Chronique d’un été amer.

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Screenshot_2016-08-21-12-35-25 À Anne Bert

En relisant La Vénus à la fourrure de Leopold von Sacher-Masoch, une phrase m’a frappée : La jouissance à elle seule confère de la valeur à l’existence ; celui qui jouit quitte à regret cette vie, celui qui souffre ou subit salue la mort comme une amie.

Mon amie Anne Bert aime la vie,  jouir de tout ce qu’elle offre de bel et bon : humer le vent marin de l’océan, les petits plats dont elle est gourmande concoctés pour réunir ses amis, le partage d’un bon vin, l’amour des siens, l’amour des mots, de l’humain et de ce qu’il a de plus enfoui en lui.

Dans ses romans, ses nouvelles, elle s’est attachée à fouiller, à peindre d’une plume élégante à la langue raffinée les émois de la chair, les tourments et les bonheurs qu’elle dispense pour chacun de ses personnages, qu’il soit jeune ou vieux, homme ou femme, souvent cabossés par une destinée peu ordinaire.  Elle, l’écrivain de l’intime, qui s’est tant penchée sur la face cachée de l’individu, sans tabou, abordant les parts sombres comme les plus lumineuses, la déchéance et la maladie, l’empêchement d’être, est devenue la proie de l’une des plus effroyables « SLAlope » -comme elle la nomme- qui soit : la sclérose latérale amyotrophique, aussi appelée maladie de Charcot.

Une paralysie des muscles volontaires s’installe lentement, jusqu’à atteindre ceux de la parole, de la déglutition et de la respiration. Celui qui en est atteint se voit donc peu à peu emmuré tout vif dans son corps tandis que ses sens et son esprit lui donnent toujours à voir et éprouver ce qu’il subit. Anne aime trop la vie et elle la quittera à regret, mais n’accepte pas la torture d’une lente agonie assistée telle que la loi Leonetti le préconise. Elle veut pouvoir décider et choisir librement de mettre un terme à son emprisonnement. Elle se rendra donc en Belgique afin d’arrêter dignement trop de souffrance, pour elle-même comme pour ceux qu’elle aime. Elle n’accueillera certes pas la mort comme une amie mais ira au-devant d’elle lorsqu’elle aura décidé le moment venu.

Alors, elle ne cesse de se battre, d’user ses dernières forces afin de tenter de faire évoluer les choses puisque, en France, l’euthanasie et le suicide assisté ne sont pas autorisés. Elle livre un véritable combat, avec courage et détermination. Non pas pour elle, il est trop tard, mais pour tous ceux qui veulent pouvoir choisir en toute liberté et en toute conscience leur vie comme leur mort. Elle a adressé des courriers aux candidats à la présidentielle, multiplié les interventions dans tous les médias, parlé avec Agnès Buzyn, la ministre de la santé…*

Cet été amer aux étonnantes sautes d’humeur météorologiques sera le dernier pour Anne. Jusqu’au bout de son chemin, elle n’aura eu de cesse de vivre, d’écrire.

Le tout dernier été sera publié en octobre chez Fayard. Ce livre ne sera ni triste ni morbide et elle sait déjà qu’elle ne le verra pas paraître. Elle espère qu’il servira la cause et incitera chacun à penser sa propre fin. Par-delà cette mort annoncée, Anne nous offrira un ultime ouvrage. Puisse-t-il éveiller les consciences des politiques, des soignants, de tous ceux qui en France estiment que la loi peut et doit évoluer.

Nous sommes nombreux à épauler son engagement, Marie Godard a fait circuler une pétition, relaie sur son blog les écrits de notre amie**. Ce qui est une façon pudique de lui dire combien nous l’aimons. Un an en arrière, nous dédicacions ensemble à Villers-sur-mer, en novembre dernier, dans les Cévennes, à Saint-Ambroix. Déjà la maladie la privait de l’usage de ses mains et de ses bras, mais nous avons passé de jolis moments et partagé des rires. La vie, simplement, comme Anne l’aime tant.***Salon St Ambroix Anne

* Pour retrouver ses interviews et ses articles il suffit de taper « Anne Bert » dans un moteur de recherche.

** https://www.marie-godard.com/blog/

*** https://anneelisa.wordpress.com/

27 juillet 2017 Euthanasie

Et pour soutenir son combat, signez la pétition :

Pétition

Voir aussi ce bel article de Libération

Libération

« Les filles bien n’avalent pas ! »

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Marlène_Schiappa,_secrétaire_d'Etat_à_l'égalité_entre_les_femmes_et_les_hommes

Secrétaire d’état chargée de l’égalité entre les hommes et les femmes depuis le 17 mai 2017, Marlène Schiappa va avoir bien du pain sur la planche !

Femme de combat et de lettres, elle s’est très tôt engagée dans la vie politique tout en écrivant de nombreux ouvrages : romans, essais et travaux de recherche sur le féminisme.

Elle publie aussi chez La Musardine, pour les collections « Osez » et « Le sexe qui rit », dézinguant à tout-va et avec humour les clichés liés à la sexualité des femmes.

Voici donc une jeune femme, investie dans la vie politique et qui ose écrire… Dans le registre de l’érotisme ! Comme c’est vilain. Preuve en est, le déchaînement « bien-pensant » de certains qui tirent des scuds à tout va parce qu’elle est une femme, engagée et qui écrit sur le sexe.

Ainsi Benoît Rayski, Tartuffe dont l’article paru le 9 juillet sur le site Atlantico. Site qui se targue d’une « liberté de ton », prônée au nom de la liberté de la presse et d’expression (sic) et déclare garantir à ses lecteurs « un traitement éditorial garanti 0% grille idéologique préétablie, 0% leçons de morale ». La mission qu’il s’est fixée ? « Cerner les questions qui font avancer le récit du monde puis trouver les interlocuteurs les plus légitimes ou les plus pertinents pour y répondre ». Rayski doit donc être légitime et pertinent quand il écrit à propos de Marlène Schiappa :

— Une femme apparemment (…) folle de son corps.

ou de ses livres qu’il s’est bien gardé de lire:

— Et nous ne sommes pas loin d’y voir un appel pathétique adressé aux mâles de notre pays.

Le propos est petit, haineux, se veut humoristique en usant d’une ironie méprisante, vengeur, fanatiquement misogyne. Tout simplement à vomir.

Tout y passe : les attaques sur le physique, l’engagement politique et le poste occupé, soupçonné de ne pas perdurer, les ouvrages publiés. Il n’y a pas si longtemps, Simone Veil essuyait les pires injures, les menaces des hommes en combattant pour les femmes. Las ! Les choses ne semblent guère avoir évolué en constatant la bassesse et la sottise avec lesquelles certains hommes se permettent de s’en prendre aux femmes qui osent se battre et publier.

En 1765, Voltaire écrivait:

« Notre misérable espèce est tellement faite que ceux qui marchent dans le chemin battu jettent toujours des pierres à ceux qui enseignent un chemin nouveau. (…)

Les sots vont loin quelquefois, surtout quand le fanatisme se joint à l’ineptie, et à l’ineptie l’esprit de vengeance » *

En prenant ainsi Marlène Schiappa pour cible, quels comptes Benoît Rayski a-t-il à régler avec la gent féminine, quelle vengeance à assouvir ?

Quant à son article offensant à l’endroit de toutes les femmes, gageons qu’il ne fera pas avancer le récit du monde

* Voltaire, Dictionnaire philosophique, L, Lettres, gens de Lettres ou Lettrés

Garnier-Flammarion, p. 254-255