Un jour d’automne

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Lundi 2 octobre

anne_bert juillet2017C’est dans le train qui me ramenait en Normandie que la nouvelle du départ d’Anne m’est parvenue dans la matinée.

Ce n’est pas une surprise, je savais que depuis une semaine, elle avait été accueillie très discrètement dans le service des soins palliatifs de l’hôpital belge où elle avait choisi d’être euthanasiée.

Il y a trois jour seulement, nous échangions encore, et je recevais son dernier texto, empreint d’humour mais aussi de cette gravité et de l’affection qui sied aux mots d’adieu. Sans jamais tomber dans le pathos, qu’elle exécrait.

Sa « SLAlope » l’a vaincue, elle qui aimait tant la vie. Elle a fait le choix de mettre un terme à une lente agonie, dans le refus de cette sédation profonde qui contente le corps médical français et tous les bien-pensants qui s’octroient le droit de décider à la place des patients atteints de maladies incurables.

Elle a mené jusqu’au bout son combat pour tenter de faire bouger les consciences afin que la liberté de choisir sa vie comme sa mort soit enfin légiféré. Elle a supporté d’être invectivée pour cela, prise à partie et mise à mal, y compris par certains médecins, opposés à l’euthanasie dont l’indécence du discours me semble atterrante. Tous comme les propos de croyants, bien loin de la caritas, de l’amour du prochain et de la tolérance pourtant fers de lance de leur foi.

Alors, au chagrin se mêle la colère. L’écœurement aussi, puisque Anne a dû s’exiler pour mourir en paix, entourée de l’amour des siens mais si loin de chez elle où elle aurait tant aimé s’éteindre. Je pense à la peine de Rémi, son époux et de sa fille Roxane.

D’elle il reste ses livres, celui qui paraîtra dans quelques jours, dont elle savait qu’elle n’en verrait pas la publication. Je ne le lirai pas tout de suite, gardant encore les souvenirs de nos rires, de nos échanges, son franc-parler et son écriture si belle. L’absence ainsi sera un peu moins cruelle.

J’aime ce portrait récent d’Anne, symbolique de la maladie qui, comme le lierre, s’accrochait à elle. Son regard ne fixe pas l’objectif mais se tourne en elle-même, nous donnant à imaginer toutes les pensées de celle qui va mourir…et a maintenant, comme elle me l’a écrit, rejoint les étoiles.

Anne Le tout dernier été