Sexygénaire : à la poursuite du plaisir

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sexygénaire                         Depuis que l’homo est devenu « erectus » et a adopté la station debout – comme sa femelle d’ailleurs – du temps a passé sous ses semelles. Que sont quelques décennies en regard de la longue marche de l’humanité ? Vous venez de passer le cap de la quarantaine ? Celui qui vous fait entrer dans le monde merveilleux des « quinquas » ? Vous abordez la soixantaine ?

Dans sexagénaire… il y a le mot sexe  !

Si vous considérez votre anniversaire comme une balise de mauvais augure martelant l’inéluctable compte à rebours comme une vieille comtoise grincheuse, n’est-ce pas du temps perdu que de déplorer un âge que l’on regrettera dans dix ans ? N’est-ce pas tenter de lutter contre des moulins à vent qui ne s’arrêteront pas pour autant de tourner ? Il convient d’accepter de découvrir à chaque étape un nouveau continent riche de plaisirs d’autant plus que les choses ont considérablement évolué, fort heureusement, même si la course au jeunisme en fait galoper plus d’un(e).

Si Stephen Vizinczey fait l’«Éloge de la femme mûre », (Folio Gallimard) il n’est pas le seul auteur à avoir mis en mots le plaisir d’aimer une femme qui a dépassé l’âge de procréer. Ce sont les très réjouissantes réflexions de Stéphane Rose qu’il faut (re)lire ici :

« Aimer un corps mûr, c’est accepter de (…) renoncer aux normes de fraîcheur et de jeunesse qui conduisent alors immanquablement à désirer une femme parce qu’elle est « bien conservée », parce qu’elle a « su s’entretenir », parce qu’elle « ne fait pas son âge », bref parce qu’elle a su perpétuer la jeunesse de son corps considérée comme une valeur, entretenu à coups de (…) Botox, lifting (…). Aimer un corps mûr, c’est désirer, précisément, les traces du temps, associées à cette espèce d’assurance posée que véhiculent les femmes qui ont un peu vécu, cette force intérieure, ce blindage qu’elles bâtissent sur la résignation d’une jeunesse de plus en plus loin derrière elles. En perdant l’arrogance de la jeunesse (…) les femmes âgées gagnent l’arrogance de l’expérience, de la maturité revendiquée (…) une espèce de dédain, d’apparence d’inaccessibilité blasée qui donne envie de les conquérir (…) »                       Pourvu qu’elle soit rousse de Stéphane Rose, éd. La Musardine.

Inexorablement, le temps passe. L’espérance de vie allonge, la santé est protégée et aujourd’hui, 6% de femmes au-delà de quatre-vingts ans ont toujours une vie sexuelle ! Des exceptions ? Peut-être, mais songez que Ninon de Lenclos, * (1620-1705) courtisane célèbre pour son bel esprit autant que pour sa sexualité débridée fêta ses 80 ans justement… en cédant aux avances pressantes d’un abbé jouvenceau de 20 ans, totalement fou d’elle ! Ninon-de-Lenclos

Elle disait : « Je n’ai jamais eu que l’âge du cœur », et elle devait l’avoir solide. Plus prosaïquement, ma chère grand-mère aurait ajouté que « c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes » Trivial, mais pas faux !

Et vous, savez-vous profiter pleinement de chacune de vos dizaines d’années ?

*:Le roman vrai de Ninon de Lenclos

  Michel de Decker (Belfond)

Vous avez dit cochon ?

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MacronÉros sait que je me garde bien de toute polémique, quel que soit le sujet, à fortiori lorsqu’il s’agit de politique ou de ceux qui la font. Cependant, la presse, ‘pipole » et la toile viennent de balancer à tout-va que notre Président, non content d’être l’époux d’une femme plus âgée que lui, « aurait écrit un récit cochon » dans sa folle jeunesse. Extraits :

—  Adolescent, Emmanuel Macron a écrit un roman «un petit peu cochon»

— Révélation croustillante de la biographie de Brigitte Macron qui sortira en librairie le 17 janvier, le jeune Emmanuel Macron aurait écrit un roman « osé » quand il avait 16 ans.

De plus, en farfouillant un peu dans le « croustillant », il ne serait pas le seul ! :

— Par ailleurs, comme l’indique Le Parisien, ce n’est pas la première fois que l’on prête à un haut responsable politique français des écrits plus ou moins érotiques. Ainsi, le Premier ministre Édouard Philippe a co-écrit en 2011 «Dans l’ombre», un polar mâtiné d’érotisme. On pourrait évoquer également un ouvrage de Bruno Le Maire, intitulé «Le Ministre», et la secrétaire d’État Marlène Schiappa qui n’a jamais démenti, ni confirmé, les informations de l’Express sur son passé supposé d’auteur de livres érotiques. Il ne faut pas non plus oublier le livre érotique de l’ancien Président Giscard d’Estaing en 1994, «Le Passage».

        Alors que le sexe est partout surexposé, que le chef de l’état ou des membres de son gouvernement aient pu produire  » des écrits plus ou moins érotiques« , visiblement, c’est une honte !

Shame on you, Mr President ! aurait pu susurrer la si sulfureuse Marilyn.

Parce que écrire « un récit cochon« , ça sent le souffre, c’est osé, ça sent Satan et ses suppôts, ça devrait rester sous le manteau, ou dans le bien nommé « enfer » des bibliothèques. Mais qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes ?Enfer

Les commentaires sur les « réseaux sociaux » de ceux-qui-savent et autres pisse-vinaigre-bien-pensants fusent, aigres, avec les conseils d’usage : « Il ferait mieux de… etc »

Raccourci: le Président a écrit un livre érotique, c’est scandaleux. Tous les auteurs de littérature érotique sont donc à clouer au pilori, éviscérer en place publique.

Soit je ne me présenterai jamais à la présidence de la république, soit je devrais sérieusement songer à arrêter d’écrire « des cochonneries », ce n’est pas bien.

On ne peut déjà plus rire de grand-chose, s’il faut maintenant surveiller sa plume avant de la tremper dans l’encre de l’érotisme, la solution d’un exil vers une autre planète ne serait-elle pas à envisager ?

confesseSi j’étais religieuse, je me précipiterais à confesse. En un seul mot.

Sade, Nin, Casanova, Apollinaire, Aury, Bataille et tant d’autres, au secours, le monde ne tourne plus bien rond au pays des (feu) lumières et de la liberté d’expression…pourtant inscrite à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (1948, article 19)

Et vous, amis auteurs (et les éditeurs qui les publient) qui, comme moi et notre Président, sentez le souffre, qu’allez-vous faire ?

 

 

 

 

 

Plume légère

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20180103_114420        Vous êtes invitée sur un salon du livre, quelque part en province. Fièrement, vous avez joliment disposé vos ouvrages sur la table que l’on vous a attribuée, entre deux auteurs dits « régionaux ». Vous attendez le lecteur, stylo en main, prête à dédicacer avec joie la trentaine de livres étalés, tous titres confondus, pour attirer le chaland bibliomane compulsif…

Les réactions des passants qui passent ne se font pas attendre. Les nez se froncent devant vos couvertures, les yeux se plissent (ou s’allument d’une étrange lueur selon le cas) et les questions ou remarques accompagnant les mimiques fusent :

— Vous avez la plume… légère, vous ? ( regard et intonation féminins réprobateurs)

— C’est vous qui avez écrit ça ? C’est scabreux, nan ? (Ben oui, si je suis assise là, c’est moi…et je revendique le ça)

— C’est osé ? (regard masculin égrillard)

—  Nan, j’aime pas beaucoup ça… (suivi d’une expression de dégoût profond, féminin, parfois masculin)

— Je peux avoir votre numéro de téléphone ? (Et quoi encore ?)

—  C’est vous sur la couverture ? (humour masculin, clin d’œil à l’appui)

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Simplement parce que vous vous situez dans la sulfureuse catégorie « littérature érotique » et que vous êtes une femme. Et que si l’on taxe votre plume de « légère », la femme que vous êtes l’est forcément tout autant. CQFD. Raccourci ? Non, une réalité que vous constatez au quotidien. Parce que vous écrivez des « cochonneries » (re sic !) vous êtes forcément une polissonne dépravée, prête à répondre à toutes les invitations. Prenez Facebook, par exemple. Vous vous êtes décidée à créer votre page « écrivain », histoire d’essayer de faire la promotion de vos publications. (votre cher éditeur, constamment débordé, n’a pas le temps, lui…).

Las ! vous êtes rapidement assaillie de « demandes d’amis » masculines pléthoriques, de M.P pour le moins surprenants. Des messieurs viennent vous y raconter leurs préférences sexuelles de façon détaillée, vous demander d’être leur domina, s’obstinent à vous affubler de petits noms « affectueux » ou à vous envoyer les gros plans de leur bâton de pèlerin haut levé, comme on hisse les couleurs le matin dans les casernes. Sans compter les tentatives de « discussions », dont l’indigence du discours et de l’orthographe n’a sans doute d’égale que la misère sentimentale de leurs auteurs. Exemple (certifié authentique) :

— Slt, (variante: bjr ) comant t’m bésé ?

Étonnant, non ? aurait interrogé feu le regretté Desproges.

Ce qui me surprend, en ce siècle où les tabous semblaient abolis en la matière et la lutte des femmes pour l’égalité avec les hommes avoir marqué des points, c’est que certains messieurs s’autorisent encore à considérer la gent féminine comme un ramassis de salopes en puissance auxquelles on peut tenir des propos que je qualifierais pudiquement (mais oui…) de « déplacés ».

20180103_120146Que les choses soient bien claires : si j’écris dans le registre érotique, c’est parce que j’aime mettre en mots l’amour, l’intime, voire la part sombre de la nature humaine. Les histoires que je raconte sont imaginaires, fictives, pas une autobiographie détaillée de ma vie sexuelle. Pas plus que je ne confonds les réseaux dits sociaux avec des sites de rencontres.

Nous sommes nombreuses à publier de l’érotisme. Je crois savoir que mes amies romancières et nouvellistes dans ce genre littéraire ont toutes eu affaire à ce type de « désagréments ». Alors, de grâce, messieurs, lisez-nous mais arrêtez de penser que nous sommes ce que nous écrivons ! Si besoin, replongez-vous dans vos cours de français du lycée et faites enfin la différence entre auteur et narrateur, réalité et fiction. Julie-Anne

Et vous, mes chers collègues masculins qui écrivez aussi de l’érotisme, êtes-vous sollicités de la sorte par des groupies en délire ?