut lâcher qu’à la toute dernière. Parce qu’ils mettent le doigt là où ça fait mal à nos émotions, parce qu’ils nous emportent dans ce que l’Homme peut révéler de plus sombre, de plus révoltant et aussi de plus extraordinaire de ses ressources psychologiques quand il s’agit de rester en vie. Peut-être aussi parce qu’alors le lecteur devient voyeur et veut aller jusqu’au bout d’une histoire dramatique dont il devient le témoin privilégié.
Tel est l’enjeu de Ténèbres de Sandrine Périgois.

(Éditions ELIXYRIA)

Un thriller ? Une plongée dans l’horreur d’un enlèvement suivi de la longue séquestration de Caroline, la narratrice ? En tout cas, un coup de maître pour une immersion dans la brutalité des faits et les méandres de la psyché de la victime comme de l’agresseur. Le style, résolument simple, souvent dialogué, plonge vite le lecteur dans l’intime de l’étrange relation qui va se nouer au fil du temps entre Caroline et David, la proie et son bourreau. Avec en toile de fond un lancinant leitmotiv : la présence de la menace quasi permanente du couteau que le ravisseur a toujours en main.

Va-t-il finir par égorger celle qu’il détient ? Au fil des chapitres et de l’évolution de la situation initiale, passées la sidération et la terreur, un lien étrange se tisse entre les deux personnages de ce huis clos. Sans pouvoir se l’expliquer, Caroline va peu à peu se soumettre, prendre du plaisir là où il ne devrait jamais y en avoir :

« J’aime ce qu’il me fait, malgré l’enfermement, les violences qu’il a pu m’infliger, la menace continuelle. Il ne prend pas ce qu’il pouvait rester d’honorable en moi, je le lui offre. » (P. 84)

Plus loin, après la révélation d’un lourd secret, elle se soumet, éprouvant alors une forme de gratitude auprès de son tortionnaire : « (…) c’est mon rôle; » (P.104) « C’est rassurant de le savoir à mes côtés, c’est ma place, près de lui (…) »

Sandrine Périgois explore sous forme de roman le syndrome de Stockholm que le Larousse définit comme : un lien d’empathie s’installant entre la victime d’une séquestration et son ravisseur. (sic) Dans l’instinct de survie en jeu, le mécanisme de défense permet de « supporter l’insupportable ». Il correspond à un aménagement psychologique d’une situation hautement stressante, dans laquelle la vie de l’agressé est en danger. Ce phénomène psychique s’installe lorsqu’une intimité se crée dans un lieu précis pendant une longue période. Cette intimité peut aller dans les deux sens : la victime et le ravisseur peuvent tous deux développer de la sympathie l’un envers l’autre. Ce rapprochement affectif donnera l’impression à la victime de s’éloigner du danger. C’est un véritable mécanisme inconscient d’autodéfense et de survie. Jusqu’où Caroline ira-t-elle pour avoir la vie sauve ?

On pense aux histoires terribles de véritables victimes de longues séquestrations et qui ont certainement développé ce syndrome : Natascha Kampush, enfermée huit ans par son ravisseur, jumelle de Caroline la petite prof de lettres, enlevée un beau jour d’été. Ou bien aux récits d’Emmanuel Carrère relatant l’affaire J.C. Romand dans l’Adversaire, de Régis Jauffret dans Sévère, puis Claustria paru en 2012 reprenant le cas de Fitzl en Autriche.

Ce genre littéraire de la non fiction, basé sur des faits réels a produit des romans. Ténèbres vient s’inscrire dans cette lignée, en ayant réussi à créer de toutes pièces de vrais personnages de roman, donc purement fictifs, qui parfois donnent à croire qu’ils sont de chair et de sang, bien réels. Sandrine Périgois livre ici un récit haletant dont on ne sait si on sort indemne parce qu’il suscite un questionnement de soi quand on le referme.

Et vous, que feriez-vous pour rester vivant ?

PAS DE ROSE SANS ÉPINES…

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roseROSE , roman de JULE MATHIAS

Éditions Tabou, collection Les Jardins de Priape (293 pages)

Il est des livres dont la découverte déconcerte parce qu’ils ne cessent d’asséner des uppercuts au lecteur, partagé entre fascination et répulsion. Rose, récit très dérangeant, intense, touffu, happe et captive d’entrée de jeu. L’histoire se développe, explorant les méandres les plus glauques de la psyché humaine, les déviances les plus extrêmes et les plus cruelles, aux confins de la folie.

Mais surtout, ce premier roman très abouti que signe Jule Mathias envoûte par son style affirmé et travaillé, d’une densité et d’une qualité littéraires rares.

D’ailleurs, comment le définir ? S’agit-il d’un roman BD/SM dont les pratiques s’apparentent à des actes de torture et de barbarie puisque les victimes de l’improbable duo de frère et sœur ne sont pas consentantes ? Les héroïnes du divin marquis l’étaient-elles ? Ou bien, au fil de ses réflexions, de ses pensées, de ses réactions, ne serait-ce pas le roman d’un homme en quête de lui-même, de son rapport au monde et à la société, de son intime liberté qu’il tente coûte que coûte de préserver ?

Ce « quadra solitaire, soiffard et mélancolique » -tel qu’il se définit mais jamais nommé- est le narrateur de l’incroyable descente aux enfers dans laquelle il est emporté malgré lui par un couple de sadiques qui en fait un esclave sexuel. Après son rapt à la sortie d’un bar, il va désormais vivre dans un huis clos hallucinant, nu, aux côtés d’une compagne d’infortune, soumis à la toute-puissance d’un homme et d’une femme à la dérive qui les contraignent aux pires avilissements. Il lui est impossible d’échapper à ses bourreaux, aussi, sa résistance intérieure devra-t-elle se fortifier afin de ne pas sombrer à son tour et perdre sa propre humanité.

« Je pris conscience que je m’habituais depuis des jours à un sort inacceptable dont je croyais avoir pris la mesure, mais, que le fond de la fosse, où je glissais en regardant se disloquer mon humanité, s’éloignait à mesure que je voulais l’atteindre »

Les ressources et l’instinct de survie d’un homme confronté à des situations extrêmes sont étonnantes. Le narrateur fait allusion à la vie dans les camps de concentration, et lui, parfois, se prend à une certaine poésie, ou un humour pleins d’espoir. Ainsi, lors d’une sortie autorisée à l’extérieur, il contemple un instant le ciel :

« Un famélique croissant de lune irisait les brèches nuageuses, et s’accrochait à chaque gouttelette qu’il enchantait dans la tourmente. »

Pour tenter de surmonter une douleur infligée, il s’amuse intérieurement d’un substantif :

« Le censeur sémantique s’éveilla en moi pour s’insurger contre l’appellation « sex toy » relative à ce type de tourment. »

Cependant, au fil du temps qui n’existe plus, uniquement ponctué de sévices, il semble éprouver une certaine pitié, voire une forme d’attirance pour Rose, son bourreau au nom si doux, celle dont il cherche à percer les origines de la folie. Le syndrome de Stockholm pointerait-il le bout de son nez ? On pense aussi à « Portier de Nuit » de Liliana Cavani. Viendront plus tard les explications du délire des tourmenteurs, le dévoilement du pot aux roses (Rose ?) pour arriver à une fin surprenante. Toutefois, le lecteur attentif songera que quelques indices, semés au fil du récit auraient dû le mettre sur la voie pour l’anticiper.

Ce roman subversif sera réservé à un public averti que la description de pratiques sadiques vertigineuses ne rebutera pas. Il faut s’attendre à être secoué à la lecture de cette plongée dans le hors norme, la déviance pathologique.

On ne sort pas indemne de ce livre là : il dérange, interroge en ce qu’il renvoie immanquablement à des questionnements sur soi-même, à son propre rapport à la liberté, au sexe et à l’amour qui en seraient les seuls ultimes espaces. Quant à l’amateur bibliovore avide de belle et bonne littérature, il trouvera là matière à être comblé.

 

 

C’est l’été !

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20180714_215856Que vous soyez à Paris sur les bords de Seine,à la plage ou en train de crapahuter dans l’Himalaya, cet été chaud incite au farniente, à la détente, à la lecture.20180110_142255

A l’écriture aussi, en relevant ici ou là un défi, en répondant à un appel à texte, en poursuivant l’avancée de nouvelles ou d’un roman…

La première contrainte proposée par Éric Abbel, lauréat du Prix de la Nouvelle Érotique 2018 était la suivante :

Un couple improbable, un personnage demande à un autre de faire quelque chose que l’autre refuse…

Je me suis prêtée au jeu, voici la nouvelle que j’ai écrite, dont je vous souhaite bonne lecture !

parabellum

 

Julie-Anne de Sée                                     SI VIS PACEM…

 

— T’es dingue ? On peut pas faire ça !

— Ma pauvre fille, ce que tu peux être pétocharde. Il serait temps que tu grandisses un peu. Je te dis qu’il n’ y aucun risque, ça va être super facile ! Et tu verras, au final, je suis certain qu’Ils ne seront pas mécontents…

— Peut-être, mais quand même…

— Tu veux la paix ou pas ? Tu votes, oui ou non ?

— Euh… On pourrait attendre encore un peu ? Réfléchir ? Je sais pas trop si…

— Tu me fatigues, Jo. Tu réfléchis, moi j’agis. Salut.

Le bec cloué et l’estomac retourné, Joséphine resta plantée comme un poireau, regardant s’éloigner Augustin -son Gus- de ce pas chaloupé de loubard-qui-se-la-pète qu’elle aimait tant. Depuis son enfance la plus tendre et d’aussi loin qu’elle s’en souvienne, Jo était sous la coupe de Gus. Aujourd’hui, du haut de ses seize ans, il n’avait qu’à claquer dans les doigts pour qu’elle rapplique et obéisse, se plie à toutes ses lubies. Parce qu’une complicité au-delà des mots, au-delà de la morale et des règles les unissait. C’était un lien plus fort encore que l’amour, qu’ils avaient découvert et fait ensemble, comme une évidence, le soir de l’anniversaire des quatorze ans de Joséphine. Ils étaient allés se balader dans les environs, lui toujours à l’affût d’un adversaire à provoquer ou d’une bête à occire, elle, marchant dans ses pas, priant le Grand Esprit des Bestioles pour qu’il les éloigne de son bien-aimé chasseur. Elle n’aimait ni la vue ni l’odeur du sang, et de plus, elle trouvait ça idiot de zigouiller des animaux quand on avait à la maison tout ce qu’il fallait. Mais c’était plus fort que lui, Gus adorait la chasse. Tout comme il aimait se battre, aller défier les gars du quartier voisin en de longues escapades nocturnes. Il en revenait tout amoché, sanguinolent, le poil hirsute qui ne repousserait sur son crâne qu’en petites touffes clairsemées, lui donnant des airs de vieux punk aussi ébouriffé que les canches cespiteuses du jardin, mais heureux de ces moments de castagne à la sauvage. Joséphine, si douce, effrayée de le voir rentrer dans de tels états, se précipitait pour panser ses plaies, l’embrasser, se serrer contre lui pour lui communiquer ainsi sa chaleur lénifiante et tout l’amour qu’elle avait en réserve pour lui. Elle qui appréciait tant sa douillette quiétude, sa solitude parfois forcée quand Augustin s’éloignait d’elle, son confort ouaté à la maison, guettait le retour de son belliqueux avec anxiété et impatience.

Ce soir-là donc, après le traditionnel Happy birthday to you qu’Ils avaient chanté faux en chœur, la bougie symbolique que Jo avait réussi à souffler d’un coup, les douceurs et enfin l’heure du coucher, Gus l’avait entraînée en loucedé dehors, pour une de ces échappées nocturnes où tout peut arriver. Qui sait, la bande rivale traînait peut-être, à laquelle il faudrait rappeler à qui appartenait le territoire ? La lune pleine déversait sa lumière opaline sur le sentier côtier, ancien chemin de douaniers devenu terrain de bastons pour savoir qui y règnerait en maître. Joséphine n’en menait pas large. Elle s’appliquait à suivre pas à pas son aîné, prenant garde toutefois à ne pas trébucher. Pas un chat, pas âme qui vive. Par jeu, Gus stoppa net. Immanquablement, Jo vint se cogner le nez sur son dos. Elle lui envoya une bourrade, il se retourna pour la lui rendre. De jeux de mains en jeux de vilains, ils se retrouvèrent les quatre fers en l’air sur un carré d’herbes hautes et tendres. En riant et feulant comme de jeunes fauves, ils mimèrent une bagarre qui finit par dégénérer. Ce qui devait arriver arriva tout naturellement. Ce fut rapide et brutal, tendre et éblouissant. En scellant leurs sexes, ils scellèrent une union improbable, secrète, hors normes.

Joséphine avait toujours été ce qu’Ils appelaient leur « petit gabarit », tant sa croissance semblait s’être déroulée au ralenti. A quatorze ans, elle était encore toute menue, fine sans toutefois que l’on pût dire qu’elle était maigrichonne, semblant s’être attardée dans une enfance quasi anorexique.

Un joli minois en triangle, menton pointu et lèvres roses, semblait tout entier se résumer dans ses immenses yeux d’ambre, tirant sur l’or quand le soleil venait les effleurer d’un rayon câlin. Sa petite taille marquait plus encore la différence des deux années qui faisaient d’elle la cadette. Lorsque Joséphine, vite surnommée Jo, était arrivée dans Leur vie, Augustin en avait été très contrarié. Voire carrément furibard quand il avait entendu qu’Ils avaient fait ce choix délibérément, en osant le lui infliger à lui, l’unique objet de toutes Leurs attentions depuis près de trois longues années. Il avait ravalé sa colère, et d’emblée exercé sa supériorité physique de mâle pour imposer sa loi. Fallait pas exagérer quand même. Parfois même assez lâchement, il l’admettait en son for intérieur. Du genre : quand Ils avaient le dos tourné… Il ne l’aurait cependant jamais avoué à quiconque, fierté de mec oblige. Après tout, le primo arrivant, c’était lui, nom d’un chien ! En grandissant, Joséphine dut donc se plier à toutes les exigences de Gus dont le caractère entier, tyrannique, exclusif -assez primaire en somme- réclamait que tout allât dans la maison comme il l’entendait. Il suffisait qu’il emploie le regard-qui-tue de ses prunelles vert Granny Smith pour que Jo se taise ou rampe devant lui.

Toutefois, au fil du temps, de l’habitude de leur vivre ensemble, des jeux partagés dans l’amour qu’Ils leur prodiguaient, une grande tendresse s’était immiscée sans qu’ils y aient pris garde. Elle s’était épanouie comme une marguerite au printemps, pour les enrober tous deux d’une dilection qu’ils n’auraient jamais songé à nommer. Ce lien étrange, invisible, évident, logique et muet les incita à poursuivre leurs autres jeux, plus charnels. Ils prirent alors soin de se cacher, en toute innocence. Une fois rentrés, ils s’endormaient parfois blottis l’un contre l’autre dans le canapé du salon, épuisés et repus de leurs frasques amoureuses, dans un contentement tout animal de l’instant. Elle et Lui, émus et ne soupçonnant rien, se mettaient alors à chuchoter, à marcher sur la pointe des pieds pour ne pas les éveiller, prenant plaisir à contempler le touchant et si chaste tableau qu’ils formaient et qu’il eût été dommage de déranger. S’Ils avaient su ! Cependant, contrairement aux naïves croyances des deux tourtereaux en herbe, Ils n’étaient pas totalement dupes. Ils avaient fini par s’apercevoir des fugues noctambules. Par temps de pluie, lorsque Gus et Jo rentraient, ils ignoraient l’usage du paillasson et laissaient sur le carrelage de la cuisine des traces de pas qui les trahissaient. Il avaient traversé le jardin dont l’allée devenait boueuse sous les averses. Elle s’en était fort inquiétée, mais Il l’avait rassurée, docte et un tantinet péremptoire : il fallait bien que s’affirment leur indépendance et leur soif de liberté. De plus, ils étaient ensemble, la petite Joséphine ne craignait rien puisque Augustin le rebelle était toujours avec elle. Sans doute n’allaient-ils pas bien loin, ils retrouvaient certainement des copains, non, il n’y avait pas lieu de s’alarmer. Mieux valait fermer les yeux et faire comme si on ne savait rien. Elle Le laissa parler, mais n’en pensait pas moins. Elle savait bien que des rapports de force étaient établis et que Gus, en leader incontesté décidait de tout, entraînait Jo, en particulier quand il s’agissait de faire des bêtises. La cadette suivait son aîné sans réfléchir et de fait, partageait parfois injustement les punitions qui s’ensuivaient immanquablement. Ainsi, le jour où Gus organisa en Leur absence une course poursuite dans la maison, les choses dégénérèrent. Dans l’excitation de leur jeu, Gus prit un virage trop serré qui eut pour effet de faire valser le vase de porcelaine ancienne qu’Elle avait hérité de sa grand-mère. Évidemment, il contenait un gros bouquet de roses qui allèrent s’étaler parmi les débris du défunt pot. Cela fit un joli bruit cristallin qui mourut dans le gargouillis de toute l’eau qui se répandit degueulando prestissimo sur la table en bois précieux -encore une pièce d’héritage- et le parquet. Comme il n’y a pas de hasard, ce fut à cet instant précis qu’Ils rentrèrent en leur home sweet home. Gus, plus rapide, s’était déjà planqué, ce fut Jo qui essuya l’orage sinon le désastre et les larmes qu’Elle versa sur la perte du si cher souvenir ancestral.  Un an plus tard, on voyait encore les taches sur le bois blond et quelques lattes sonnaient creux quand on marchait dessus. De même, quand une autre fois Gus avait incité Jo à le suivre dans l’escalade du mur mitoyen pour aller jeter un œil chez le voisin qui laissait toujours sa fenêtre ouverte. Tous deux s’en étaient donné à cœur joie, allant jusque dans la cuisine pour tenter de chaparder un truc à grignoter. C’était trop drôle et trop tentant ! La voisine les avait pris la patte dans le sac, fait déguerpir en vociférant et était venue râler direct chez Eux. Elle et Lui avaient dû présenter de plates excuses, la jouer profil bas, sous des remarques acerbes remettant en cause Leur éducation, Leur manque de surveillance et d’attention. A posteriori, Elle avait eu une belle peur, le mur était quand même très haut, les deux vauriens auraient pu se rompre le cou ! Elle les priva tous deux de sortie pendant trois jours complets, les confinant dans le salon.

Le temps passa, jusqu’à ce soir d’hiver qu’Elle choisit pour leur annoncer une grande nouvelle. Il ne leur avait pas échappé que son ventre s’arrondissait. Un bébé allait arriver avec le printemps ! Gus, toujours la tête aux castagnes à venir ou à ses ébats amoureux et néanmoins incestueux, n’avait rien vu venir. Jo, en revanche, avait bien compris ce qui était en devenir, là, dans cette rotondité proéminente de femelle gravide. Elle s’en émut, solidarité de fille, en dépit des persifflages dédaigneux de son aîné qui n’en avait cure. Déjà encline à rester au logis pour profiter du feu de cheminée et de la douceur de vivre, elle le délaissa un temps pour suivre avec attention et intérêt les préparatifs qu’Ils entreprirent pour accueillir le futur petit. Gus dut se résoudre à sortir seul, sans sa Jo à ses côtés pour l’admirer quand il croisait le chemin d’un rival à fustiger. Joséphine ne se lassait pas de Les regarder repeindre cette pièce du fond qui jusqu’alors Lui servait parfois de bureau. Elle aurait aimé elle aussi jouer du pinceau, mais après qu’elle eut malencontreusement marché sur le couvercle du pot de peinture couleur pervenche, Ils le lui interdirent formellement.

—  Bien fait ! Grommela dans sa moustache Gus, témoin de la scène.

—  Oh, ça va… Laisse-moi tranquille, moi, ça me plaît de suivre les opérations.

— Pff… Ridicule. Je vais faire un tour, tu viens ?

— Non, Ils attendent de nouveaux meubles, je veux voir ce qui va arriver.

Sans autre commentaire, mais n’en pensant pas moins, Gus s’éloigna, l’allure altière et le déhanché provocant. Joséphine aurait aimé qu’il s’intéressât comme elle à l’évènement à venir, mais c’était des histoires de gonzesses qui lui inspiraient le plus grand mépris. Une petite commode fit son apparition, immédiatement installée, sous l’œil attentif et intéressé de Jo. Une table à langer suivit, bientôt recouverte de petits vêtements, paquets de couches et toutes sortes d’objets pour bébé. Enfin, un lit à barreaux dans lequel un douillet matelas fut déposé, rapidement embarrassé de peluches tellement mignonnes. Jo les passa en revue, joua avec quelques-unes,

—  Pour m’entraîner, dit-elle à Gus qui la regardait faire d’un air moqueur.

— Ben quoi, regarde, c’est joli, ça, on dirait presque un vrai chat, c’est adorable, tu veux pas le caresser au moins ?

Éclat de rire de Gus à l’énoncé de cette proposition ridicule. Lui, caresser un chat en peluche ! Elle était bien bonne celle-là ! Malgré tout, il savait à peu près se tenir. Quand Elle farfouillait dans « la chambre » du bébé, il s’asseyait sagement à côté de Jo, La regardant ranger, préparer le lit, et une valise aussi. On aurait presque pu voir une auréole tourner au-dessus de la tête de l’aîné de Jo, n’eut été les remarques marmonnées et que, heureusement, elle seule entendait.

— Non mais vraiment, Elle va pas s’arrêter de tournicoter dans cette pièce, à tout sortir et ranger sans arrêt ? Elle me donne le tournis à force. Sûr qu’elle n’en a pas fait autant pour moi, ou même toi, Jo, je t’assure, je m’en rappelle…

— T’es jaloux ?

— Non, mais ça me gave de Les voir s’agiter comme ça pour pas grand-chose finalement.
— Quand même, un bébé…

— Et alors ? Ils n’en n’ont pas inventé la mode, que je sache !

Quand Elle se tournait vers eux, quêtant leur approbation et leur plaisir à accueillir un nouveau ou une nouvelle venue -Elle ne voulait pas connaître le sexe du petit à naître-, Gus ne pipait mot, la jouait aimable et approbateur tout en se gaussant intérieurement. Jo, elle, semblait aux anges… La truffe ! Il lui en voulut presque de s’intéresser autant à Elle, à son ventre tout rond, à toutes ces petites choses si féminines et qui le laissaient un peu de côté.

Comme prévu, au premier jour du printemps, par un beau matin, Elle leur annonça que le moment était venu. Elle alla chercher la fameuse valise dans la petite chambre, et tandis qu’Il courait dans tous les sens, Elle leur expliqua qu’elle partait pour la maternité. Pour d’obscures raisons que Gus et Jo ne comprirent pas trop, ils n’iraient pas la voir là-bas, devraient attendre son retour à la maison avec Lui qui s’occuperait d’eux. Enfin, si l’on peut dire. Il revint au soir de la naissance, surexcité, les repoussant d’un

— Plus tard… quand ils réclamèrent à dîner. Il passa des heures au téléphone. A chaque nouvel appel, la même rengaine : oui, sa femme et le bébé allaient bien, il était superbe ! Et les détails recommençaient, intonation de fierté dans la voix. La taille, le poids, les trois prénoms choisis dans les arbres généalogiques familiaux, l’émotion qu’Il venait de vivre. Oui, Gus et Jo allaient bien aussi, seraient ravis quand ils le verraient… Rires

— On le saura ! Commence à m’agacer avec ses histoires en boucle, j’ai la dalle, moi !

Gus, de mauvais poil, tournait en rond dans la cuisine comme un lion en cage, tandis que Jo, elle, ne se lassait pas de réentendre l’histoire de cette naissance. Enfin, quelques jours plus tard, Il partit en voiture pour revenir avec Elle qui portait la chose dans un ravissant couffin. Le bébé dormait, minuscule sous les petits draps, sa petite tête reposant sur un oreiller brodé. Il semblait si fragile… Les deux aînés durent se contenter de « toucher avec les yeux », pas question d’en approcher pour le moment. Jo fut dépitée. Elle avait tant espéré cette arrivée !

— Fallait s’y attendre, t’es vraiment naïve, ma fille… Persiffla Gus. Moi, je sens que ça va vite me faire friser les moustaches, je me tire. Tu viens ?

— Non, tu m’agaces, vas-y tout seul. Moi, je reste près du bébé, je vais le regarder dormir…

Le rythme de vie de la maisonnée fut totalement bouleversé. Nuit et jour, Ils étaient complètement accaparés par le petit enfant. Au moindre vagissement, Ils se précipitaient. Il fallait le nourrir sans arrêt, le changer, le laver, le coucher… Et tout recommencer du début, à une cadence d’enfer. Augustin et Joséphine eurent la très désagréable sensation d’être relégués au second plan. Sans compter les hurlements de cette si petite chose qui les réveillait en sursaut en pleine nuit, et dégageait parfois de nauséabonds effluves dont les délicates narines de Jo furent offusquées, même si elle tentait de se rendre utile auprès d’Elle. C’est alors que Gus décida du conseil de guerre qui scellerait les détails des opérations à envisager pour le rétablissement de leur paix et leur tranquillité.

— J’en étais sûr ! Je te l’avais bien dit, c’est devenu insupportable. Il faut agir, et vite ! On n’a plus le temps de réfléchir. Alors, c’est oui ?

— Bon… D’accord. C’est toi qui t’y colles alors, moi, j’ai un peu peur quand même. Tu me raconteras ?

— Tu me fais rire… Evidemment que c’est moi qui y vais ! Tu serais capable de renoncer au dernier moment.

Joséphine, vexée mais contente de n’avoir aucun rôle à jouer, fit mine de lui cracher dessus en tirant la langue, lui tourna le dos pour aller se réfugier dans le jardin.

Tôt le lendemain matin, Gus vint la réveiller d’une bourrade. Elle sursauta, ouvrit les yeux, toute chiffonnée. Gus, lui, semblait en pleine forme, et déclara fièrement :

— C’est fait !

— Raconte alors ! Tu as pu entrer dans la chambre sans qu’Ils t’entendent ?

— Trop facile : il suffisait d’attendre que le bébé dorme sur la fin de la nuit, Eux aussi. Ils n’ont rien vu, rien entendu. Après, j’ai juste tiré un peu le drap, et je me suis couché dessus. Ca n’a même pas été très long, j’ai assez vite senti qu’il ne respirait plus. Il n’a même pas bougé, le « petit ange », comme Elle dit…

— Tout de même… Chuchota Jo, prenant avec une soudaine terreur la conscience du geste accompli, tu ne crois pas que… ???

— C’est pas possible, non, je ne le crois pas : tu ne changeras jamais ! Tu étais d’accord, non ? Et puis, tu verras, au fond, Ils ne seront pas mécontents. Après tout, on était là avant ! Tais-toi maintenant, le voilà…

Gus et Jo disparurent derrière le canapé, s’y cachant pour Le surveiller du coin de l’œil. Il traversa le salon sans les voir, se dirigeant vers la cuisine. Il ouvrit les volets, respira un instant l’air frais et doux de ces premiers instants printaniers, prometteurs d’une belle journée. Il prépara un plateau qui recevrait le petit déjeuner, mit la cafetière en route et sortit un biberon. Tout était si calme qu’il retourna se coucher auprès d’Elle.

Une tourterelle, toute roucoulante de salutations matutinales au soleil naissant, vint se poser sur l’allée du jardin.

— Jo, grouille-toi et ne fais pas de bruit ! Avec un peu de chance, cette fois, je vais l’avoir…

Après une avancée digne de grands fauves traquant une gazelle, les deux chats bondirent sur la proie en puissance. Mais Jo avait fait craquer une feuille, l’oiseau leur échappa. Quant à Gus, il dut longuement se lécher la patte. Dans ses griffes étaient restées quelques plumes tachées d’un peu de sang.

 

 

 

 

ÉLOGE DE L’ÉLÉGANCE

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biereChristian Grey aurait-il séduit Anastasia s’il avait été simple ouvrier d’usine, vêtu d’un vieux jean et d’un Marcel, clope au bec et Despé en main, l’haleine chargée des relents de sa bière et de tabac ? Vous me direz que ce n’est pas là « vraie » littérature…

Peut-être, mais j’aimerais avoir vendu autant d’exemplaires de mes Dix Bonbons à l’Amante que dame E.L. James ses « Cinquante nuances » !

Reprenons : Odette de Crécy aurait-elle suscité le désir de Swann si elle n’avait été qu’une cousette  en cheveux ? Valmont aurait-il aimé une Merteuil fille de ferme ? Constance aurait-elle été parée de myosotis par Mellors si elle n’avait pas été une Lady ? les-liaisons-dangereuses-choderlos-laclos-analyse-texte-lettre-81-commentaire-compose6

Les personnages en littérature érotique  doivent-ils nous ressembler pour nous faire vibrer ou bien l’imaginaire qui les visualise à la lecture ne se nourrit-il pas justement de ces fantasmes de beauté et d’élégance ?

Qu’est-ce que l’élégance ? Celle de la tenue, à l’opposé du négligé, du degueulando. Celle qui fait préférer champagne et parfums précieux à la choucroute et la saucissonnade , l’apéro anisé au bar-PMU du coin. Parce que cela ne (me) fait ni rêver ni fantasmer. Mon grand âge, peut-être, qui me fait parfois ronchonner quand je lis des textes insipides englués dans un quotidien ordinaire impropre à la rêverie.chaise

L’élégance du verbe, de la langue, dans la considération du lecteur. Lui offrir de quoi l’élever et non pas le caresser dans le sens du poil, le flatter en écrivant comme on parle au café du commerce quand on tape le carton.  Question de respect, de soi en tant qu’auteur et surtout du lecteur.

Je ne dis pas qu’il faille se censurer, ne pas appeler une chatte une chatte quand on écrit l’érotisme, mais je crois inutile de sombrer dans une trivialité ambiante qui serait de bon aloi.

J’exècre la vulgarité, le laisser-aller, l’adoption de tics de langage pour « faire Djeun’s », grave pas cool… Voilà. Alors oui, je veux rêver en feuilletant les albums photos de Ressan,  fantasmer en écrivant la douceur des bas, l’émotion que suscite un P.J ou un escarpin à talons vertigineux, les tailles enserrées de jolies guêpières dans une profusion de dentelles et de rubans, les masques et autres loups pailletés qui soulignent des regards attisés de désir.Ressan 2

Clichés ? Codes dépassés ?  Ou simplement, dans un monde bien laid fait de guerres à notre porte et de ravages en tous genres, besoin d’évasion vers un univers où tout ne serait que « luxe, calme et volupté » ?

Allez, je vais relire Baudelaire, histoire de prendre un bon bol d’air, une vraie bouffée d’oxygène. Loin de Monsieur et Madame Tout-le-monde en « survêt’ « qui, décidément, me laissent de marbre.
Et vous ?