PAS DE ROSE SANS ÉPINES…

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roseROSE , roman de JULE MATHIAS

Éditions Tabou, collection Les Jardins de Priape (293 pages)

Il est des livres dont la découverte déconcerte parce qu’ils ne cessent d’asséner des uppercuts au lecteur, partagé entre fascination et répulsion. Rose, récit très dérangeant, intense, touffu, happe et captive d’entrée de jeu. L’histoire se développe, explorant les méandres les plus glauques de la psyché humaine, les déviances les plus extrêmes et les plus cruelles, aux confins de la folie.

Mais surtout, ce premier roman très abouti que signe Jule Mathias envoûte par son style affirmé et travaillé, d’une densité et d’une qualité littéraires rares.

D’ailleurs, comment le définir ? S’agit-il d’un roman BD/SM dont les pratiques s’apparentent à des actes de torture et de barbarie puisque les victimes de l’improbable duo de frère et sœur ne sont pas consentantes ? Les héroïnes du divin marquis l’étaient-elles ? Ou bien, au fil de ses réflexions, de ses pensées, de ses réactions, ne serait-ce pas le roman d’un homme en quête de lui-même, de son rapport au monde et à la société, de son intime liberté qu’il tente coûte que coûte de préserver ?

Ce « quadra solitaire, soiffard et mélancolique » -tel qu’il se définit mais jamais nommé- est le narrateur de l’incroyable descente aux enfers dans laquelle il est emporté malgré lui par un couple de sadiques qui en fait un esclave sexuel. Après son rapt à la sortie d’un bar, il va désormais vivre dans un huis clos hallucinant, nu, aux côtés d’une compagne d’infortune, soumis à la toute-puissance d’un homme et d’une femme à la dérive qui les contraignent aux pires avilissements. Il lui est impossible d’échapper à ses bourreaux, aussi, sa résistance intérieure devra-t-elle se fortifier afin de ne pas sombrer à son tour et perdre sa propre humanité.

« Je pris conscience que je m’habituais depuis des jours à un sort inacceptable dont je croyais avoir pris la mesure, mais, que le fond de la fosse, où je glissais en regardant se disloquer mon humanité, s’éloignait à mesure que je voulais l’atteindre »

Les ressources et l’instinct de survie d’un homme confronté à des situations extrêmes sont étonnantes. Le narrateur fait allusion à la vie dans les camps de concentration, et lui, parfois, se prend à une certaine poésie, ou un humour pleins d’espoir. Ainsi, lors d’une sortie autorisée à l’extérieur, il contemple un instant le ciel :

« Un famélique croissant de lune irisait les brèches nuageuses, et s’accrochait à chaque gouttelette qu’il enchantait dans la tourmente. »

Pour tenter de surmonter une douleur infligée, il s’amuse intérieurement d’un substantif :

« Le censeur sémantique s’éveilla en moi pour s’insurger contre l’appellation « sex toy » relative à ce type de tourment. »

Cependant, au fil du temps qui n’existe plus, uniquement ponctué de sévices, il semble éprouver une certaine pitié, voire une forme d’attirance pour Rose, son bourreau au nom si doux, celle dont il cherche à percer les origines de la folie. Le syndrome de Stockholm pointerait-il le bout de son nez ? On pense aussi à « Portier de Nuit » de Liliana Cavani. Viendront plus tard les explications du délire des tourmenteurs, le dévoilement du pot aux roses (Rose ?) pour arriver à une fin surprenante. Toutefois, le lecteur attentif songera que quelques indices, semés au fil du récit auraient dû le mettre sur la voie pour l’anticiper.

Ce roman subversif sera réservé à un public averti que la description de pratiques sadiques vertigineuses ne rebutera pas. Il faut s’attendre à être secoué à la lecture de cette plongée dans le hors norme, la déviance pathologique.

On ne sort pas indemne de ce livre là : il dérange, interroge en ce qu’il renvoie immanquablement à des questionnements sur soi-même, à son propre rapport à la liberté, au sexe et à l’amour qui en seraient les seuls ultimes espaces. Quant à l’amateur bibliovore avide de belle et bonne littérature, il trouvera là matière à être comblé.

 

 

C’est l’été !

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20180714_215856Que vous soyez à Paris sur les bords de Seine,à la plage ou en train de crapahuter dans l’Himalaya, cet été chaud incite au farniente, à la détente, à la lecture.20180110_142255

A l’écriture aussi, en relevant ici ou là un défi, en répondant à un appel à texte, en poursuivant l’avancée de nouvelles ou d’un roman…

La première contrainte proposée par Éric Abbel, lauréat du Prix de la Nouvelle Érotique 2018 était la suivante :

Un couple improbable, un personnage demande à un autre de faire quelque chose que l’autre refuse…

Je me suis prêtée au jeu, voici la nouvelle que j’ai écrite, dont je vous souhaite bonne lecture !

parabellum

 

Julie-Anne de Sée                                     SI VIS PACEM…

 

— T’es dingue ? On peut pas faire ça !

— Ma pauvre fille, ce que tu peux être pétocharde. Il serait temps que tu grandisses un peu. Je te dis qu’il n’ y aucun risque, ça va être super facile ! Et tu verras, au final, je suis certain qu’Ils ne seront pas mécontents…

— Peut-être, mais quand même…

— Tu veux la paix ou pas ? Tu votes, oui ou non ?

— Euh… On pourrait attendre encore un peu ? Réfléchir ? Je sais pas trop si…

— Tu me fatigues, Jo. Tu réfléchis, moi j’agis. Salut.

Le bec cloué et l’estomac retourné, Joséphine resta plantée comme un poireau, regardant s’éloigner Augustin -son Gus- de ce pas chaloupé de loubard-qui-se-la-pète qu’elle aimait tant. Depuis son enfance la plus tendre et d’aussi loin qu’elle s’en souvienne, Jo était sous la coupe de Gus. Aujourd’hui, du haut de ses seize ans, il n’avait qu’à claquer dans les doigts pour qu’elle rapplique et obéisse, se plie à toutes ses lubies. Parce qu’une complicité au-delà des mots, au-delà de la morale et des règles les unissait. C’était un lien plus fort encore que l’amour, qu’ils avaient découvert et fait ensemble, comme une évidence, le soir de l’anniversaire des quatorze ans de Joséphine. Ils étaient allés se balader dans les environs, lui toujours à l’affût d’un adversaire à provoquer ou d’une bête à occire, elle, marchant dans ses pas, priant le Grand Esprit des Bestioles pour qu’il les éloigne de son bien-aimé chasseur. Elle n’aimait ni la vue ni l’odeur du sang, et de plus, elle trouvait ça idiot de zigouiller des animaux quand on avait à la maison tout ce qu’il fallait. Mais c’était plus fort que lui, Gus adorait la chasse. Tout comme il aimait se battre, aller défier les gars du quartier voisin en de longues escapades nocturnes. Il en revenait tout amoché, sanguinolent, le poil hirsute qui ne repousserait sur son crâne qu’en petites touffes clairsemées, lui donnant des airs de vieux punk aussi ébouriffé que les canches cespiteuses du jardin, mais heureux de ces moments de castagne à la sauvage. Joséphine, si douce, effrayée de le voir rentrer dans de tels états, se précipitait pour panser ses plaies, l’embrasser, se serrer contre lui pour lui communiquer ainsi sa chaleur lénifiante et tout l’amour qu’elle avait en réserve pour lui. Elle qui appréciait tant sa douillette quiétude, sa solitude parfois forcée quand Augustin s’éloignait d’elle, son confort ouaté à la maison, guettait le retour de son belliqueux avec anxiété et impatience.

Ce soir-là donc, après le traditionnel Happy birthday to you qu’Ils avaient chanté faux en chœur, la bougie symbolique que Jo avait réussi à souffler d’un coup, les douceurs et enfin l’heure du coucher, Gus l’avait entraînée en loucedé dehors, pour une de ces échappées nocturnes où tout peut arriver. Qui sait, la bande rivale traînait peut-être, à laquelle il faudrait rappeler à qui appartenait le territoire ? La lune pleine déversait sa lumière opaline sur le sentier côtier, ancien chemin de douaniers devenu terrain de bastons pour savoir qui y règnerait en maître. Joséphine n’en menait pas large. Elle s’appliquait à suivre pas à pas son aîné, prenant garde toutefois à ne pas trébucher. Pas un chat, pas âme qui vive. Par jeu, Gus stoppa net. Immanquablement, Jo vint se cogner le nez sur son dos. Elle lui envoya une bourrade, il se retourna pour la lui rendre. De jeux de mains en jeux de vilains, ils se retrouvèrent les quatre fers en l’air sur un carré d’herbes hautes et tendres. En riant et feulant comme de jeunes fauves, ils mimèrent une bagarre qui finit par dégénérer. Ce qui devait arriver arriva tout naturellement. Ce fut rapide et brutal, tendre et éblouissant. En scellant leurs sexes, ils scellèrent une union improbable, secrète, hors normes.

Joséphine avait toujours été ce qu’Ils appelaient leur « petit gabarit », tant sa croissance semblait s’être déroulée au ralenti. A quatorze ans, elle était encore toute menue, fine sans toutefois que l’on pût dire qu’elle était maigrichonne, semblant s’être attardée dans une enfance quasi anorexique.

Un joli minois en triangle, menton pointu et lèvres roses, semblait tout entier se résumer dans ses immenses yeux d’ambre, tirant sur l’or quand le soleil venait les effleurer d’un rayon câlin. Sa petite taille marquait plus encore la différence des deux années qui faisaient d’elle la cadette. Lorsque Joséphine, vite surnommée Jo, était arrivée dans Leur vie, Augustin en avait été très contrarié. Voire carrément furibard quand il avait entendu qu’Ils avaient fait ce choix délibérément, en osant le lui infliger à lui, l’unique objet de toutes Leurs attentions depuis près de trois longues années. Il avait ravalé sa colère, et d’emblée exercé sa supériorité physique de mâle pour imposer sa loi. Fallait pas exagérer quand même. Parfois même assez lâchement, il l’admettait en son for intérieur. Du genre : quand Ils avaient le dos tourné… Il ne l’aurait cependant jamais avoué à quiconque, fierté de mec oblige. Après tout, le primo arrivant, c’était lui, nom d’un chien ! En grandissant, Joséphine dut donc se plier à toutes les exigences de Gus dont le caractère entier, tyrannique, exclusif -assez primaire en somme- réclamait que tout allât dans la maison comme il l’entendait. Il suffisait qu’il emploie le regard-qui-tue de ses prunelles vert Granny Smith pour que Jo se taise ou rampe devant lui.

Toutefois, au fil du temps, de l’habitude de leur vivre ensemble, des jeux partagés dans l’amour qu’Ils leur prodiguaient, une grande tendresse s’était immiscée sans qu’ils y aient pris garde. Elle s’était épanouie comme une marguerite au printemps, pour les enrober tous deux d’une dilection qu’ils n’auraient jamais songé à nommer. Ce lien étrange, invisible, évident, logique et muet les incita à poursuivre leurs autres jeux, plus charnels. Ils prirent alors soin de se cacher, en toute innocence. Une fois rentrés, ils s’endormaient parfois blottis l’un contre l’autre dans le canapé du salon, épuisés et repus de leurs frasques amoureuses, dans un contentement tout animal de l’instant. Elle et Lui, émus et ne soupçonnant rien, se mettaient alors à chuchoter, à marcher sur la pointe des pieds pour ne pas les éveiller, prenant plaisir à contempler le touchant et si chaste tableau qu’ils formaient et qu’il eût été dommage de déranger. S’Ils avaient su ! Cependant, contrairement aux naïves croyances des deux tourtereaux en herbe, Ils n’étaient pas totalement dupes. Ils avaient fini par s’apercevoir des fugues noctambules. Par temps de pluie, lorsque Gus et Jo rentraient, ils ignoraient l’usage du paillasson et laissaient sur le carrelage de la cuisine des traces de pas qui les trahissaient. Il avaient traversé le jardin dont l’allée devenait boueuse sous les averses. Elle s’en était fort inquiétée, mais Il l’avait rassurée, docte et un tantinet péremptoire : il fallait bien que s’affirment leur indépendance et leur soif de liberté. De plus, ils étaient ensemble, la petite Joséphine ne craignait rien puisque Augustin le rebelle était toujours avec elle. Sans doute n’allaient-ils pas bien loin, ils retrouvaient certainement des copains, non, il n’y avait pas lieu de s’alarmer. Mieux valait fermer les yeux et faire comme si on ne savait rien. Elle Le laissa parler, mais n’en pensait pas moins. Elle savait bien que des rapports de force étaient établis et que Gus, en leader incontesté décidait de tout, entraînait Jo, en particulier quand il s’agissait de faire des bêtises. La cadette suivait son aîné sans réfléchir et de fait, partageait parfois injustement les punitions qui s’ensuivaient immanquablement. Ainsi, le jour où Gus organisa en Leur absence une course poursuite dans la maison, les choses dégénérèrent. Dans l’excitation de leur jeu, Gus prit un virage trop serré qui eut pour effet de faire valser le vase de porcelaine ancienne qu’Elle avait hérité de sa grand-mère. Évidemment, il contenait un gros bouquet de roses qui allèrent s’étaler parmi les débris du défunt pot. Cela fit un joli bruit cristallin qui mourut dans le gargouillis de toute l’eau qui se répandit degueulando prestissimo sur la table en bois précieux -encore une pièce d’héritage- et le parquet. Comme il n’y a pas de hasard, ce fut à cet instant précis qu’Ils rentrèrent en leur home sweet home. Gus, plus rapide, s’était déjà planqué, ce fut Jo qui essuya l’orage sinon le désastre et les larmes qu’Elle versa sur la perte du si cher souvenir ancestral.  Un an plus tard, on voyait encore les taches sur le bois blond et quelques lattes sonnaient creux quand on marchait dessus. De même, quand une autre fois Gus avait incité Jo à le suivre dans l’escalade du mur mitoyen pour aller jeter un œil chez le voisin qui laissait toujours sa fenêtre ouverte. Tous deux s’en étaient donné à cœur joie, allant jusque dans la cuisine pour tenter de chaparder un truc à grignoter. C’était trop drôle et trop tentant ! La voisine les avait pris la patte dans le sac, fait déguerpir en vociférant et était venue râler direct chez Eux. Elle et Lui avaient dû présenter de plates excuses, la jouer profil bas, sous des remarques acerbes remettant en cause Leur éducation, Leur manque de surveillance et d’attention. A posteriori, Elle avait eu une belle peur, le mur était quand même très haut, les deux vauriens auraient pu se rompre le cou ! Elle les priva tous deux de sortie pendant trois jours complets, les confinant dans le salon.

Le temps passa, jusqu’à ce soir d’hiver qu’Elle choisit pour leur annoncer une grande nouvelle. Il ne leur avait pas échappé que son ventre s’arrondissait. Un bébé allait arriver avec le printemps ! Gus, toujours la tête aux castagnes à venir ou à ses ébats amoureux et néanmoins incestueux, n’avait rien vu venir. Jo, en revanche, avait bien compris ce qui était en devenir, là, dans cette rotondité proéminente de femelle gravide. Elle s’en émut, solidarité de fille, en dépit des persifflages dédaigneux de son aîné qui n’en avait cure. Déjà encline à rester au logis pour profiter du feu de cheminée et de la douceur de vivre, elle le délaissa un temps pour suivre avec attention et intérêt les préparatifs qu’Ils entreprirent pour accueillir le futur petit. Gus dut se résoudre à sortir seul, sans sa Jo à ses côtés pour l’admirer quand il croisait le chemin d’un rival à fustiger. Joséphine ne se lassait pas de Les regarder repeindre cette pièce du fond qui jusqu’alors Lui servait parfois de bureau. Elle aurait aimé elle aussi jouer du pinceau, mais après qu’elle eut malencontreusement marché sur le couvercle du pot de peinture couleur pervenche, Ils le lui interdirent formellement.

—  Bien fait ! Grommela dans sa moustache Gus, témoin de la scène.

—  Oh, ça va… Laisse-moi tranquille, moi, ça me plaît de suivre les opérations.

— Pff… Ridicule. Je vais faire un tour, tu viens ?

— Non, Ils attendent de nouveaux meubles, je veux voir ce qui va arriver.

Sans autre commentaire, mais n’en pensant pas moins, Gus s’éloigna, l’allure altière et le déhanché provocant. Joséphine aurait aimé qu’il s’intéressât comme elle à l’évènement à venir, mais c’était des histoires de gonzesses qui lui inspiraient le plus grand mépris. Une petite commode fit son apparition, immédiatement installée, sous l’œil attentif et intéressé de Jo. Une table à langer suivit, bientôt recouverte de petits vêtements, paquets de couches et toutes sortes d’objets pour bébé. Enfin, un lit à barreaux dans lequel un douillet matelas fut déposé, rapidement embarrassé de peluches tellement mignonnes. Jo les passa en revue, joua avec quelques-unes,

—  Pour m’entraîner, dit-elle à Gus qui la regardait faire d’un air moqueur.

— Ben quoi, regarde, c’est joli, ça, on dirait presque un vrai chat, c’est adorable, tu veux pas le caresser au moins ?

Éclat de rire de Gus à l’énoncé de cette proposition ridicule. Lui, caresser un chat en peluche ! Elle était bien bonne celle-là ! Malgré tout, il savait à peu près se tenir. Quand Elle farfouillait dans « la chambre » du bébé, il s’asseyait sagement à côté de Jo, La regardant ranger, préparer le lit, et une valise aussi. On aurait presque pu voir une auréole tourner au-dessus de la tête de l’aîné de Jo, n’eut été les remarques marmonnées et que, heureusement, elle seule entendait.

— Non mais vraiment, Elle va pas s’arrêter de tournicoter dans cette pièce, à tout sortir et ranger sans arrêt ? Elle me donne le tournis à force. Sûr qu’elle n’en a pas fait autant pour moi, ou même toi, Jo, je t’assure, je m’en rappelle…

— T’es jaloux ?

— Non, mais ça me gave de Les voir s’agiter comme ça pour pas grand-chose finalement.
— Quand même, un bébé…

— Et alors ? Ils n’en n’ont pas inventé la mode, que je sache !

Quand Elle se tournait vers eux, quêtant leur approbation et leur plaisir à accueillir un nouveau ou une nouvelle venue -Elle ne voulait pas connaître le sexe du petit à naître-, Gus ne pipait mot, la jouait aimable et approbateur tout en se gaussant intérieurement. Jo, elle, semblait aux anges… La truffe ! Il lui en voulut presque de s’intéresser autant à Elle, à son ventre tout rond, à toutes ces petites choses si féminines et qui le laissaient un peu de côté.

Comme prévu, au premier jour du printemps, par un beau matin, Elle leur annonça que le moment était venu. Elle alla chercher la fameuse valise dans la petite chambre, et tandis qu’Il courait dans tous les sens, Elle leur expliqua qu’elle partait pour la maternité. Pour d’obscures raisons que Gus et Jo ne comprirent pas trop, ils n’iraient pas la voir là-bas, devraient attendre son retour à la maison avec Lui qui s’occuperait d’eux. Enfin, si l’on peut dire. Il revint au soir de la naissance, surexcité, les repoussant d’un

— Plus tard… quand ils réclamèrent à dîner. Il passa des heures au téléphone. A chaque nouvel appel, la même rengaine : oui, sa femme et le bébé allaient bien, il était superbe ! Et les détails recommençaient, intonation de fierté dans la voix. La taille, le poids, les trois prénoms choisis dans les arbres généalogiques familiaux, l’émotion qu’Il venait de vivre. Oui, Gus et Jo allaient bien aussi, seraient ravis quand ils le verraient… Rires

— On le saura ! Commence à m’agacer avec ses histoires en boucle, j’ai la dalle, moi !

Gus, de mauvais poil, tournait en rond dans la cuisine comme un lion en cage, tandis que Jo, elle, ne se lassait pas de réentendre l’histoire de cette naissance. Enfin, quelques jours plus tard, Il partit en voiture pour revenir avec Elle qui portait la chose dans un ravissant couffin. Le bébé dormait, minuscule sous les petits draps, sa petite tête reposant sur un oreiller brodé. Il semblait si fragile… Les deux aînés durent se contenter de « toucher avec les yeux », pas question d’en approcher pour le moment. Jo fut dépitée. Elle avait tant espéré cette arrivée !

— Fallait s’y attendre, t’es vraiment naïve, ma fille… Persiffla Gus. Moi, je sens que ça va vite me faire friser les moustaches, je me tire. Tu viens ?

— Non, tu m’agaces, vas-y tout seul. Moi, je reste près du bébé, je vais le regarder dormir…

Le rythme de vie de la maisonnée fut totalement bouleversé. Nuit et jour, Ils étaient complètement accaparés par le petit enfant. Au moindre vagissement, Ils se précipitaient. Il fallait le nourrir sans arrêt, le changer, le laver, le coucher… Et tout recommencer du début, à une cadence d’enfer. Augustin et Joséphine eurent la très désagréable sensation d’être relégués au second plan. Sans compter les hurlements de cette si petite chose qui les réveillait en sursaut en pleine nuit, et dégageait parfois de nauséabonds effluves dont les délicates narines de Jo furent offusquées, même si elle tentait de se rendre utile auprès d’Elle. C’est alors que Gus décida du conseil de guerre qui scellerait les détails des opérations à envisager pour le rétablissement de leur paix et leur tranquillité.

— J’en étais sûr ! Je te l’avais bien dit, c’est devenu insupportable. Il faut agir, et vite ! On n’a plus le temps de réfléchir. Alors, c’est oui ?

— Bon… D’accord. C’est toi qui t’y colles alors, moi, j’ai un peu peur quand même. Tu me raconteras ?

— Tu me fais rire… Evidemment que c’est moi qui y vais ! Tu serais capable de renoncer au dernier moment.

Joséphine, vexée mais contente de n’avoir aucun rôle à jouer, fit mine de lui cracher dessus en tirant la langue, lui tourna le dos pour aller se réfugier dans le jardin.

Tôt le lendemain matin, Gus vint la réveiller d’une bourrade. Elle sursauta, ouvrit les yeux, toute chiffonnée. Gus, lui, semblait en pleine forme, et déclara fièrement :

— C’est fait !

— Raconte alors ! Tu as pu entrer dans la chambre sans qu’Ils t’entendent ?

— Trop facile : il suffisait d’attendre que le bébé dorme sur la fin de la nuit, Eux aussi. Ils n’ont rien vu, rien entendu. Après, j’ai juste tiré un peu le drap, et je me suis couché dessus. Ca n’a même pas été très long, j’ai assez vite senti qu’il ne respirait plus. Il n’a même pas bougé, le « petit ange », comme Elle dit…

— Tout de même… Chuchota Jo, prenant avec une soudaine terreur la conscience du geste accompli, tu ne crois pas que… ???

— C’est pas possible, non, je ne le crois pas : tu ne changeras jamais ! Tu étais d’accord, non ? Et puis, tu verras, au fond, Ils ne seront pas mécontents. Après tout, on était là avant ! Tais-toi maintenant, le voilà…

Gus et Jo disparurent derrière le canapé, s’y cachant pour Le surveiller du coin de l’œil. Il traversa le salon sans les voir, se dirigeant vers la cuisine. Il ouvrit les volets, respira un instant l’air frais et doux de ces premiers instants printaniers, prometteurs d’une belle journée. Il prépara un plateau qui recevrait le petit déjeuner, mit la cafetière en route et sortit un biberon. Tout était si calme qu’il retourna se coucher auprès d’Elle.

Une tourterelle, toute roucoulante de salutations matutinales au soleil naissant, vint se poser sur l’allée du jardin.

— Jo, grouille-toi et ne fais pas de bruit ! Avec un peu de chance, cette fois, je vais l’avoir…

Après une avancée digne de grands fauves traquant une gazelle, les deux chats bondirent sur la proie en puissance. Mais Jo avait fait craquer une feuille, l’oiseau leur échappa. Quant à Gus, il dut longuement se lécher la patte. Dans ses griffes étaient restées quelques plumes tachées d’un peu de sang.

 

 

 

 

ÉLOGE DE L’ÉLÉGANCE

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biereChristian Grey aurait-il séduit Anastasia s’il avait été simple ouvrier d’usine, vêtu d’un vieux jean et d’un Marcel, clope au bec et Despé en main, l’haleine chargée des relents de sa bière et de tabac ? Vous me direz que ce n’est pas là « vraie » littérature…

Peut-être, mais j’aimerais avoir vendu autant d’exemplaires de mes Dix Bonbons à l’Amante que dame E.L. James ses « Cinquante nuances » !

Reprenons : Odette de Crécy aurait-elle suscité le désir de Swann si elle n’avait été qu’une cousette  en cheveux ? Valmont aurait-il aimé une Merteuil fille de ferme ? Constance aurait-elle été parée de myosotis par Mellors si elle n’avait pas été une Lady ? les-liaisons-dangereuses-choderlos-laclos-analyse-texte-lettre-81-commentaire-compose6

Les personnages en littérature érotique  doivent-ils nous ressembler pour nous faire vibrer ou bien l’imaginaire qui les visualise à la lecture ne se nourrit-il pas justement de ces fantasmes de beauté et d’élégance ?

Qu’est-ce que l’élégance ? Celle de la tenue, à l’opposé du négligé, du degueulando. Celle qui fait préférer champagne et parfums précieux à la choucroute et la saucissonnade , l’apéro anisé au bar-PMU du coin. Parce que cela ne (me) fait ni rêver ni fantasmer. Mon grand âge, peut-être, qui me fait parfois ronchonner quand je lis des textes insipides englués dans un quotidien ordinaire impropre à la rêverie.chaise

L’élégance du verbe, de la langue, dans la considération du lecteur. Lui offrir de quoi l’élever et non pas le caresser dans le sens du poil, le flatter en écrivant comme on parle au café du commerce quand on tape le carton.  Question de respect, de soi en tant qu’auteur et surtout du lecteur.

Je ne dis pas qu’il faille se censurer, ne pas appeler une chatte une chatte quand on écrit l’érotisme, mais je crois inutile de sombrer dans une trivialité ambiante qui serait de bon aloi.

J’exècre la vulgarité, le laisser-aller, l’adoption de tics de langage pour « faire Djeun’s », grave pas cool… Voilà. Alors oui, je veux rêver en feuilletant les albums photos de Ressan,  fantasmer en écrivant la douceur des bas, l’émotion que suscite un P.J ou un escarpin à talons vertigineux, les tailles enserrées de jolies guêpières dans une profusion de dentelles et de rubans, les masques et autres loups pailletés qui soulignent des regards attisés de désir.Ressan 2

Clichés ? Codes dépassés ?  Ou simplement, dans un monde bien laid fait de guerres à notre porte et de ravages en tous genres, besoin d’évasion vers un univers où tout ne serait que « luxe, calme et volupté » ?

Allez, je vais relire Baudelaire, histoire de prendre un bon bol d’air, une vraie bouffée d’oxygène. Loin de Monsieur et Madame Tout-le-monde en « survêt’ « qui, décidément, me laissent de marbre.
Et vous ?

LIVRE PARIS 2018

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Salon Paris 2018Une semaine déjà ! En dépit d’un froid hivernal et de méchants flocons sur la capitale, le Salon du Livre de Paris a battu son plein du 16 au 19 mars.

Cette année, il m’a fallu fendre la foule pour me rendre du stand des Éditions du 38 à celui des Éditions Tabou, en faisant un crochet le samedi par Le Diable Vauvert afin d’y saluer les amis auteurs du Prix de la Nouvelle Érotique et son diabolique initiateur Jacques-Olivier Liby.

Quel plaisir de retrouver les auteurs amis, de bavarder avec les visiteurs, les lecteurs fidèles ou nouveaux ! Au 38, notre éditrice Anita Berchenko présentait fièrement sa maison pour la première fois. Succès assuré, avec Gilles Milo-Vaceri, Sara Greem, Alex Nicol, Sandra Mézière, Julie Derussy (entre autres !) qui n’ont cessé de dédicacer. J’y présentais L’Année des Amours Buissonnières et Philae d’îles en ils. 20180317_132805

Puis, retrouvailles de la « Tabou Team« , sous la houlette de Thierry Plée. Accueil enthousiaste des lecteurs qui se pressaient pour que Eva Delambre signe son tout dernier opus Abnégation et que les auteurs de B.D dessinent leurs dédicaces. Mes deux derniers livres Douze Tours de Vices et La Discipline d’Arcane se sont envolés ! Tout comme ces quatre jours un peu fous pendant lesquels le temps a filé à grande vitesse. De bavardages en échanges, avec tous ceux qui nous sont venus nous rencontrer, auteurs, amis déjà connus ou découverts « en live » après Facebook ou aux côtés desquels je dédicaçais.

Omega

Pour ne citer qu’eux : ma chère amie Rose, Clarissa Rivière, mon amie et complice…, Jean-Baptiste Messier, Léon de Griffes, Lionel Parrini et Sandrine Périgois, Stella Tanagra et Omega Mc Kay, Philippe Lecaplain, Cosimo Ferri et Samanta Cefaliello au rire si communicatif, Michel Lévy, Emmanuel Murzeau… Et tant d’autres qui me pardonneront de ne pas les nommer tant ils ont été nombreux. Pas plus que je ne pourrais évoquer tous ceux présents lors de la soirée de rencontre auteurs-lecteurs du samedi soir, organisée par Marie-Laure dans un restaurant Place Saint-André-des-Arts et où les échanges se sont joyeusement poursuivis, agrémentés d’interventions passionnantes.IMG_2055

De beaux souvenirs engrangés, vivement le prochain salon !

 

 

 

 

jeudi 8 mars : Journée Internationale des Droits de la Femme

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A l’heure où l’exécutif va obliger les entreprises à se doter d’un logiciel détectant les différences de rémunération à poste égal et à compétence égale, force est de constater que les femmes occupent encore trop souvent des postes moins qualifiés, dans des métiers moins bien payés. Selon l’Insée, l’écart atteint même 27%…
Simple exemple, de taille s’il en est d’une inégalité persistante, terreau d’un combat mené de longue date et hélas, toujours d’actualité. Sans parler des acquis obtenus de haute lutte si récemment dans l’histoire de l’humanité : droit de vote : 21 avril 1944, à l’avortement et la contraception : 1974 et

17 janvier 1975 promulgation de la loi Veil. Simone Veil

13 juillet 1965 : la réforme des régimes matrimoniaux , votée à l’Assemblée Nationale, décrète l’autonomie financière des femmes mariées. Elles peuvent dès lors exercer une profession sans l’accord de leur mari, ouvrir un compte bancaire en leur nom propre et disposer de leurs biens.

S’il est un lieu où le patriarcat bourgeois règne en maître, c’est bien l’opéra.

Quand Verdi présente sa Traviata, ( le 6 mars 1853) le succès n’est pas au rendez-vous : le bourgeois du XIXe ne supporte pas de voir étalées ses vilenies sur scène. Au son sublime des valses, Violetta, la demi-mondaine, la prostituée croit qu’elle va pouvoir s’autoriser un amour conjugal. Elle décide de se laisser aimer mais Alfredo la prostitue dans l’amour. Tous les crimes d’opéra se commettent en son nom.

Violetta et AlfredoElle qui se croit libre, qui le proclame dans l’air magnifique :

 » Sempre libera degg´io
folleggiare di gioia in gioia, »

Elle résiste bien peu, hésite encore, peut-elle aimer,se laisser aimer ?  »    « Oh ! Oh ! Amore !
Follie ! Gioir ! »

Peut-elle simplement jouir ? N’est-elle pas frigide à proclamer ainsi haut et fort cette aspiration ? La prostituée ne s’interdit-elle pas le jouir ? Alors qu’elle croit vivre enfin un amour vrai avec Alfredo, dans une campagne idyllique, elle est vite rattrapée et vaincue par le fric, le patrimoine à défendre, l’opposition entre la pure et l’impure que vient lui chanter Germont père. Son salut ne peut résider que dans la perte. Et pourtant, comme elle se débat la petite malade ! Elle chante des halètements saccadés, crie son amour en syncopes musicales, lance des cris hachés pour dire qu’on lui demande toute sa vie. Enfin, vaincue, elle ne peut que murmurer  » e vero… ». *

Germont n’a plus qu’à enfoncer les clous dans les paumes de la femme, la renvoyant aux  harems fermés de la bourgeoisie dont elle a espéré sortir. Elle le paie de sa vie même, toussotante.

 La rédemption arrive trop tard, elle meurt entourée de l’amant qui pleurniche et du père confit en pseudo remords.violetta meurt

Violetta et Fleur-de-Marie portent les mêmes stigmates, syphilis et phtisie, ces  corruptions du corps dont héritent celles qui ne font pas partie de la famille.

Butterfly se brûle les ailes en croyant à l’amour de Pinkerton et si Carmen, celle qui dit « non » et veut rester libre, toutes sont décidément défaites, crucifiées sur l’autel de la suprématie mâle.

Reste la narration musicale, somptueuse, envoûtante, déchirante.  Verdi, Puccini, Bizet (pour ne citer qu’eux) peuvent reposer en paix : la dévoyée qui a emprunté les chemins de traverse, la victime à Nagasaki, la belle cigarière en Andalousie ne cessent d’attirer les foules venues contempler leur sacrifice à l’amour et surtout, à l’homme.

Et vous, êtes-vous aussi fondu d’opéra ?

* Catherine Clément: L’opéra ou la défaite des femme      Grasset, 1995

Iconographie : La Traviata, film opéra de Franco Zeffirelli, 1983, avec Teresa Stratas, Placido Domingo, Cornell Mac Neil  Direction : James Levine

 

 

 

 

Joli printemps en vue !

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marsMars est annonciateur du printemps. Les Romains avaient nommé le premier mois de l’année en l’honneur du dieu du même nom, qui coïncidait avec le retour des beaux jours.

Et des beaux jours, il y en aura !

Tout d’abord, pour dire adieu à février, le 28 Flore Cherry nous recevra au bar Le 153 (153 rue Saint-Martin, à Paris) pour de nouveaux Écrits Polissons autour du thème « Le Fouet et la Plume ».

Visuel 28 fev 2018

Une soirée qui s’annonce claquante, en présence d’un célèbre Maître dominateur et de l’éditeur Thierry Play de la maison TABOU. Nous y parlerons BDSM et de la sortie de nouveaux livres.

Du 16 au 19 mars, le Salon du Livre de Paris battra son plein, je vous y retrouverai sur deux stands:

celui des éditions TABOU et des éditions du 38. Sortez les agendas ! A très vite…

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Le Joli mois des amoureux…

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saint valentin 3Oui. J’avoue : si je déteste « les fêtes de fin d’année », j’aime les petits cœurs, le rouge mis partout et les musiques sirupeuses annonciateurs de la

       Saint-Valentin !

Cette fête nous est arrivée du monde anglo-saxon et le 14 février est considéré dans de nombreux pays comme celle des amoureux. Les couples en profitent pour échanger des mots doux et des cadeaux comme preuves d’amour ainsi que des roses rouges, emblème de la passion.
Elle est aussi associée plus étroitement à l’échange mutuel de « billets doux » ou de valentins illustrés de symboles tels qu’un cœur ou un Cupidon ailé.

Rédiger un billet doux (d’ailleurs, qui en écrit encore ?), offrir un cadeau afin de l’amener à vous remercier très très chaleureusement, pas difficile si il ou elle aime la lecture, tout spécialement dans la catégorie Littérature érotique.On peut lire, ou écouter et regarder, comme dans ce clip :

             https://charlie-liveshow.com/partition-corps-clip-erotique/#

Et pour faire grimper la température, n’hésitez pas à lire à haute voix les passages les plus chauds, ou à lui faire lire…  Suggestions en images, sur fond de boléro :

Il ne vous reste plus qu’à choisir…
Bonne Fête à tous les amoureux !!!

Sexygénaire : à la poursuite du plaisir

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sexygénaire                         Depuis que l’homo est devenu « erectus » et a adopté la station debout – comme sa femelle d’ailleurs – du temps a passé sous ses semelles. Que sont quelques décennies en regard de la longue marche de l’humanité ? Vous venez de passer le cap de la quarantaine ? Celui qui vous fait entrer dans le monde merveilleux des « quinquas » ? Vous abordez la soixantaine ?

Dans sexagénaire… il y a le mot sexe  !

Si vous considérez votre anniversaire comme une balise de mauvais augure martelant l’inéluctable compte à rebours comme une vieille comtoise grincheuse, n’est-ce pas du temps perdu que de déplorer un âge que l’on regrettera dans dix ans ? N’est-ce pas tenter de lutter contre des moulins à vent qui ne s’arrêteront pas pour autant de tourner ? Il convient d’accepter de découvrir à chaque étape un nouveau continent riche de plaisirs d’autant plus que les choses ont considérablement évolué, fort heureusement, même si la course au jeunisme en fait galoper plus d’un(e).

Si Stephen Vizinczey fait l’«Éloge de la femme mûre », (Folio Gallimard) il n’est pas le seul auteur à avoir mis en mots le plaisir d’aimer une femme qui a dépassé l’âge de procréer. Ce sont les très réjouissantes réflexions de Stéphane Rose qu’il faut (re)lire ici :

« Aimer un corps mûr, c’est accepter de (…) renoncer aux normes de fraîcheur et de jeunesse qui conduisent alors immanquablement à désirer une femme parce qu’elle est « bien conservée », parce qu’elle a « su s’entretenir », parce qu’elle « ne fait pas son âge », bref parce qu’elle a su perpétuer la jeunesse de son corps considérée comme une valeur, entretenu à coups de (…) Botox, lifting (…). Aimer un corps mûr, c’est désirer, précisément, les traces du temps, associées à cette espèce d’assurance posée que véhiculent les femmes qui ont un peu vécu, cette force intérieure, ce blindage qu’elles bâtissent sur la résignation d’une jeunesse de plus en plus loin derrière elles. En perdant l’arrogance de la jeunesse (…) les femmes âgées gagnent l’arrogance de l’expérience, de la maturité revendiquée (…) une espèce de dédain, d’apparence d’inaccessibilité blasée qui donne envie de les conquérir (…) »                       Pourvu qu’elle soit rousse de Stéphane Rose, éd. La Musardine.

Inexorablement, le temps passe. L’espérance de vie allonge, la santé est protégée et aujourd’hui, 6% de femmes au-delà de quatre-vingts ans ont toujours une vie sexuelle ! Des exceptions ? Peut-être, mais songez que Ninon de Lenclos, * (1620-1705) courtisane célèbre pour son bel esprit autant que pour sa sexualité débridée fêta ses 80 ans justement… en cédant aux avances pressantes d’un abbé jouvenceau de 20 ans, totalement fou d’elle ! Ninon-de-Lenclos

Elle disait : « Je n’ai jamais eu que l’âge du cœur », et elle devait l’avoir solide. Plus prosaïquement, ma chère grand-mère aurait ajouté que « c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes » Trivial, mais pas faux !

Et vous, savez-vous profiter pleinement de chacune de vos dizaines d’années ?

*:Le roman vrai de Ninon de Lenclos

  Michel de Decker (Belfond)

Vous avez dit cochon ?

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MacronÉros sait que je me garde bien de toute polémique, quel que soit le sujet, à fortiori lorsqu’il s’agit de politique ou de ceux qui la font. Cependant, la presse, ‘pipole » et la toile viennent de balancer à tout-va que notre Président, non content d’être l’époux d’une femme plus âgée que lui, « aurait écrit un récit cochon » dans sa folle jeunesse. Extraits :

—  Adolescent, Emmanuel Macron a écrit un roman «un petit peu cochon»

— Révélation croustillante de la biographie de Brigitte Macron qui sortira en librairie le 17 janvier, le jeune Emmanuel Macron aurait écrit un roman « osé » quand il avait 16 ans.

De plus, en farfouillant un peu dans le « croustillant », il ne serait pas le seul ! :

— Par ailleurs, comme l’indique Le Parisien, ce n’est pas la première fois que l’on prête à un haut responsable politique français des écrits plus ou moins érotiques. Ainsi, le Premier ministre Édouard Philippe a co-écrit en 2011 «Dans l’ombre», un polar mâtiné d’érotisme. On pourrait évoquer également un ouvrage de Bruno Le Maire, intitulé «Le Ministre», et la secrétaire d’État Marlène Schiappa qui n’a jamais démenti, ni confirmé, les informations de l’Express sur son passé supposé d’auteur de livres érotiques. Il ne faut pas non plus oublier le livre érotique de l’ancien Président Giscard d’Estaing en 1994, «Le Passage».

        Alors que le sexe est partout surexposé, que le chef de l’état ou des membres de son gouvernement aient pu produire  » des écrits plus ou moins érotiques« , visiblement, c’est une honte !

Shame on you, Mr President ! aurait pu susurrer la si sulfureuse Marilyn.

Parce que écrire « un récit cochon« , ça sent le souffre, c’est osé, ça sent Satan et ses suppôts, ça devrait rester sous le manteau, ou dans le bien nommé « enfer » des bibliothèques. Mais qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes ?Enfer

Les commentaires sur les « réseaux sociaux » de ceux-qui-savent et autres pisse-vinaigre-bien-pensants fusent, aigres, avec les conseils d’usage : « Il ferait mieux de… etc »

Raccourci: le Président a écrit un livre érotique, c’est scandaleux. Tous les auteurs de littérature érotique sont donc à clouer au pilori, éviscérer en place publique.

Soit je ne me présenterai jamais à la présidence de la république, soit je devrais sérieusement songer à arrêter d’écrire « des cochonneries », ce n’est pas bien.

On ne peut déjà plus rire de grand-chose, s’il faut maintenant surveiller sa plume avant de la tremper dans l’encre de l’érotisme, la solution d’un exil vers une autre planète ne serait-elle pas à envisager ?

confesseSi j’étais religieuse, je me précipiterais à confesse. En un seul mot.

Sade, Nin, Casanova, Apollinaire, Aury, Bataille et tant d’autres, au secours, le monde ne tourne plus bien rond au pays des (feu) lumières et de la liberté d’expression…pourtant inscrite à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (1948, article 19)

Et vous, amis auteurs (et les éditeurs qui les publient) qui, comme moi et notre Président, sentez le souffre, qu’allez-vous faire ?

 

 

 

 

 

Plume légère

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20180103_114420        Vous êtes invitée sur un salon du livre, quelque part en province. Fièrement, vous avez joliment disposé vos ouvrages sur la table que l’on vous a attribuée, entre deux auteurs dits « régionaux ». Vous attendez le lecteur, stylo en main, prête à dédicacer avec joie la trentaine de livres étalés, tous titres confondus, pour attirer le chaland bibliomane compulsif…

Les réactions des passants qui passent ne se font pas attendre. Les nez se froncent devant vos couvertures, les yeux se plissent (ou s’allument d’une étrange lueur selon le cas) et les questions ou remarques accompagnant les mimiques fusent :

— Vous avez la plume… légère, vous ? ( regard et intonation féminins réprobateurs)

— C’est vous qui avez écrit ça ? C’est scabreux, nan ? (Ben oui, si je suis assise là, c’est moi…et je revendique le ça)

— C’est osé ? (regard masculin égrillard)

—  Nan, j’aime pas beaucoup ça… (suivi d’une expression de dégoût profond, féminin, parfois masculin)

— Je peux avoir votre numéro de téléphone ? (Et quoi encore ?)

—  C’est vous sur la couverture ? (humour masculin, clin d’œil à l’appui)

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Simplement parce que vous vous situez dans la sulfureuse catégorie « littérature érotique » et que vous êtes une femme. Et que si l’on taxe votre plume de « légère », la femme que vous êtes l’est forcément tout autant. CQFD. Raccourci ? Non, une réalité que vous constatez au quotidien. Parce que vous écrivez des « cochonneries » (re sic !) vous êtes forcément une polissonne dépravée, prête à répondre à toutes les invitations. Prenez Facebook, par exemple. Vous vous êtes décidée à créer votre page « écrivain », histoire d’essayer de faire la promotion de vos publications. (votre cher éditeur, constamment débordé, n’a pas le temps, lui…).

Las ! vous êtes rapidement assaillie de « demandes d’amis » masculines pléthoriques, de M.P pour le moins surprenants. Des messieurs viennent vous y raconter leurs préférences sexuelles de façon détaillée, vous demander d’être leur domina, s’obstinent à vous affubler de petits noms « affectueux » ou à vous envoyer les gros plans de leur bâton de pèlerin haut levé, comme on hisse les couleurs le matin dans les casernes. Sans compter les tentatives de « discussions », dont l’indigence du discours et de l’orthographe n’a sans doute d’égale que la misère sentimentale de leurs auteurs. Exemple (certifié authentique) :

— Slt, (variante: bjr ) comant t’m bésé ?

Étonnant, non ? aurait interrogé feu le regretté Desproges.

Ce qui me surprend, en ce siècle où les tabous semblaient abolis en la matière et la lutte des femmes pour l’égalité avec les hommes avoir marqué des points, c’est que certains messieurs s’autorisent encore à considérer la gent féminine comme un ramassis de salopes en puissance auxquelles on peut tenir des propos que je qualifierais pudiquement (mais oui…) de « déplacés ».

20180103_120146Que les choses soient bien claires : si j’écris dans le registre érotique, c’est parce que j’aime mettre en mots l’amour, l’intime, voire la part sombre de la nature humaine. Les histoires que je raconte sont imaginaires, fictives, pas une autobiographie détaillée de ma vie sexuelle. Pas plus que je ne confonds les réseaux dits sociaux avec des sites de rencontres.

Nous sommes nombreuses à publier de l’érotisme. Je crois savoir que mes amies romancières et nouvellistes dans ce genre littéraire ont toutes eu affaire à ce type de « désagréments ». Alors, de grâce, messieurs, lisez-nous mais arrêtez de penser que nous sommes ce que nous écrivons ! Si besoin, replongez-vous dans vos cours de français du lycée et faites enfin la différence entre auteur et narrateur, réalité et fiction. Julie-Anne

Et vous, mes chers collègues masculins qui écrivez aussi de l’érotisme, êtes-vous sollicités de la sorte par des groupies en délire ?

 

 

 

2017 s’achève, Vive 2018 !

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new-years-glassware-700x614Une année qui s’achève, c’est aussi l’occasion de se remémorer tout ce qu’elle a apporté : les joies, les grands et les petits bonheurs, les peines parfois.

C’est fou ce que le temps peut passer vite ! Un coup d’œil en arrière pour se souvenir qu’à la même époque, les répétitions de la pièces « Ces Dames de l’Annonce«  de Philippe Lecaplain se faisaient dans la fièvre des représentations à venir. En janvier, février et mars, notre petite troupe jouait au Théâtre Clavel et à celui de Saint-Maur, réunissant des spectateurs enthousiastes ! Pour la majorité des acteurs, -dont j’étais- c’était la première fois que nous montions sur les planches et ce fut avec un énorme plaisir.

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Les soirées parisiennes ont aussi été bien remplies, grâce à la pétulante Flore Cherry qui réunit un public désormais fidèle pour ses « écrits polissons » et autres évènements. Ainsi : une soirée TABOU en février, en présence d’auteurs de cette maison d’édition à laquelle j’appartiens, et bien sûr, en novembre le Salon de la littérature érotique très réussi, pour ne citer que ces deux parmi tous les nombreux autres.SALON_DESEE

 

 

Dans le même temps, une dédicace chez les adorables Martine et J.P de Metamorph’Ose , Metamorphosel’achèvement du manuscrit de « Philae d’îles en ils », mise en mots de l’histoire de mon amie Danaé B. et la remise à mon éditeur de « Douze tours de Vices », puis, la mise en œuvre de « Le Blason de Julie-Anne ».

Parution de ces livres à l’été et à l’automne, tout en participant à de beaux salons : Notre-Dame-de-l’Isle, Granville, Villers-sur-Mer , sous le patronage de M. Claude Lelouch, où les retrouvailles avec les amis auteurs s’allie au plaisir des échanges avec les lecteurs.

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De belles rencontres aussi, des liens nouveaux d’amitié qui se sont tissés, un ouvrage à quatre mains avec une autre amie chère – chut… Ce sera à suivre pour l’année nouvelle ! –  le défi relevé du Prix de la Nouvelle Erotique et du Prix Hemingway, pour le bonheur d’écrire…

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Une belle année, riche, mais aussi endeuillée par le décès de mon amie Anne Bert à laquelle je pense bien souvent. J’ai beaucoup de mal encore à réaliser que nous ne nous retrouverons plus, que nos échanges se sont achevés par nos textos d’adieu peu de jours avant qu’elle ne rejoigne les étoiles, là-haut, au paradis des auteurs érotiques. A moins qu’elle n’ait fait un crochet par l’enfer, celui des bibliothèques, insatiable lectrice qu’elle était, elle en serait bien capable.

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            Au seuil de 2018, qui s’annonce encore porteuse de publications, je forme des vœux sincères de bonheur(s), joie, amour gloire et beauté à tous ceux que j’aime, bien sûr, à tous mes amis et à vous tous, mes chers lecteurs sans lesquels les auteurs n’existeraient pas.

Et vous, quels sont vos projets pour cette nouvelle année ?

 

 

NUITS PARISIENNES

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20171121_084040En regard des « grandes » salles et de leurs têtes d’affiches, dûment placardées dans le métro, une multitude de petites salles parisiennes proposent de très nombreux spectacles de qualité, offrant un large éventail de très jolis talents.

J’ai eu le plaisir et la chance d’être invitée à la première de sa pièce « Une Femme Extraordinaire » par Arthur Vernon , auteur essayiste, dramaturge, metteur en scène  et réalisateur déjà primé hors nos frontières.

Ravie de retrouver dès l’entrée du théâtre A La Folie Théâtre (rue de la Folie Méricourt, dans le 11ème arrondissement) des ami(e)s blogueuses, auteurs, artistes, créatrices événements : Ma chère Clarissa Rivière,  Julia Palombe  Mademoiselle A  , Flore Cherry  et bien d’autres.

Un couple, seul en scène avec des projections de textos sur une toile de fond, des pages Internet. Lila et Renaud sont  passionnément amoureux, à tel point que, en dépit de leur grande liberté sexuelle, ils envisagent de partir à La Vegas pour se marier !  Leur histoire d’amour est enflammée de sexe, dont le spectateur est témoin. La très belle Anna Stern, Lila, dévoile sa plastique sculpturale pour s’adonner aux joies de l’amour avec le séduisant Daniel Hederich- Renaud dans les bras duquel elle semble une plume ou une brindille.

Renaud est totalement fasciné par Lila, son talent vocal, celui de mannequin qui la fait voyager non seulement de pays en pays mais encore d’homme en homme. Il est littéralement accro à cette femme extraordinaire qui l’a élu, lui, pris dans les rets d’une passion très charnelle. Le symbole de la corde qu’elle utilise pour mieux l’asservir est criant. Toutefois, cet ange si divin ne dissimule-t-il pas dans une personnalité qui s’avère vite trouble, une diabolique jeune femme ? Et si elle n’était qu’une manipulatrice très perverse, ou bien une malade mentale, une mythomane, une menteuses patentée ? Tous ces doutes vont peu à peu assaillir le malheureux Renaud, vite balayés d’un revers de main par la douce Lila… comme si soudain on se retrouvait dans un polar sombre. Une passion aveugle peut-elle bien se terminer ?  Jusqu’où iront ces deux amants ? Le dernier acte réserve des surprises, de belles trouvailles de mise en scène que je me garderai bien de dévoiler ici.

Allez vite voir cette pièce très intéressante pour l’étude de la psyché d’une femme, de l’amour-passion aveuglant, le jeu des acteurs, la mise en scène astucieuse et le texte très au fait des préoccupations actuelles, en dépit d’une tirade peut-être un peu longue et catapultée en fin de pièce sur le féminisme.

Et si vous aimez les femmes dans tous leurs états et en chansons, dans un spectacle pétillant, drôlissime, débordant d’énergie, inclassable, courez voir les Divalala.

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Trois voix magnifiques a cappella, un travail remarquable sur les textes, des clins d’œil en rafale, on rit, on tape des mains et on a envie de danser, bref, courez les applaudir. On ressort avec un grand sourire aux lèvres de ce spectacle qui devrait être remboursé par la sécurité sociale !

Et vous, qu’êtes-vous allés voir récemment ?

 

PETITE MAISON QUI DEVIENT GRANDE : LE 38

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Créée par Anita Berchenko, la maison Les Editions du 38 m’a accueillie pour deux romans et une nouvelle dans un collectif. AB FLLogo 38

 

 

 

 

Sans faire de bruit, peu à peu elle s’est développée et vient de signer un contrat avec France Loisirs, pour que tous ses titres soient intégrés à la librairie numérique.

Quelle belle surprise, prometteuse de davantage de visibilité pour les auteurs qui ont eu la chance d’être publiés par Les Editions du 38 !

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Pour nous retrouver facilement et consulter les ouvrages publiés, il suffit de cliquer sur le lien suivant qui vous renverra sur tous les blogs des auteurs ainsi que leurs photos et livres, répertoriés par Bernard Afflatet.

LES AUTEURS DU 38

 

Ou bien, en consultant directement la librairie numérique de France Loisirs.

LES EDITIONS DU 38 FRANCE LOISIRS

De très riches heures…de  lectures en perspective.

Vite, on se connecte !

 

Souvenirs d’une nuit torride…

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Plume 5Une semaine s’est déjà écoulée depuis ma dernière nuit blanche érotique…

 

Pour l’écriture d’une nouvelle, dans le cadre du PNE,

organisé par Les Avocats du Diable et Le Diable Vauvert

   what did you expect ?

 

 

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Tout d’abord, il faut attendre 23h59 pour découvrir dans son courriel les contraintes de thème et de mot final, ajoutées à celles de  la limite dans le temps puisqu’il faut rendre sa copie au petit matin, ainsi que celle du nombre de signes maximum autorisés (20000). Comment s’occuper en attendant que les heures passent, sans céder à l’endormissement dans le cocon douillet du salon ? Avoir recours à la télévision n’est pas une très bonne idée, les niaiseries du samedi soir incitent plutôt au laisser-aller dans les bras accueillants de Morphée. Musique plutôt. Verdi, le Requiem, voilà qui devrait me tenir en éveil ! Avec, pour m’encourager puisqu’on n’est jamais mieux servie que par soi-même, une -grande- coupe de champagne, ouvert pour l’occasion, dans lequel je fais couler délicatement quelques sanglots de crème de framboises. Bio. Faite de mes blanches mains, avec les framboises du jardin, un excellent rouge et du sucre roux…

Ensuite, ce sera du café, car si j’abuse des bulles rosies, je risque d’être légèrement grise et de ne plus maîtriser ni la plume ni le clavier !

Au Dies Irae, je me connecte sur Facebook pour aller papoter un moment avec les auteurs qui participent à cette folle nuit sur le groupe fermé Nos Nuit d’Encre créé l’an passé par l’ami Galan Dorgia. Ils sont nombreux déjà à bavarder dans l’excitation montante au fil du temps qui passe… Bien lentement. Chacun sort ses munitions: qui son whisky, qui sa verveine (?), ses tablettes de chocolat , -oui, le vrai, pas celles du chéri- son plaid douillet et son doudou porte-bonheur ! Je ris de bon cœur avec eux, via l’internet pendant un moment.
Minuit moins une… Je me connecte à ma boîte mail.

Cette année, la nouvelle aura pour toile de fond « Un dîner de cons » et devra s’achever par le mot « commode ».

Immédiatement, deux flashs : évidemment le film avec Villeret, basé sur une histoire vraie et dont j’ai connu l’un des instigateurs, et une petite phrase nominale : pas commode !

Puis, dans le cadre d’un concours de nouvelles érotiques, le mot « cons » prend une autre tournure dans l’énoncé. Comment traiter ce sujet en faisant preuve d’originalité ? Céder à une certaine facilité en évoquant, ou prenant comme prétexte le fameux dîner de cons, dériver dans une histoire de cons et de culs ? J’ai remplacé Verdi par Scarlatti et Haendel, de la guitare douce. Mon cher cahier de brouillon et un stylo bille en main, je me mets à jeter en vrac les idées qui viennent sur les pages quadrillées. Je m’aperçois assez rapidement que mes démons personnels prennent vite le dessus, et que finalement, quel que soit le thème, ils s’invitent toujours pour parler des émois du cœur et du corps, du désir et du plaisir… Mettre un peu d’ordre, ensuite dans tout cela. Une pause s’impose, avec un nouveau café. Il est déjà près de 3 heures, le changement à l’heure d’hiver va s’opérer tandis que je redescends au salon grignoter une tranche de pain grillée-beurrée pour accompagner ma citerne de café.

En effet, lorsque je retrouve mon écran, la petite horloge du P.C affiche 2 heures. Ce qui me rassure, car le plus dur reste à faire : rédiger la chute de mon histoire pour qu’elle s’achève sur une commode, son introduction et me jeter dans le vide en écrivant directement le corps de l’histoire que je me raconte. L’avantage d’être en tête-à-tête avec son bureau -d’ordinateur- et ses dictionnaires fétiches est certain. Je me suis constitué ma propre « banque de données » avec un éventail de champs lexicaux des « mots de la chose », croisés avec d’autres dans lesquels j’aime aller piocher quand un substantif ne vient pas immédiatement sous les doigts qui courent à présent sur le clavier. En cas de besoin, mon fidèle Bertaud du Chazaud est toujours prêt et mon vieux Logos m’ôte le doute qui peut subsister sur la correction de l’emploi d’un mot ou d’une expression. Au pire, Internet est aussi utile, mais j’aime la présence rassurante de mes dicos dont les pages si souvent tournées commencent à accuser une fatigue certaine. Moi aussi d’ailleurs, à 3h50… Je n’ai pas encore terminé la rédaction de mon récit, je surveille le nombre de signes, tout va bien, je suis dans les clous.

Mais je dois arrêter quelques minutes. Mes jambes sont raidies par cette station assise prolongée et surtout très tardive. Ou matinale, selon le point de vue. Mon dos tiraille, mes yeux picotent et ont rougi. Là, je m’offre une nouvelle coupette de bulles, « parce que je le vaux bien » et que la première est déjà bien loin ! En effet, la fraîcheur du breuvage pétillant me revigore. Pour terminer, ce sera Brahms. Après avoir fait bouger aussi Tosca -la chienne cane corso- qui ronfle décidément trop fort… Jusqu’à 3h40, je vais poursuivre pour enfin taper le mot « commode ». Je me relève pour m’étirer de tout mon long une dernière fois. A présent, il faut relire, traquer les inévitables coquilles sournoisement dissimulées dans le corps de mon texte. A 4h05 -soit pour moi en réalité 5h05- je relis pour la troisième fois et les lignes se mettent à danser sur l’écran… La musique s’est tue sans que je m’en aperçoive, j’ai comme un petit  tambour qui bat à mes oreilles au rythme des battements de mon cœur. Je ne vois plus grand-chose, les dés sont donc jetés.
Il est 4h 13 quand j’appuie sur la touche « envoi » depuis ma boîte mail, après avoir quand même vérifié que j’ai bien joint ma nouvelle !

Curieusement, j’ai l’impression de ne pas avoir sommeil en dépit de l’énorme coup de fatigue et de stress ressenti. Cette nuit blanche aux allures de marathon est terriblement excitante. Parce que même si les amis sont là, virtuellement à portée de main et de clic, elle est très solitaire, renferme sur le seul cocon de l’imaginaire qui peu à peu se déroule, emporte, transporte littéralement au fil des mots dévidés comme écheveau. Pour aller jusqu’au bout de ce défi à soi-même, et de façon très masochiste, en y prenant un infini plaisir.
Normal, peut-être, quand on écrit de l’érotisme ?

Et vous, amis auteurs, comment avez-vous vécu cette incroyable et diabolique nuit ?

C’est l’automne, tombent les feuilles…

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Et les nouvelles publications !

C’est aussi le passage à l’heure d’hiver et, devenu maintenant traditionnel:

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Cette année, dans la nuit du 28 au 29 octobre, le défi à relever était d’écrire une nouvelle érotique

avec une quadruple contrainte. Un thème : « Un dîner de cons », un mot sur lequel le récit doit

s’achever : « commode », un temps restreint de minuit à sept heures du matin et enfin une limitation à

20 000 signes. Défi relevé, copie rendue à 4h09 (soit 5h09 en heure d’été) comme les 233 autres

auteurs qui ont aussi passé cette nuit blanche d’écriture !

A présent, l’attente des suites, dans un premier temps en février.

20171028_094648            Il vient de paraître !

  

      LE BLASON DE JULIE-ANNE

Un joli livre qui allie la photographie de charme et la poésie.

A offrir aux amateurs d’art et de belle littérature, et s’offrir pour le plaisir ! Noël approche…

                 Et enfin… en novembre . A découvrir , sans oublier de monter le son !

Un jour d’automne

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Lundi 2 octobre

anne_bert juillet2017C’est dans le train qui me ramenait en Normandie que la nouvelle du départ d’Anne m’est parvenue dans la matinée.

Ce n’est pas une surprise, je savais que depuis une semaine, elle avait été accueillie très discrètement dans le service des soins palliatifs de l’hôpital belge où elle avait choisi d’être euthanasiée.

Il y a trois jour seulement, nous échangions encore, et je recevais son dernier texto, empreint d’humour mais aussi de cette gravité et de l’affection qui sied aux mots d’adieu. Sans jamais tomber dans le pathos, qu’elle exécrait.

Sa « SLAlope » l’a vaincue, elle qui aimait tant la vie. Elle a fait le choix de mettre un terme à une lente agonie, dans le refus de cette sédation profonde qui contente le corps médical français et tous les bien-pensants qui s’octroient le droit de décider à la place des patients atteints de maladies incurables.

Elle a mené jusqu’au bout son combat pour tenter de faire bouger les consciences afin que la liberté de choisir sa vie comme sa mort soit enfin légiféré. Elle a supporté d’être invectivée pour cela, prise à partie et mise à mal, y compris par certains médecins, opposés à l’euthanasie dont l’indécence du discours me semble atterrante. Tous comme les propos de croyants, bien loin de la caritas, de l’amour du prochain et de la tolérance pourtant fers de lance de leur foi.

Alors, au chagrin se mêle la colère. L’écœurement aussi, puisque Anne a dû s’exiler pour mourir en paix, entourée de l’amour des siens mais si loin de chez elle où elle aurait tant aimé s’éteindre. Je pense à la peine de Rémi, son époux et de sa fille Roxane.

D’elle il reste ses livres, celui qui paraîtra dans quelques jours, dont elle savait qu’elle n’en verrait pas la publication. Je ne le lirai pas tout de suite, gardant encore les souvenirs de nos rires, de nos échanges, son franc-parler et son écriture si belle. L’absence ainsi sera un peu moins cruelle.

J’aime ce portrait récent d’Anne, symbolique de la maladie qui, comme le lierre, s’accrochait à elle. Son regard ne fixe pas l’objectif mais se tourne en elle-même, nous donnant à imaginer toutes les pensées de celle qui va mourir…et a maintenant, comme elle me l’a écrit, rejoint les étoiles.

Anne Le tout dernier été

Baiser d’amour, baiser d’extase…

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hayez_jpg_1200_630_cover_85 Ah le baiser… Qui ne se souvient du tout premier donné et reçu ? Celui qui ne s’oublie jamais, dont on a gardé intacts en mémoire le goût, la saveur, le plaisir, l’émotion suscitée de la découverte, l’émoi ressenti tandis qu’une langue, habile ou maladroite, franchissait les lèvres pour un envahissement troublant, prélude à d’autres jeux.

D’ailleurs, le verbe baiser a plusieurs définitions : Poser ses lèvres sur quelqu’un, quelque chose, en signe d’affection, d’amour, de respect , avoir des relations sexuelles avec quelqu’un et en langage populaire, il devient synonyme de tromper, duper, ce qui est paradoxal et remarquable dans le glissement de sens ! (Dictionnaire Larousse)

Curieusement, il apparaît que la littérature érotique se soit peu emparée du baiser, préférant sans doute aller droit au but dans le cash de la description de la « baise », dérivé de baiser… Qu’il soit doux, tendre, moelleux, long, émouvant, troublant, torride, langoureux, amoureux, fripon, fougueux, passionné, il est une étape incontournable souvent allègrement franchie pour que les langues aillent fouiner ailleurs. D’ailleurs, n’est-il pas remarquable que cette langue, en embrassant, devient sexe, sans cesser pour autant d’être « gustative et loquace »*. De fait, elle se fait sexe unique, hermaphrodite, le même pour les deux amants. Initiateur du désir, le baiser déclenche simultanément deux fonctions vitales : alimentaire et sexuelle.

L’ expression manger, dévorer de baisers prend alors tout son sens.

Tous ces baisers profanes sont proches du baiser sacré, qui ouvre la voie à l’extase mystique. Gautier de Coincy raconte que Marie apparut une nuit à ce sacristain qui lui était tant dévoué. En larmes, il sollicita de la visiteuse l’honneur de baiser ses pieds saints, ce à quoi elle répondit :

—  que jamais ne touche mes pieds ta sainte bouche (…), mais en ma face colorée, beau doux ami, me sied et me plaît que ta belle bouche me baise.

Bernini ThérèseLes grandes mystiques européennes, expertes en baisers, sont allées plus loin dans les récits de leurs extases que les poètes. Ainsi, la « bienheureuse » italienne Marguerite de Faenza (XIIIè siècle) était coutumière des baisers bouche à bouche avec le Christ. Comme à la même époque Angèle, qui retrouvait dans la tombe son Amour, Jésus, pour un baiser sur la bouche, scellant l’union spirituelle par l’union charnelle. Toutefois, la sexualité des religieuses ne serait pas matière humaine mais divine. Ce sur quoi les ecclésiastiques ne sont guère loquaces, taisant les ardeurs et les emportements livrés dans le secret de la confession ! Pourtant, le seizième Livre du Cantique des Cantiques dans la Bible est un ode à la sensualité qui s’ouvre sur cette célèbre apostrophe :

— Qu’il me baise des baisers de sa bouche ! (I – 2)

Comment en est-on donc venu à réprimer le baiser ? Dans l’Italie du XVIè siècle, un baiser volé pouvait à Florence entraîner l’exil ou la prison, et un siècle plus tard à Naples, c’est la décapitation que l’on encourait pour un baiser ! Heureusement, quelques téméraires bravèrent les interdits pour célébrer les plaisirs de la chair et des sens. Ainsi, Louise Labé, -au nom prédestiné pour une pécheresse !- dans ses Sonnets et Elégies ou Débat de folie et d’amour, osa donner une voix féminine à la flamme amoureuse:

« Baise m’encor, rebaise-moi et baise;

donne m’en un de tes plus savoureux;

donne m’en un de tes plus amoureux,

je t’en rendrai quatre plus chauds que braise. »

Et pour vous, qu’est-ce que le baiser ? Je crois, avec Maupassant que

« Le baiser est la plus sûre façon de se taire en disant tout. »

* Alexandre Arribas, Petite histoire du baiser (éditions Nicolas Philippe, mai 2003)

Illustrations : Hayez, Le Baiser (1859) Gian Lorenzo Bernini : Extase de Sainte Thérèse, détail

Église Santa Maria Della Vittoria de Rome

 

 

Les tabous ont la vie dure !

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PhilaeWEBLa littérature érotique s’étale aux vitrines des librairies, aux rayons livres des grandes surfaces, voire parfois sur les affiches du métro parisien. Et pourtant…

Il se trouve que j’avais été conviée sur un salon du livre en province. Bien sûr, on me demande quelles sont mes publications récentes susceptibles d’être en relation avec le thème de l’année, à savoir « Biographie et Autobiographie ». Puisque Philae d’îles en ils, récit biographique romancé de Danaé B. que j’ai mis en mots vient de paraître (Éditions du 38, collection Paulette), je m’étais empressée de répondre favorablement à l’invitation, ravie à l’idée de présenter ce livre qui concorde parfaitement avec le sujet choisi par les organisateurs.

Las ! Cet ouvrage sent le soufre à plein nez ! L’héroïne, inconditionnelle du sexe -balançant de l’un à l’autre- narre un exceptionnel road-trip, au cours duquel elle s’adonne à tous les plaisirs, y compris ceux qui conduisent aux portes de l’enfer. Il s’agit donc d’un livre entrant dans la catégorie « érotisme ». Le mot est lâché, rien ne va plus.

Je suis donc priée de ne plus venir, car « le comité lecture a systématiquement écarté toutes les biographies ou autobiographies relevant de la littérature érotique. »  (sic)

Avec des précautions oratoires exquises des plus louables, on m’explique que le public est « familial« ,  » de tous âges« , et qu’il serait donc inconvenant que la bio  « d’une telle personne » puisse choquer les habitués du salon. Impossible de m’accueillir avec « ce genre de littérature » (re sic)

Je me suis donc empressée d’effacer de ma page Salons et Dédicaces l’annonce que j’y avais faite de cette manifestation à venir. Hors de question d’embarrasser qui que ce soit avec un livre par trop diabolique ! Cependant, je m’interroge : on n’a jamais autant exposé le sexe et le cul, mais il ne faut surtout pas proposer ce qui semble toujours être considéré comme un sous-genre littéraire. Je ne suis pas chagrine d’être empêchée de participer à un salon, mais très contrariée (euphémisme) de la persistance de tabous qui entravent toute liberté de choix des lecteurs et relèguent au cachot, comme le furent jadis Sade, Casanova, Wilde, tout récit à « connotation sexuelle explicite ».

Ôtez-moi d’un doute : ne sommes-nous pas au vingt-et-unième siècle, en 2017 ?

tabou

C’est la rentrée, Vive les Femmes Profs !

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prof-sexyNous avons toutes traîné nos fonds de jeans sur les chaises d’un lycée aux côtés de condisciples mâles. Souvenez-vous… Quelle place occupaient-ils, et vous, où étiez-vous assises pendant les cours au tournant des années 90 ?

Les fortes-en-tout -dont vous faisiez forcément partie- étaient groupées côté couloir, le stylo vissé dans la main. A l’opposé, côté cour, les joyeux rêveurs se situaient plutôt vers les dernières rangées, un œil à la fenêtre surveillant l’extérieur, l’autre balayant en panoramique l’ensemble de la classe. De ces places privilégiées, qui, comme eux, n’a jamais balancé dans le dos du prof l’avion en papier portant l’inscription pleine d’humour : « Tartebatte, t’as du poil aux pattes » ? Quant aux chaises du premier rang central, elles étaient squattées à l’année comme des prie-Dieu dans une église par quelques pimbêches amoureuses du prof de physique.

Les mecs, selon les cours, les en délogeaient régulièrement pour leur piquer la place.

Parce que les profs, eux, dans leur grande majorité étaient -et sont restés- des FEMMES ! C’est en fonction du type de femme-prof que l’occupation de l’espace classe fluctue. Tel le dompteur ou la petite souris, c’est en sautant d’un pied léger ou en gravissant péniblement la marche de l’estrade que LA prof fait son entrée pour officier une heure durant. Non, toutes les enseignantes de mathématiques ne sont pas des binoclardes perdues dans leurs théorèmes. Certaines sont même de vraies bombes ! Ne soyez donc pas étonné(e) que votre Alexandre soit devenu accro à une matière qu’il avait jusqu’alors tout autant ignorée que sa Sophie-la-girafe, conservée  dans votre boîte à reliques avec une tendresse fervente.

LA PROF SEXY

A la fin des nineties, pourquoi Romain, Guillaume ou David se ruaient-ils comme des lions prêts à bouffer des chrétiens dans l’arène sur la rangée du milieu quand Mademoiselle Martin, fraîchement agrégée de maths, arrivait en cours ? Parce qu’elle avait dans la silhouette du Claudia Schiffer mâtiné de Cindy Crawford. Quand elle ôtait son imper, le taux de testostérone passait en alerte rouge chez les joyeux potaches de sexe mâle. Tout juste s’ils ne se mettaient pas à hurler en tapant sur leur table, genre loup de Tex Avery devant sa pin-up.

Peu frileuse, la blonde matheuse arborait hiver comme été un t-shirt moulant et décolleté sur un généreux 95 C, pigeonnant dans son Wonderbra. Souvent rose fuchsia ou vert anis, le haut contrastait joliment avec son jean en denim bleach qui lui faisait un cul d’enfer ou sa mini-jupe de daim noir. Comme elle n’était pas très grande, elle devait se hisser sur la pointe de ses escarpins en levant les bras pour commencer sa démonstration tout en haut du tableau.  C’était à cet instant précis que Romain devenait cramoisi et laissait tomber son crayon. L’objet malicieux roulait par hasard hors de sa portée, au pied de l’estrade, l’obligeant à ramper pour le récupérer… Quand Miss Martin, bonne fille, se baissait à son tour en tournant le dos à la classe pour le ramasser, les autres garçons du premier rang frisaient le coup de sang. En dépit d’un courrier au proviseur demandant à conserver leur prof en terminale, ce fut Madame Labory qui vint les préparer au Bac. Vite surnommée Le Mètre Cube, sexagénaire et auvergnate d’origine, elle devait accuser sans forcer les cent vingt kilos au pesage pour un mètre cinquante-cinq. Quand elle déclara d’entrée de jeu à la classe atterrée, accent rocailleux en prime : « Je suis les norrrrmes mathématiques », la phrase fut interprétée au vol, déclencha un fou-rire général suivi d’une généreuse distribution d’heures de colle.

LA PROF NOUNOU

Presque aussi sexy que la précédente, elle se taille un certain succès. Souvent mariée dans le civil, parfois pourvue de marmaille, elle a entre trente-cinq et quarante-cinq ans. Son engagement très affectif, auprès de ses élèves donne à penser aux garçons qu’il s’agit peut-être d’une cougar. Elle se garde bien de démentir cette rumeur, relayée chez ses collègues par Radio-Vipère. Elle fait surtout office d’assistante sociale, de nounou, d’infirmière, de psy, accessoirement de prof. De lettres ou de langue vivante. Océane, de 1ère 4, par exemple, ne sait toujours pas écrire trois phrases cohérentes sans aligner une douzaine de fautes. Par contre, elle a été sauvée de la déprime dans laquelle elle commençait à plonger quand ce salaud de Valentin l’a plaquée pour une pouffe de Terminale E. C’est Madame Edouard qui lui a prêté ses kleenex et une oreille attentive pendant une heure  pour la dissuader de mettre fin à ses jours, dans la salle des profs. Vide bien sûr puisque les autres profs, eux, faisaient cours sans imaginer le drame qui s’était joué à leur insu. Les élèves de 1ère 4, délaissés pendant ce temps, avaient tiré les rideaux, éteint la lumière  pour écouter « La Isla Bonita » à donf. Le CPE y avait alors dû faire une intervention musclée car des effluves suspects qui ne sentaient pas que le tabac blond étaient parvenus jusqu’à son bureau.

LA PROF VIEILLE FILLE (type1)

La jeune prof célibataire est l’un des fleurons de l’Ed. Nat. (traduisez Éducation Nationale). Ce prof n’a aucun sex-appeal, pas d’enfants, pas de mari, pas de copain, parfois quand même une vieille maman. Ou un chat. Elle s’investit totalement dans son métier pour lequel son abnégation est sans limites. Elle s’est fixé une Mission. Elle est la Jeanne d’Arc de la SVT, la Charlotte Corday de la Physique-Chimie. Vêtue d’un sempiternel tailleur copie-de-Chanel qu’elle a confectionné de ses blanches mains -la couture est son seul hobby, son unique plaisir solitaire- . Elle fait entendre haut et fort la voix de SA matière scientifique. Pour totaliser ses dix-huit heures de cours hebdomadaires, elle exerce son sacerdoce dans six classes, chacune comptabilisant un peu plus de trente élèves. Non seulement elle les connaît tous, mais encore elle leur fait hanter régulièrement ce haut lieu de pèlerinage qu’est pour elle la Cité des Sciences. Aucune expo n’échappe à sa conscience professionnelle, au grand dam de ses collègues qui cherchent leurs élèves partout quand ils sont en « sortie pédagogique ».  Elle termine l’année comme un marathon, le teint livide, au bord de la syncope. Mais elle a accompli son sacro-saint Devoir. Même si elle s’est vengée en baissant toutes les moyennes parce que pour les élèves, le plus chouette, à la Villette, c’était le bar. Où ils étaient allés s’empiffrer de sucreries et de coca après l’avoir semée au détour d’un escalator…

LA PROF VIEILLE FILLE (type 2)

A quelques encablures de la retraite, la prof-toujours-célibataire est devenue bien plus réjouissante (en un seul mot). Sur Internet elle a trouvé plusieurs «âmes sœurs » et elle s’éclate le dimanche après-midi dans un thé dansant parisien à chaque nouvelle rencontre qu’elle ramène chez elle pour le dernier verre. Le lundi, le retour au tableau devient plus difficile, ce dont les élèves abusent avec la cruauté caractéristique de l’ado moyen. Elle tient pourtant le choc, se rit des menaces de mort taguées à la craie avant son entrée dans la cage aux fauves. Elle laisse supposer aux facétieux graphistes anonymes qu’elle a quelque talent en magie noire et qu’elle ne manquera pas de jeter un sort aux responsables des graffiti à l’orthographe calamiteuse. Ce qui fait blêmir Mamadou, l’auteur du « On aura ta pot, sal… » Il se promet illico d’aller consulter le marabout désenvoûteur qui exerce à Aulnay-sous-Bois. Elle fait de très longues pauses café à la récré, les yeux brillant de convoitise pour l’alléchant fessier du nouveau collègue prof de gym. Il est très joli garçon, a trente ans de moins qu’elle et lui remonte le moral. En échange de quoi, elle lui raconte des blagues grivoises, l’eau à la bouche et la main baladeuse.

LES FEMMES PROFS SONT-ELLES VRAIMENT… DES FEMMES ?

De nos souvenirs à la réalité professorale quotidienne, il y a à peine un pas. Les stéréotypes ont la peau dure et les mythes sont vivaces. Cependant, après avoir mené à bien de longues années d’études, passé -et repassé- des concours de haut niveau, la réalité « du terrain » que découvrent ces enseignantes est souvent à des années lumière de leurs rêves et de leurs illusions. Car elles sont bien des femmes, avec leur vie, leur intimité de femmes, trop souvent propulsées sans ménagement dans une jungle sauvage et oppressante. Elles travaillent alors très dur, petits soldats au service de l’Institution, tout en essayant de préserver leur intégrité féminine…

Quand votre Arthur ramènera son bulletin auquel figure un 02 souligné d’un trait rouge et rageur par sa prof d’allemand, ne vous ruez pas sur cette quiche qui a forcément votre chère tête blonde dans le nez… Cherchez plutôt à savoir votre cher ange est assis dans la classe et quel type d’élève il peut bien être.

Et vous, quel(lle) élève étiez-vous donc ?

 

Un été érotique

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  20160905_114727  On a beau vous seriner sur tous les tons qu’il est économiquement correct d’acheter français, avouez-le… Vous vous étiez précipité(e) sur…Grey dès sa parution ! Par cul-riosité, juste pour voir. Quelque soit votre alibi, vous comptez vraiment étaler votre serviette de plage aoûtienne pour vous (re ? ) plonger dans les insipides aventures pseudo SM du millionnaire fat qui excite Margot -pardon, Anastasia…- dans les chaumières ?

Sans aller jusqu’à faire des fouilles dans « l’enfer » de la B.N pour se souvenir que Anaïs Nin, Pauline Réage ou Régine Deforges ont depuis bien longtemps ouvert la voie de l’érotisme féminin, de beaux textes contemporains sont à découvrir, voire à relire, pour notre plus grand plaisir.

Voici quelques suggestions – surtout pas exhaustives – qui pourraient bien vous enchanter.

Faut-il rappeler le nom de Françoise Rey, surnommée à juste titre (les siens sont nombreux !) La grande Dame de l’érotisme ? Ou celui de Françoise Simpère ? Leur écriture est hautement excitante, raffinée, tout comme la plume si sensuelle d’Anne Bert dont « L’eau à la Bouche » ou « S’inventer un autre jour » sont de vraies perles, tout comme « Perle », son premier roman.

Qu’il s’agisse de romans, de novellas ou de nouvelles, l’éventail du choix contemporain est si large qu’il ne peut que combler la lectrice coquine qui sommeille en chacune d’entre nous.

Catherine Marx, Eva Delambre, Octavie Delvaux, Emma Cavalier, Aline Tosca, Julie Derussy, Clarissa Rivière, Noann Lyne, Alexandrine d’Aumale, Barbara Katts, Cassandra Maraval, Alexandra Di Folco… Et Julie-Anne de Sée (pour ne citer qu’elles)  ont toutes des plumes bien trempées !

Leurs ouvrages sont abondants et alléchants. Il suffit de visiter leurs maisons d’édition ou les revendeurs pour y dénicher de vraies pépites.

(Tabou, La Musardine, Blanche, Pocket, Numeriklivres, Dominique Leroy, la Collection Paulette des Édition du 38, L’Ivre-Book entre autres, Fnac, Amazon)

Et les messieurs, me direz-vous ? Au pays du divin marquis, la relève est plus qu’assurée. Qu’ils soient de vieux briscards du sexe comme Patrick Le Sage (Maître SM, aux éditions Tabou), ou bien des journalistes connus qui lorgnent du côté de leurs fantasmes pour y donner libre cours. Ainsi Philippe Lecaplain vous fera rire tout en vous émoustillant avec ses surprenantes « Dames de l’Annonce », dont il a fait une pièce jouée avec succès l’hiver dernier dans une petite salle parisienne. Les chevelures de feu deviennent obsession dans « Pourvue qu’elle soit rousse » de Stéphane Rose, La truculence amusante d’Etienne Liebig vous troublera, Denis Robert vous surprendra avec « Le Bonheur ». Vous ne pourrez qu’aimer la « Christelle corrigée » de Romain Slocombe, « Les Délices de la Duchesse » de Charles Delygne, « Les chattes » de Thomas Galley, les délicieux ouvrages de Jean-Baptiste Messier ou bien les textes de Daniel N’Guyen, Jean Zaga ou encore la poésie libertine de Galan Dorgia.

Pour en savoir davantage, consultez La Bauge Littéraire

(http://baugelitt.eu/)

Alors, et vous, lirez-vous français cet été ?

L’amour des mots en héritage

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20160724_082910Dans ma famille paternelle, on a fait les enfants à un âge déjà avancé et un étonnant décalage de générations s’est établi. Du fait des guerres, peut-être. Ainsi ma chère Mémé Sidonie aurait pu être mon arrière grand-mère, mon père mon grand-père.

J’entends encore les chansons qui me berçaient, d’une autre époque, où il était question d’amours paysannes. La « tant belle amie » s’en allait à la rivière pour y faire boire son « vieau », elle y rencontrait Pierre, le fils « à Nicolas Gerviaux » et n’en revenait pas indemne. Le sens caché m’échappait, je m’assoupissais avant la fin de l’histoire aux nombreux couplets. Sidonie chantait, comme on récite une antienne, avant d’égrener son chapelet et murmurer en roulant les r (elle était native de Sarlat) dix Je vous salue Marie d’affilée.

Mais surtout, elle faisait usage de nombreuses expressions qu’elle m’a légué et qui émaillaient ses propos. Il arrive que mes interlocuteurs en soient surpris et amusés lorsque l’une ou l’autre m’échappe encore car elles renvoient à des temps révolus, à une culture de terroir, en un langage fleuri, souvent allusif.

Les comparaisons animalières reflétaient une certaine sagesse populaire, empreinte d’un bon sens non dénué d’humour. Pour décrire quelqu’un, par exemple. D’une personne empotée, on dirait une poule qui a trouvé un cure-dent, un sot  est bête à manger du foin et mieux vaut céder aux ânes plutôt que de les battre. Une personne disgracieuse est laide à faire rater une couvée de singes. Une femme maigre est épaisse comme une limande en couches, à l’inverse et ronde on ne l’a pas engraissée à l’eau claire (allusion à la nourriture donnée aux cochons) et de celle qui est mal fagotée, sa toilette lui va comme un tablier à une vache ou elle est fichue comme l’as de pique. Un sournois est franc comme un âne qui recule, un susceptible a été vexé comme un rat sans queue, un joyeux peut être excité comme un pou sur une gale, celui qui avale de travers a dans la gorge un chat qui veut passer la queue levée. Peut-être le liquide a-t-il emprunté le trou de la prière car celui qui s’étouffe s’en est jeté un derrière la cravate ou bien en écoutant quelqu’un chanter faux dont il dit qu’ il chante mieux qu’un cheval mais court moins vite. Lorsqu’on reçoit un cadeau, il faut savoir s’en contenter car à cheval donné, on ne regarde pas la bride. Justement, quand on se contente de ce que l’on a, cela fait la rue Michel, formule empruntée aux conducteurs de fiacre.

Souvenir encore des voitures à cheval : quand le sommeil nous gagne, on a les paupières lourdes, en capote de fiacre. Les allusions sexuelles étaient adroitement dissimulées dans l’emploi des mots. Un cœur qui bat la breloque est sur le point de tomber amoureux, ce qui lui pend au bout du nez comme un sifflet de deux sous avant de faire zizi pan pan ou une fricassée de museaux sous une charmille. Alors, pour avoir les pieds en bouquet de violettes, (jouir), pas question de s’endormir sur le rôti ! (avoir un fâcheuse panne…) Cela faisait bien rire la tsitsimoriotte que j’étais alors et qui ne captait pas ces doubles-sens pourtant clairs comme de l’eau de roche.

On peut se moquer du tiers comme du quart d’avoir raté quelque chose, donc d’ être chocolat. Si l’on est conciliant, on est du bois dont on fait les flûtes, voire, on a le caractère mieux fait que la taille. À moins que l’on ne soit agacé par une situation qui fait friser les moustaches. On peut alors se consoler d’un brimborion (un petit objet dérisoire) qui ne casse pas trois pattes à un canard ou avec un bon repas et ainsi sortir son ventre de la misère, parce que ce n’est pas tous les jours fête et lendemain dimanche avant de se laisser tomber comme une poire chope (trop mûre). Toute occasion de distraction est bienvenue, faute de quoi le temps semble long comme un jour sans pain.

Le paresseux n’a guère plus de courage que de beurre à la bretelle et, indifférent, comme il fait son lit il se couche, sans doute n’importe comment, à la va comme je te pousse. S’il est totalement à côté de la plaque, répond sans rapport avec la question posée, on dira Bonjour Guillaume, Monsieur, je fauche. A moins qu’il ne se perde en divagations et qu’il en fasse six caisses et trois petits fûts, ou soit pris d’envie de meurtre en imaginant faire boire un bouillon d’onze heures …Si seulement. Mais, avec des « si », on mettrait Paris en bouteille. Ce pourquoi sans doute, si ma tante en avait, on l’appellerait mon oncle. Autre référence à connotation sexuelle, à laquelle ma mère ajoutait bien vite prévenant mes questions d’enfant curieuse:

— Des moustaches, bien sûr !

Moustaches

 

 

Chronique d’un été amer.

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Screenshot_2016-08-21-12-35-25 À Anne Bert

En relisant La Vénus à la fourrure de Leopold von Sacher-Masoch, une phrase m’a frappée : La jouissance à elle seule confère de la valeur à l’existence ; celui qui jouit quitte à regret cette vie, celui qui souffre ou subit salue la mort comme une amie.

Mon amie Anne Bert aime la vie,  jouir de tout ce qu’elle offre de bel et bon : humer le vent marin de l’océan, les petits plats dont elle est gourmande concoctés pour réunir ses amis, le partage d’un bon vin, l’amour des siens, l’amour des mots, de l’humain et de ce qu’il a de plus enfoui en lui.

Dans ses romans, ses nouvelles, elle s’est attachée à fouiller, à peindre d’une plume élégante à la langue raffinée les émois de la chair, les tourments et les bonheurs qu’elle dispense pour chacun de ses personnages, qu’il soit jeune ou vieux, homme ou femme, souvent cabossés par une destinée peu ordinaire.  Elle, l’écrivain de l’intime, qui s’est tant penchée sur la face cachée de l’individu, sans tabou, abordant les parts sombres comme les plus lumineuses, la déchéance et la maladie, l’empêchement d’être, est devenue la proie de l’une des plus effroyables « SLAlope » -comme elle la nomme- qui soit : la sclérose latérale amyotrophique, aussi appelée maladie de Charcot.

Une paralysie des muscles volontaires s’installe lentement, jusqu’à atteindre ceux de la parole, de la déglutition et de la respiration. Celui qui en est atteint se voit donc peu à peu emmuré tout vif dans son corps tandis que ses sens et son esprit lui donnent toujours à voir et éprouver ce qu’il subit. Anne aime trop la vie et elle la quittera à regret, mais n’accepte pas la torture d’une lente agonie assistée telle que la loi Leonetti le préconise. Elle veut pouvoir décider et choisir librement de mettre un terme à son emprisonnement. Elle se rendra donc en Belgique afin d’arrêter dignement trop de souffrance, pour elle-même comme pour ceux qu’elle aime. Elle n’accueillera certes pas la mort comme une amie mais ira au-devant d’elle lorsqu’elle aura décidé le moment venu.

Alors, elle ne cesse de se battre, d’user ses dernières forces afin de tenter de faire évoluer les choses puisque, en France, l’euthanasie et le suicide assisté ne sont pas autorisés. Elle livre un véritable combat, avec courage et détermination. Non pas pour elle, il est trop tard, mais pour tous ceux qui veulent pouvoir choisir en toute liberté et en toute conscience leur vie comme leur mort. Elle a adressé des courriers aux candidats à la présidentielle, multiplié les interventions dans tous les médias, parlé avec Agnès Buzyn, la ministre de la santé…*

Cet été amer aux étonnantes sautes d’humeur météorologiques sera le dernier pour Anne. Jusqu’au bout de son chemin, elle n’aura eu de cesse de vivre, d’écrire.

Le tout dernier été sera publié en octobre chez Fayard. Ce livre ne sera ni triste ni morbide et elle sait déjà qu’elle ne le verra pas paraître. Elle espère qu’il servira la cause et incitera chacun à penser sa propre fin. Par-delà cette mort annoncée, Anne nous offrira un ultime ouvrage. Puisse-t-il éveiller les consciences des politiques, des soignants, de tous ceux qui en France estiment que la loi peut et doit évoluer.

Nous sommes nombreux à épauler son engagement, Marie Godard a fait circuler une pétition, relaie sur son blog les écrits de notre amie**. Ce qui est une façon pudique de lui dire combien nous l’aimons. Un an en arrière, nous dédicacions ensemble à Villers-sur-mer, en novembre dernier, dans les Cévennes, à Saint-Ambroix. Déjà la maladie la privait de l’usage de ses mains et de ses bras, mais nous avons passé de jolis moments et partagé des rires. La vie, simplement, comme Anne l’aime tant.***Salon St Ambroix Anne

* Pour retrouver ses interviews et ses articles il suffit de taper « Anne Bert » dans un moteur de recherche.

** https://www.marie-godard.com/blog/

*** https://anneelisa.wordpress.com/

27 juillet 2017 Euthanasie

Et pour soutenir son combat, signez la pétition :

Pétition

Voir aussi ce bel article de Libération

Libération

« Les filles bien n’avalent pas ! »

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Marlène_Schiappa,_secrétaire_d'Etat_à_l'égalité_entre_les_femmes_et_les_hommes

Secrétaire d’état chargée de l’égalité entre les hommes et les femmes depuis le 17 mai 2017, Marlène Schiappa va avoir bien du pain sur la planche !

Femme de combat et de lettres, elle s’est très tôt engagée dans la vie politique tout en écrivant de nombreux ouvrages : romans, essais et travaux de recherche sur le féminisme.

Elle publie aussi chez La Musardine, pour les collections « Osez » et « Le sexe qui rit », dézinguant à tout-va et avec humour les clichés liés à la sexualité des femmes.

Voici donc une jeune femme, investie dans la vie politique et qui ose écrire… Dans le registre de l’érotisme ! Comme c’est vilain. Preuve en est, le déchaînement « bien-pensant » de certains qui tirent des scuds à tout va parce qu’elle est une femme, engagée et qui écrit sur le sexe.

Ainsi Benoît Rayski, Tartuffe dont l’article paru le 9 juillet sur le site Atlantico. Site qui se targue d’une « liberté de ton », prônée au nom de la liberté de la presse et d’expression (sic) et déclare garantir à ses lecteurs « un traitement éditorial garanti 0% grille idéologique préétablie, 0% leçons de morale ». La mission qu’il s’est fixée ? « Cerner les questions qui font avancer le récit du monde puis trouver les interlocuteurs les plus légitimes ou les plus pertinents pour y répondre ». Rayski doit donc être légitime et pertinent quand il écrit à propos de Marlène Schiappa :

— Une femme apparemment (…) folle de son corps.

ou de ses livres qu’il s’est bien gardé de lire:

— Et nous ne sommes pas loin d’y voir un appel pathétique adressé aux mâles de notre pays.

Le propos est petit, haineux, se veut humoristique en usant d’une ironie méprisante, vengeur, fanatiquement misogyne. Tout simplement à vomir.

Tout y passe : les attaques sur le physique, l’engagement politique et le poste occupé, soupçonné de ne pas perdurer, les ouvrages publiés. Il n’y a pas si longtemps, Simone Veil essuyait les pires injures, les menaces des hommes en combattant pour les femmes. Las ! Les choses ne semblent guère avoir évolué en constatant la bassesse et la sottise avec lesquelles certains hommes se permettent de s’en prendre aux femmes qui osent se battre et publier.

En 1765, Voltaire écrivait:

« Notre misérable espèce est tellement faite que ceux qui marchent dans le chemin battu jettent toujours des pierres à ceux qui enseignent un chemin nouveau. (…)

Les sots vont loin quelquefois, surtout quand le fanatisme se joint à l’ineptie, et à l’ineptie l’esprit de vengeance » *

En prenant ainsi Marlène Schiappa pour cible, quels comptes Benoît Rayski a-t-il à régler avec la gent féminine, quelle vengeance à assouvir ?

Quant à son article offensant à l’endroit de toutes les femmes, gageons qu’il ne fera pas avancer le récit du monde

* Voltaire, Dictionnaire philosophique, L, Lettres, gens de Lettres ou Lettrés

Garnier-Flammarion, p. 254-255

A écouter…

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Quelques extraits enregistrés, à écouter,

pour découvrir

mes textes et ma voix, si ce n’est déjà fait.

Montez légèrement le son, baissez l’abat-jour…

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JE SUIS BRIGITTE

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French president-elect Emmanuel Macron (C), his wife Brigitte Trogneux (2ndR), her daughter Tiphaine Auziere (2ndR) and the latter's husband Antoine Choteau (R) greet supporters in front of the Pyramid at the Louvre Museum in Paris on May 7, 2017, after the second round of the French presidential election. Emmanuel Macron was elected French president on May 7, 2017 in a resounding victory over far-right Front National (FN - National Front) rival after a deeply divisive campaign, initial estimates showed. / AFP PHOTO / Eric FEFERBERG

J’ai la faiblesse de croire en l’Homme et qu’il peut devenir meilleur, en ce qu’il peut faire de grand et de beau dans un esprit de tolérance, de respect de l’autre dans toutes ses différences, en sa capacité à s’ériger contre tout extrémisme dévastateur et gorgé de haine.

Je me suis gardée d’exposer mes opinions, réservant au secret de l’isoloir ce qu’en conscience et par devoir citoyen je pense le meilleur pour mon pays.Parce que je suis aussi citoyenne d’une France où le droit de vote accordé aux femmes n’a que dix ans de plus que la nouvelle Première Dame…

Je n’ai pas mêlé ma voix au concert de tous ceux qui ont déversé des flots d’injures à l’endroit des candidats de tous les bords, inondant les réseaux sociaux de propos de café du commerce où, à l’heure du jaune et du tiercé, on refait le monde, sûr de détenir la vérité d’un individualisme forcené qui se veut bien-pensant. Chacun ne voyant que par le bout de son seul quant-à-soi ce qu’il croit être la panacée à tous les maux et saura surtout préserver ses droits en oubliant ses devoirs. Sans réflexion, sans le simple bon sens qui permet un esprit critique en toute connaissance de cause. A faire se retourner Voltaire a sa tombe, comme tous ceux qui ont tenté de faire de la France une nation éclairée. Les beaux esprits, au sens noble du terme, ceux qui réfléchissent, analysent, semblent s’être fait la malle au profit de meutes beuglantes qui applaudissent aux éructations du premier venu qui promet que le jour du grand soir on va raser gratis. Et pour mieux attaquer l’autre que l’on pendrait volontiers haut et court en Place de Grève, on attaque son épouse en vomissant à longueur de « posts » assassins des propos aux relents nauséabonds de dégueulis de poivrot. Tout simplement parce qu’elle n’est plus une perdrix de l’année et de vingt ans l’aînée de son mari…

A l’inverse et curieusement, que la compagne de cet autre candidat soit de vingt ans sa cadette n’a jamais suscité le moindre commentaire. Il semble qu’au regard du machisme ambiant, cela soit pour lui plutôt flatteur. Pour faire court : un homme mûr qui séduit une jeune femme passe pour un Don Juan alors qu’une femme mature qui ose aimer un homme plus jeune qu’elle ne peut être qu’une salope… De plus, si la dame a atteint la soixantaine, on se déchaîne et se gausse d’autant plus, en gorges chaudes d’une vulgarité à crever.

Peu importe qu’elle ait la tête mieux faite qu’une star de téléréalité à la une des mags « pipole » qui font le bonheur des midinettes au Q.I de bulot, elle n’en a plus la plastique (quoique…) et ses ride attestent du temps l’irréparable outrage.

Décidément, on tombe bien bas. On vocifère et pérore à l’envi sur la « cougar » devenue Première Dame de France aux côtés de son si jeune mari !

J’ai honte. Honte qu’en 2017 dans mon pays une femme soit ainsi traînée dans la boue d’un machisme persistant et ordinaire qui se croit malin et drôle. Cela ne m’amuse pas, cela m’inquiète. Ce n’est pas du féminisme mais une constatation affligée. Fi de l’être ! Le paraître et l’âge si vilainement raillés prévalent, comme si la seule jeunesse d’une femme était garante de sa valeur. Alors, parce que j’ai, comme tant d’autres de mes amies écrivains, artistes, femmes engagées -que je ne citerai pas- bien des points communs avec Mme Macron, je veux encore croire que l’intelligence, de l’esprit, du cœur, le respect de l’autre peuvent encore exister et l’emporter sur l’imbécillité la plus crasse.

Finalement, n’est-ce pas de cela dont il s’agit ? La sottise (C majuscule), déclencheur de la haine de l’autre quel qu’il ou elle soit parce qu’il -elle- sort des rails d’une pseudo « norme ». L’autre, différent par la couleur de sa peau, ses croyances, son sexe et son orientation sexuelle est rejeté, maintenant, il va falloir ajouter l’âge à la triste liste des altérités méprisables…

Toute femme est respectable, à fortiori dans une société qui se clame démocrate et tolérante.

Comme Brigitte, j’affiche aussi une soixantaine d’années au compteur. Alors, maintenant, vais-je pour autant devenir une petite vieille à remiser au fin fond du placard d’une maison de retraite ?

L’ACTU DE MAI

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dédicace
Vous n’avez pu venir me retrouver sur le salon du livre de Paris ?
Je dédicacerai mes livres le 24 mai prochain,
de 17h30 à 19h30, au bar L’AGE D’OR dans le 13ème arrondissement.
J’espère le plaisir de votre visite ! Save the date, à très bientôt .
D. Verso

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« En mai… Fais ce qu’il te plaît ! »

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20170413_113537En avril, ne te découvre pas d’un fil

mais en mai…

En ce début de printemps qui se la joue été, les projets prennent forme, les doigts courent sur le clavier, l’agenda se remplit !

Au joli mois de mai, des dates sont à retenir !

Les musiciens et autres mélomanes me retrouveront à Neuilly, le Mercredi 17 mai à 20h30 pour y entendre  Traviata de Verdi en version concert donnée par le chœur

ECCE CANTUS accompagné par l’orchestre Hélios, dirigés par Olivier Kontogom 20170308_221626

à l’Espace Loisirs 167, 167 avenue Charles de Gaulle à Neuilly sur Seine

Les solistes seront : Sylvie Chevallier (Violetta), Yanis Benabdallah (Alfredo), Marc Souchet (Germont) et Nathalie Espallier (Flora)

Prix des places : 28 € à la billetterie du Théâtre, le soir du concert ou à la FNAC

 

 

Le  jeudi 18 mai pour changer de style, ce sera du rock ! Sur la péniche l‘ANTIPODE. Le groupe BAD STORIES y donnera un concert, à réserver d’urgence, les places sont limitées !

première partie : WJC (blues / rock) Inspiré de beaucoup d’univers musicaux comme la funk, le rhythm’n’blues…

banniereevent1 Baad Stories

 

Bad Stories (Blues / ROCK)
Bad Stories est né de la rencontre entre Jean-Baptiste Heuclin et Tom Guillouard en 2014, instantanément devenus proches grâce à la musique Blues. Quelques semaines plus tard, cinq chansons étaient écrites et Bad Stories était né. Puis, le premier Live acoustique devant une salle comble conforta les deux musiciens dans leur envie d’aller toujours plus loin.
Aujourd’hui Fabien Buchner, à la basse et Jeremy Dosset à la batterie ont rejoint Bad Stories. Ils ont donné de nouvelles perspectives d’écriture et une nouvelle façon d’aborder les concerts.
www.facebook.com/BadStori3s/

 

Tarif: 12 euros. Auparavant, BAD STORIES se sera produit le 5 mai au CANDY SHOP

127 rue Saint-Maur à Paris (11ème)

Antipode

 

Les amis parisiens viendront me retrouver le mercredi 24 au café-restaurant l’AGE D’OR, au cœur du quartier chinois où je les retrouverai et dédicacerai mes livres.

(Carrefour Avenue de Choisy / rue de Tolbiac, après le square de Choisy)

Age d'Or

Du bonheur dans la soumission, un récit puissant d’Eva Delambre

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Ce cinquième opus de la saga BDSM d’ Eva Delambre Marquée au Fer* a été annoncé comme un récit particulièrement sulfureux, réservé à un public (très) averti. En effet, son auteur dévoile des pratiques sadomasochistes extrêmes. Maître Tesamo qui préface l’ouvrage reprend les précautions oratoires adressées au lecteur et dont Eva elle-même parsème le texte : « On va crier, hurler contre cette débauche, ces tourments répétés (…) on jugera l’auteure et les pratiquants du SM de déments et de malades… »  Dit-il. Elle répète souvent au fil de la narration : « Certains ne comprendront jamais ce monde… Peu de gens peuvent comprendre… Si peu de gens pouvaient comprendre ce genre de chose… Je sais que ça peut sembler incompréhensible… Je sais que peu sont à même de comprendre mais ça m’est égal. » Toutefois, tout ce très long récit n’est qu’un roman, l’histoire de Hantz, un Maître, et de celle dont il déclare publiquement :

« Laura est ma plus belle histoire. Elle est mon esclave, ma soumise. » (P 490)

Le lecteur vanille qui s’offusquerait de certaines perversités, paraphilies ou autres pratiques SM n’a qu’à passer son chemin, Sade reconnaîtra les siens, que diable !

Ce qui est décrit : toute la violence donnée et reçue, pour le plus grand bonheur de l’un et de l’autre. Le tout dans des règles très strictes de respect mutuel. Ensemble, Hantz et Laura vont repousser toutes leurs limites, en une addiction et une quête de ce qu’elle nomme « besoin d’encore », « de toujours plus » et qui lui, le fait bander et leur procure d’intenses sensations. On est dans le pur sadisme, le plaisir de faire mal, et le masochisme exacerbé depuis toujours. Laura sait que cela remonte à l’enfance, elle a toujours été ainsi. La jouissance est puisée dans la douleur infligée et l’exacerbation de celle reçue, dans cette quête du  » subspace « , cet état de conscience modifié où celui qui jouit dans la souffrance s’évade.

Ces deux « élus » se sont trouvés, l’une se donne « vie, corps, esprit et âme » à celui qui va en faire sa créature. On n’est pas dans le jeu, ni dans une romance teintée des gentils coups de cravache sous lesquels se pâme la jeune vierge effarouchée amoureuse du millionnaire. On entre là dans le SM le plus dur, le plus extrême, celui que seuls quelques initiés peuvent réellement pratiquer en toute connaissance de cause. L’auteure est elle-même une « soumise de qualité » (dit son Maître dans sa préface), elle connaît les arcanes de ce monde clos et sait mettre en mots ses propres fantasmes.

Au-delà des descriptions des séances, on perçoit vite une forme de mysticisme, avec tous ses symboles, ses rituels initiatiques, ses engagements, ses termes particuliers.

Le Maître est le démiurge qui crée et façonne sa créature jusqu’à la rendre parfaite. Elle est toute « abnégation » – le terme revient sans cesse comme un puissant leitmotiv –  reconnaissante de son appartenance, fière du tout-pouvoir qu’elle lui concède en se donnant à lui et qu’il exerce dans la plus dure fermeté. Cela implique une ritualité, une scénographie qui se joue entre eux seuls ou devant d’autres initiés, les pratiques étant vécues comme un acte sacré. C’est ce qui frappe (si l’on peut dire) dans ce roman : le champ lexical religieux largement employé pour mieux faire appréhender ce qui se joue dans une relation SM, en particulier lorsque Laura s’exprime :

 » Je touche au mystique…une messe noire, un rite interdit… au fond d’une crypte, offerte en sacrifice sur un autel… cierges… chants grégoriensMon seigneur »

La construction littéraire intéressante, avec une scène d’ouverture puissante, donne à suivre les personnages, chapitre après chapitre dans les méandres de leurs actes posés (les séances, les pratiques) et de leur psychologie. L’héroïne s’exprime au « je », les pensées du Maître sont rapportées par un narrateur omniscient, comme si l’auteure n’avait pas osé prendre la parole en lieu et place du dominant. A tour de rôle, chacun exprime ses réflexions, ses ressentis, ses joies, ses remises en question parfois, jusqu’à ce que l’évidence l’emporte. Devient-on sadique ou masochiste ? Pour Hantz et Laura, la réponse est négative : on le sait depuis toujours, jusqu’à ce que l’on s’accorde enfin le droit d’y donner non seulement libre cours mais du sens. Rien n’est innocent dans ce type de relation, tout est codifié, réfléchi. On ne peut s’improviser Maître ou soumise. C’est le fruit d’un apprentissage auprès de pairs plus expérimentés pour l’un, d’un dressage intransigeant et sévère pour l’autre. A ces seules conditions les désirs de faire mal et de subir la douleur pourront se rencontrer pour être sublimés dans les pratiques qui forgeront l’attachement réciproque.

Le style, auquel Eva Delambre a habitué ses lecteurs dans ses précédents ouvrages est, simple, presque parlé, parfois incisif et très itératif dans le choix du vocabulaire. Il n’exclut pas la nécessaire crudité des mots pour décrire les ressentis et les émotions de Laura. On ne peut éviter de penser à Vanessa Duriès, à Florence Dugas, voire aux rituels tauromachiques où l’on flirte avec la mort, où le sang coule, parfois à flot, tout comme l’adrénaline dans celui de Laura quand les aiguilles transpercent sa peau ou quand le fouet vient la marquer, à tout ce qui a trait à la chair martyrisée, aux grandes figures religieuses qui jamais n’abdiquent et offrent leur corps aux lions ou aux flèches plutôt que renier leur Dieu.

Alors, que l’on appartienne au monde vanille ou que l’on soit familier du SM et de ses séances, ce récit peut en effet heurter la sensibilité de certains. Il ne peut être mis entre toutes les mains. Cependant, il n’appartient à personne de juger autrui sur ses choix de vie ni de ce à quoi il s’adonne pour les satisfaire. Ce roman est un beau livre, qu’il faut aborder comme une fiction. Particulière, certes, mais qui lève le voile sur un autre monde en narrant trois années de l’histoire d’un couple aux addictions hors normes, au-delà du sentiment amoureux et qui ne se finit pas…

Julie-Anne de Sée.

 

* Eva Delambre  » Marquée au Fer  » (494 pages)

Editions TABOU mars 2017

 

 

 

Un mois de mars en folie !

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"ALICE IN WONDERLAND"Final Film Frame©Disney Enterprises, Inc. All Rights Reserved.

« ALICE IN WONDERLAND »

Le lièvre de mars a dû passer par là car l’agenda s’est rempli à une allure vertigineuse !

Des rencontres, des dédicaces, du théâtre… Récapitulatif.

mardi 7 mars : au Théâtre de Saint-Maur,

Ces Dames de l’Annonce reviennent !thumbnail_CDA AFFICHE (2)

Nous jouerons également la drolatique pièce de Philippe Lecaplain

les jeudi 16, 23 et 30 au Théâtre Clavel. (Paris 19ème, Métro Pyrenées)

Théâtre Clavel

Venez rire et vibrer avec nous !

 

– Dans la « Famille Artistes », je demande… ma fille. Anne-Estelle chantera dans le magnifique chœur ECCE CANTUS le mercredi 8 mars en l’église Saint-Louis-en-l’île à Paris.

Au Concert AEVprogramme: Stabat Mater de Dvorak. Une merveille…

 

jeudi 9 mars : Martine et J.P nous recevront, Philippe Lecaplain et moi-même dans leur antre de toutes les tentations :

               METAMORPH’OSE, 49 rue Quincampoix, à Paris (75004).
Nous y dédicacerons nos livres de 16h à 19h et donnerons au cours de cet après-midi un extrait de Ces Dames de l’Annonce ! Venez nombreux nous y retrouver.

Metamorph'Ose

 

du 24 au 27 mars: Salon du Livre de Paris. Je vous y attendrai sur le stand des

éditions TABOU, passez donc me rendre visite…salon-du-livre-à-Paris-2017

 

Samedi 25 mars, 20h30. Vous aimez la littérature érotique, vous rêvez d’en rencontrer des auteurs de façon très conviviale ? Marie-Laure et Gaëlle l’ont fait, nous vous retrouverons au restaurant pour une soirée très sympathique ! Allez vite sur la page Facebook dédiée en cliquant sur le lien

    Page Facebook évènement

 

Déjà avril pointe le bout du nez. Toujours dans la « Famille Artistes », cette fois-ci je demande mon fils : Jean-Baptiste se produira avec son groupe BAD STORIES le samedi 15 au Gambetta Club, 104 rue de Bagnolet, Paris (75020) Good vibes assurées ! On s’en reparlera…

Bad Stories (2)

Il n’est jamais trop tard pour tenter… de nouvelles expériences !

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Anne-Charlotte, la duchesse. Sa Dame de cœur...

Anne-Charlotte, la duchesse. Sa Dame de cœur…

Quand Philippe Lecaplain m’a demandé d’incarner sur une scène deux des personnages de sa pièce Ces Dames de l’Annonce, j’ai cru qu’il plaisantait. Jamais je n’avais fait de théâtre, si ce n’est incarner un « chou » dans le spectacle de fin d’année de mon école primaire sur l’air de « Savez-vous planter les choux ».

De plus, je ne suis plus une perdrix de l’année. Depuis que j’ai fêté mes 50 ans, j’ai arrêté la comptabilité, histoire de faire la nique au temps. Il n’empêche, il passe…

Au vu de mon grand âge, serai-je encore capable de mémoriser un texte ? Certes, j’ai encore en tête des vers de Baudelaire, d’Aragon, de Barbara, Brassens, des tirades de classiques… Mais là, il fallait apprendre tout autre chose. Ensuite, se glisser dans la peau d’un huissier coquin et d’une duchesse ménopausée mais néanmoins frétillante à l’idée de s’encanailler en vivant des amours ancillaires illégitimes…

J’avais donc bien l’âge du rôle, et si je ne me lançais pas dans cette aventure maintenant, lorsque je ne pourrai plus le faire en raison des « irréparables outrages » infligés par les années qui dorénavant comptent double, je suis prête à parier que j’en cultiverai regrets et remords. Vilains mots, vilaines postures qui ne me ressemblent pas. On peut vivre avec ses souvenirs, heureux ou malheureux, sans pour autant se lamenter avec des « si j’avais su », « j’aurais dû » qui ne sèment qu’alacrité et aigreur.

J’ai donc relevé ce défi avec mes petits camarades et vogue la galère ! Après une année de préparation, répétitions, doutes, franches rigolades, et enfin l’envie commune de cette aventure, nous avons enfin pu jouer notre pièce ! Notre « troupe » comprend 5 acteurs dont 3 qui n’étaient jamais montés sur scène. Aussi est-ce avec une certaine appréhension que nous avons donné notre « Première » le 30 janvier 2017, au théâtre Clavel à Paris. Je l’avoue, un trac terrible, mais une fois face au public, la magie opère. Les personnages de Ces Dames sont drôles, le texte souvent très léger, les gens réagissent en riant, parfois si fort que cela devient communicatif, fou-rire irrépressible assuré !

Nous poursuivons donc sur notre lancée, heureux et fiers d’avoir mené à bien ce défi. Nous serons en mars à nouveau « sur les planches »: le 7 au théâtre de Saint-Maur, puis à nouveau au théâtre Clavel les jeudi suivants du même mois. Alors, à très vite !

N’oubliez pas de réserver: Billetreduc

Isabelle, l'huissier de justice

Isabelle, l’huissier de justice