Baiser d’amour, baiser d’extase…

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lebaiser_1859 HayezAh le baiser… Qui ne se souvient du tout premier donné et reçu ? Celui qui ne s’oublie jamais, dont on a gardé intacts en mémoire le goût, la saveur, le plaisir, l’émotion suscitée de la découverte, l’émoi ressenti tandis qu’une langue, habile ou maladroite, franchissait les lèvres pour un envahissement troublant, prélude à d’autres jeux.

D’ailleurs, le verbe baiser a plusieurs définitions : Poser ses lèvres sur quelqu’un, quelque chose, en signe d’affection, d’amour, de respect , avoir des relations sexuelles avec quelqu’un et en langage populaire, il devient synonyme de tromper, duper, ce qui est paradoxal et remarquable dans le glissement de sens ! (Dictionnaire Larousse)

Curieusement, il apparaît que la littérature érotique se soit peu emparée du baiser, préférant sans doute aller droit au but dans le cash de la description de la « baise », dérivé de baiser… Qu’il soit doux, tendre, moelleux, long, émouvant, troublant, torride, langoureux, amoureux, fripon, fougueux, passionné, il est une étape incontournable souvent allègrement franchie pour que les langues aillent fouiner ailleurs. D’ailleurs, n’est-il pas remarquable que cette langue, en embrassant, devient sexe, sans cesser pour autant d’être « gustative et loquace »*. De fait, elle se fait sexe unique, hermaphrodite, le même pour les deux amants. Initiateur du désir, le baiser déclenche simultanément deux fonctions vitales : alimentaire et sexuelle.

L’ expression manger, dévorer de baisers prend alors tout son sens.

Tous ces baisers profanes sont proches du baiser sacré, qui ouvre la voie à l’extase mystique. Gautier de Coincy raconte que Marie apparut une nuit à ce sacristain qui lui était tant dévoué. En larmes, il sollicita de la visiteuse l’honneur de baiser ses pieds saints, ce à quoi elle répondit :

—  que jamais ne touche mes pieds ta sainte bouche (…), mais en ma face colorée, beau doux ami, me sied et me plaît que ta belle bouche me baise.

Extase de Ste Therese Bernin 2Les grandes mystiques européennes, expertes en baisers, sont allées plus loin dans les récits de leurs extases que les poètes. Ainsi, la « bienheureuse » italienne Marguerite de Faenza (XIIIè siècle) était coutumière des baisers bouche à bouche avec le Christ. Comme à la même époque Angèle, qui retrouvait dans la tombe son Amour, Jésus, pour un baiser sur la bouche, scellant l’union spirituelle par l’union charnelle. Toutefois, la sexualité des religieuses ne serait pas matière humaine mais divine. Ce sur quoi les ecclésiastiques ne sont guère loquaces, taisant les ardeurs et les emportements livrés dans le secret de la confession ! Pourtant, le seizième Livre du Cantique des Cantiques dans la Bible est un ode à la sensualité qui s’ouvre sur cette célèbre apostrophe :

— Qu’il me baise des baisers de sa bouche ! (I – 2)

Comment en est-on donc venu à réprimer le baiser ? Dans l’Italie du XVIè siècle, un baiser volé pouvait à Florence entraîner l’exil ou la prison, et un siècle plus tard à Naples, c’est la décapitation que l’on encourait pour un baiser ! Heureusement, quelques téméraires bravèrent les interdits pour célébrer les plaisirs de la chair et des sens. Ainsi, Louise Labé, -au nom prédestiné pour une pécheresse !- dans ses Sonnets et Elégies ou Débat de folie et d’amour, osa donner une voix féminine à la flamme amoureuse:

« Baise m’encor, rebaise-moi et baise;

donne m’en un de tes plus savoureux;

donne m’en un de tes plus amoureux,

je t’en rendrai quatre plus chauds que braise. »

Et pour vous, qu’est-ce que le baiser ? Je crois, avec Maupassant que

« Le baiser est la plus sûre façon de se taire en disant tout. »

* Alexandre Arribas, Petite histoire du baiser (éditions Nicolas Philippe, mai 2003)

Illustrations : Hayez, Le Baiser (1859) Gian Lorenzo Bernini : Extase de Sainte Thérèse, détail

Église Santa Maria Della Vittoria de Rome

 

 

Les tabous ont la vie dure !

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PhilaeWEBLa littérature érotique s’étale aux vitrines des librairies, aux rayons livres des grandes surfaces, voire parfois sur les affiches du métro parisien. Et pourtant…

Il se trouve que j’avais été conviée sur un salon du livre en province. Bien sûr, on me demande quelles sont mes publications récentes susceptibles d’être en relation avec le thème de l’année, à savoir « Biographie et Autobiographie ». Puisque Philae d’îles en ils, récit biographique romancé de Danaé B. que j’ai mis en mots vient de paraître (Éditions du 38, collection Paulette), je m’étais empressée de répondre favorablement à l’invitation, ravie à l’idée de présenter ce livre qui concorde parfaitement avec le sujet choisi par les organisateurs.

Las ! Cet ouvrage sent le soufre à plein nez ! L’héroïne, inconditionnelle du sexe -balançant de l’un à l’autre- narre un exceptionnel road-trip, au cours duquel elle s’adonne à tous les plaisirs, y compris ceux qui conduisent aux portes de l’enfer. Il s’agit donc d’un livre entrant dans la catégorie « érotisme ». Le mot est lâché, rien ne va plus.

Je suis donc priée de ne plus venir, car « le comité lecture a systématiquement écarté toutes les biographies ou autobiographies relevant de la littérature érotique. »  (sic)

Avec des précautions oratoires exquises des plus louables, on m’explique que le public est « familial« ,  » de tous âges« , et qu’il serait donc inconvenant que la bio  « d’une telle personne » puisse choquer les habitués du salon. Impossible de m’accueillir avec « ce genre de littérature » (re sic)

Je me suis donc empressée d’effacer de ma page Salons et Dédicaces l’annonce que j’y avais faite de cette manifestation à venir. Hors de question d’embarrasser qui que ce soit avec un livre par trop diabolique ! Cependant, je m’interroge : on n’a jamais autant exposé le sexe et le cul, mais il ne faut surtout pas proposer ce qui semble toujours être considéré comme un sous-genre littéraire. Je ne suis pas chagrine d’être empêchée de participer à un salon, mais très contrariée (euphémisme) de la persistance de tabous qui entravent toute liberté de choix des lecteurs et relèguent au cachot, comme le furent jadis Sade, Casanova, Wilde, tout récit à « connotation sexuelle explicite ».

Ôtez-moi d’un doute : ne sommes-nous pas au vingt-et-unième siècle, en 2017 ?

tabou

C’est la rentrée, Vive les Femmes Profs !

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rentrée prof-sexyNous avons toutes traîné nos fonds de jeans sur les chaises d’un lycée aux côtés de condisciples mâles. Souvenez-vous… Quelle place occupaient-ils, et vous, où étiez-vous assises pendant les cours au tournant des années 90 ?

Les fortes-en-tout -dont vous faisiez forcément partie- étaient groupées côté couloir, le stylo vissé dans la main. A l’opposé, côté cour, les joyeux rêveurs se situaient plutôt vers les dernières rangées, un œil à la fenêtre surveillant l’extérieur, l’autre balayant en panoramique l’ensemble de la classe. De ces places privilégiées, qui, comme eux, n’a jamais balancé dans le dos du prof l’avion en papier portant l’inscription pleine d’humour : « Tartebatte, t’as du poil aux pattes » ? Quant aux chaises du premier rang central, elles étaient squattées à l’année comme des prie-Dieu dans une église par quelques pimbêches amoureuses du prof de physique.

Les mecs, selon les cours, les en délogeaient régulièrement pour leur piquer la place.

Parce que les profs, eux, dans leur grande majorité étaient -et sont restés- des FEMMES ! C’est en fonction du type de femme-prof que l’occupation de l’espace classe fluctue. Tel le dompteur ou la petite souris, c’est en sautant d’un pied léger ou en gravissant péniblement la marche de l’estrade que LA prof fait son entrée pour officier une heure durant. Non, toutes les enseignantes de mathématiques ne sont pas des binoclardes perdues dans leurs théorèmes. Certaines sont même de vraies bombes ! Ne soyez donc pas étonné(e) que votre Alexandre soit devenu accro à une matière qu’il avait jusqu’alors tout autant ignorée que sa Sophie-la-girafe, conservée  dans votre boîte à reliques avec une tendresse fervente.

LA PROF SEXY

A la fin des nineties, pourquoi Romain, Guillaume ou David se ruaient-ils comme des lions prêts à bouffer des chrétiens dans l’arène sur la rangée du milieu quand Mademoiselle Martin, fraîchement agrégée de maths, arrivait en cours ? Parce qu’elle avait dans la silhouette du Claudia Schiffer mâtiné de Cindy Crawford. Quand elle ôtait son imper, le taux de testostérone passait en alerte rouge chez les joyeux potaches de sexe mâle. Tout juste s’ils ne se mettaient pas à hurler en tapant sur leur table, genre loup de Tex Avery devant sa pin-up.

Peu frileuse, la blonde matheuse arborait hiver comme été un t-shirt moulant et décolleté sur un généreux 95 C, pigeonnant dans son Wonderbra. Souvent rose fuchsia ou vert anis, le haut contrastait joliment avec son jean en denim bleach qui lui faisait un cul d’enfer ou sa mini-jupe de daim noir. Comme elle n’était pas très grande, elle devait se hisser sur la pointe de ses escarpins en levant les bras pour commencer sa démonstration tout en haut du tableau.  C’était à cet instant précis que Romain devenait cramoisi et laissait tomber son crayon. L’objet malicieux roulait par hasard hors de sa portée, au pied de l’estrade, l’obligeant à ramper pour le récupérer… Quand Miss Martin, bonne fille, se baissait à son tour en tournant le dos à la classe pour le ramasser, les autres garçons du premier rang frisaient le coup de sang. En dépit d’un courrier au proviseur demandant à conserver leur prof en terminale, ce fut Madame Labory qui vint les préparer au Bac. Vite surnommée Le Mètre Cube, sexagénaire et auvergnate d’origine, elle devait accuser sans forcer les cent vingt kilos au pesage pour un mètre cinquante-cinq. Quand elle déclara d’entrée de jeu à la classe atterrée, accent rocailleux en prime : « Je suis les norrrrmes mathématiques », la phrase fut interprétée au vol, déclencha un fou-rire général suivi d’une généreuse distribution d’heures de colle.

LA PROF NOUNOU

Presque aussi sexy que la précédente, elle se taille un certain succès. Souvent mariée dans le civil, parfois pourvue de marmaille, elle a entre trente-cinq et quarante-cinq ans. Son engagement très affectif, auprès de ses élèves donne à penser aux garçons qu’il s’agit peut-être d’une cougar. Elle se garde bien de démentir cette rumeur, relayée chez ses collègues par Radio-Vipère. Elle fait surtout office d’assistante sociale, de nounou, d’infirmière, de psy, accessoirement de prof. De lettres ou de langue vivante. Océane, de 1ère 4, par exemple, ne sait toujours pas écrire trois phrases cohérentes sans aligner une douzaine de fautes. Par contre, elle a été sauvée de la déprime dans laquelle elle commençait à plonger quand ce salaud de Valentin l’a plaquée pour une pouffe de Terminale E. C’est Madame Edouard qui lui a prêté ses kleenex et une oreille attentive pendant une heure  pour la dissuader de mettre fin à ses jours, dans la salle des profs. Vide bien sûr puisque les autres profs, eux, faisaient cours sans imaginer le drame qui s’était joué à leur insu. Les élèves de 1ère 4, délaissés pendant ce temps, avaient tiré les rideaux, éteint la lumière  pour écouter « La Isla Bonita » à donf. Le CPE y avait alors dû faire une intervention musclée car des effluves suspects qui ne sentaient pas que le tabac blond étaient parvenus jusqu’à son bureau.

LA PROF VIEILLE FILLE (type1)

La jeune prof célibataire est l’un des fleurons de l’Ed. Nat. (traduisez Éducation Nationale). Ce prof n’a aucun sex-appeal, pas d’enfants, pas de mari, pas de copain, parfois quand même une vieille maman. Ou un chat. Elle s’investit totalement dans son métier pour lequel son abnégation est sans limites. Elle s’est fixé une Mission. Elle est la Jeanne d’Arc de la SVT, la Charlotte Corday de la Physique-Chimie. Vêtue d’un sempiternel tailleur copie-de-Chanel qu’elle a confectionné de ses blanches mains -la couture est son seul hobby, son unique plaisir solitaire- . Elle fait entendre haut et fort la voix de SA matière scientifique. Pour totaliser ses dix-huit heures de cours hebdomadaires, elle exerce son sacerdoce dans six classes, chacune comptabilisant un peu plus de trente élèves. Non seulement elle les connaît tous, mais encore elle leur fait hanter régulièrement ce haut lieu de pèlerinage qu’est pour elle la Cité des Sciences. Aucune expo n’échappe à sa conscience professionnelle, au grand dam de ses collègues qui cherchent leurs élèves partout quand ils sont en « sortie pédagogique ».  Elle termine l’année comme un marathon, le teint livide, au bord de la syncope. Mais elle a accompli son sacro-saint Devoir. Même si elle s’est vengée en baissant toutes les moyennes parce que pour les élèves, le plus chouette, à la Villette, c’était le bar. Où ils étaient allés s’empiffrer de sucreries et de coca après l’avoir semée au détour d’un escalator…

LA PROF VIEILLE FILLE (type 2)

A quelques encablures de la retraite, la prof-toujours-célibataire est devenue bien plus réjouissante (en un seul mot). Sur Internet elle a trouvé plusieurs «âmes sœurs » et elle s’éclate le dimanche après-midi dans un thé dansant parisien à chaque nouvelle rencontre qu’elle ramène chez elle pour le dernier verre. Le lundi, le retour au tableau devient plus difficile, ce dont les élèves abusent avec la cruauté caractéristique de l’ado moyen. Elle tient pourtant le choc, se rit des menaces de mort taguées à la craie avant son entrée dans la cage aux fauves. Elle laisse supposer aux facétieux graphistes anonymes qu’elle a quelque talent en magie noire et qu’elle ne manquera pas de jeter un sort aux responsables des graffiti à l’orthographe calamiteuse. Ce qui fait blêmir Mamadou, l’auteur du « On aura ta pot, sal… » Il se promet illico d’aller consulter le marabout désenvoûteur qui exerce à Aulnay-sous-Bois. Elle fait de très longues pauses café à la récré, les yeux brillant de convoitise pour l’alléchant fessier du nouveau collègue prof de gym. Il est très joli garçon, a trente ans de moins qu’elle et lui remonte le moral. En échange de quoi, elle lui raconte des blagues grivoises, l’eau à la bouche et la main baladeuse.

LES FEMMES PROFS SONT-ELLES VRAIMENT… DES FEMMES ?

De nos souvenirs à la réalité professorale quotidienne, il y a à peine un pas. Les stéréotypes ont la peau dure et les mythes sont vivaces. Cependant, après avoir mené à bien de longues années d’études, passé -et repassé- des concours de haut niveau, la réalité « du terrain » que découvrent ces enseignantes est souvent à des années lumière de leurs rêves et de leurs illusions. Car elles sont bien des femmes, avec leur vie, leur intimité de femmes, trop souvent propulsées sans ménagement dans une jungle sauvage et oppressante. Elles travaillent alors très dur, petits soldats au service de l’Institution, tout en essayant de préserver leur intégrité féminine…

Quand votre Arthur ramènera son bulletin auquel figure un 02 souligné d’un trait rouge et rageur par sa prof d’allemand, ne vous ruez pas sur cette quiche qui a forcément votre chère tête blonde dans le nez… Cherchez plutôt à savoir votre cher ange est assis dans la classe et quel type d’élève il peut bien être.

Et vous, quel(lle) élève étiez-vous donc ?

 

Un été érotique

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  20160905_114727  On a beau vous seriner sur tous les tons qu’il est économiquement correct d’acheter français, avouez-le… Vous vous étiez précipité(e) sur…Grey dès sa parution ! Par cul-riosité, juste pour voir. Quelque soit votre alibi, vous comptez vraiment étaler votre serviette de plage aoûtienne pour vous (re ? ) plonger dans les insipides aventures pseudo SM du millionnaire fat qui excite Margot -pardon, Anastasia…- dans les chaumières ?

Sans aller jusqu’à faire des fouilles dans « l’enfer » de la B.N pour se souvenir que Anaïs Nin, Pauline Réage ou Régine Deforges ont depuis bien longtemps ouvert la voie de l’érotisme féminin, de beaux textes contemporains sont à découvrir, voire à relire, pour notre plus grand plaisir.

Voici quelques suggestions – surtout pas exhaustives – qui pourraient bien vous enchanter.

Faut-il rappeler le nom de Françoise Rey, surnommée à juste titre (les siens sont nombreux !) La grande Dame de l’érotisme ? Ou celui de Françoise Simpère ? Leur écriture est hautement excitante, raffinée, tout comme la plume si sensuelle d’Anne Bert dont « L’eau à la Bouche » ou « S’inventer un autre jour » sont de vraies perles, tout comme « Perle », son premier roman.

Qu’il s’agisse de romans, de novellas ou de nouvelles, l’éventail du choix contemporain est si large qu’il ne peut que combler la lectrice coquine qui sommeille en chacune d’entre nous.

Catherine Marx, Eva Delambre, Octavie Delvaux, Emma Cavalier, Aline Tosca, Julie Derussy, Clarissa Rivière, Noann Lyne, Alexandrine d’Aumale, Barbara Katts, Cassandra Maraval, Alexandra Di Folco… Et Julie-Anne de Sée (pour ne citer qu’elles)  ont toutes des plumes bien trempées !

Leurs ouvrages sont abondants et alléchants. Il suffit de visiter leurs maisons d’édition ou les revendeurs pour y dénicher de vraies pépites.

(Tabou, La Musardine, Blanche, Pocket, Numeriklivres, Dominique Leroy, la Collection Paulette des Édition du 38, L’Ivre-Book entre autres, Fnac, Amazon)

Et les messieurs, me direz-vous ? Au pays du divin marquis, la relève est plus qu’assurée. Qu’ils soient de vieux briscards du sexe comme Patrick Le Sage (Maître SM, aux éditions Tabou), ou bien des journalistes connus qui lorgnent du côté de leurs fantasmes pour y donner libre cours. Ainsi Philippe Lecaplain vous fera rire tout en vous émoustillant avec ses surprenantes « Dames de l’Annonce », dont il a fait une pièce jouée avec succès l’hiver dernier dans une petite salle parisienne. Les chevelures de feu deviennent obsession dans « Pourvue qu’elle soit rousse » de Stéphane Rose, La truculence amusante d’Etienne Liebig vous troublera, Denis Robert vous surprendra avec « Le Bonheur ». Vous ne pourrez qu’aimer la « Christelle corrigée » de Romain Slocombe, « Les Délices de la Duchesse » de Charles Delygne, « Les chattes » de Thomas Galley, les délicieux ouvrages de Jean-Baptiste Messier ou bien les textes de Daniel N’Guyen, Jean Zaga ou encore la poésie libertine de Galan Dorgia.

Pour en savoir davantage, consultez La Bauge Littéraire

(http://baugelitt.eu/)

Alors, et vous, lirez-vous français cet été ?

L’amour des mots en héritage

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20160724_082910Dans ma famille paternelle, on a fait les enfants à un âge déjà avancé et un étonnant décalage de générations s’est établi. Du fait des guerres, peut-être. Ainsi ma chère Mémé Sidonie aurait pu être mon arrière grand-mère, mon père mon grand-père.

J’entends encore les chansons qui me berçaient, d’une autre époque, où il était question d’amours paysannes. La « tant belle amie » s’en allait à la rivière pour y faire boire son « vieau », elle y rencontrait Pierre, le fils « à Nicolas Gerviaux » et n’en revenait pas indemne. Le sens caché m’échappait, je m’assoupissais avant la fin de l’histoire aux nombreux couplets. Sidonie chantait, comme on récite une antienne, avant d’égrener son chapelet et murmurer en roulant les r (elle était native de Sarlat) dix Je vous salue Marie d’affilée.

Mais surtout, elle faisait usage de nombreuses expressions qu’elle m’a légué et qui émaillaient ses propos. Il arrive que mes interlocuteurs en soient surpris et amusés lorsque l’une ou l’autre m’échappe encore car elles renvoient à des temps révolus, à une culture de terroir, en un langage fleuri, souvent allusif.

Les comparaisons animalières reflétaient une certaine sagesse populaire, empreinte d’un bon sens non dénué d’humour. Pour décrire quelqu’un, par exemple. D’une personne empotée, on dirait une poule qui a trouvé un cure-dent, un sot  est bête à manger du foin et mieux vaut céder aux ânes plutôt que de les battre. Une personne disgracieuse est laide à faire rater une couvée de singes. Une femme maigre est épaisse comme une limande en couches, à l’inverse et ronde on ne l’a pas engraissée à l’eau claire (allusion à la nourriture donnée aux cochons) et de celle qui est mal fagotée, sa toilette lui va comme un tablier à une vache ou elle est fichue comme l’as de pique. Un sournois est franc comme un âne qui recule, un susceptible a été vexé comme un rat sans queue, un joyeux peut être excité comme un pou sur une gale, celui qui avale de travers a dans la gorge un chat qui veut passer la queue levée. Peut-être le liquide a-t-il emprunté le trou de la prière car celui qui s’étouffe s’en est jeté un derrière la cravate ou bien en écoutant quelqu’un chanter faux dont il dit qu’ il chante mieux qu’un cheval mais court moins vite. Lorsqu’on reçoit un cadeau, il faut savoir s’en contenter car à cheval donné, on ne regarde pas la bride. Justement, quand on se contente de ce que l’on a, cela fait la rue Michel, formule empruntée aux conducteurs de fiacre.

Souvenir encore des voitures à cheval : quand le sommeil nous gagne, on a les paupières lourdes, en capote de fiacre. Les allusions sexuelles étaient adroitement dissimulées dans l’emploi des mots. Un cœur qui bat la breloque est sur le point de tomber amoureux, ce qui lui pend au bout du nez comme un sifflet de deux sous avant de faire zizi pan pan ou une fricassée de museaux sous une charmille. Alors, pour avoir les pieds en bouquet de violettes, (jouir), pas question de s’endormir sur le rôti ! (avoir un fâcheuse panne…) Cela faisait bien rire la tsitsimoriotte que j’étais alors et qui ne captait pas ces doubles-sens pourtant clairs comme de l’eau de roche.

On peut se moquer du tiers comme du quart d’avoir raté quelque chose, donc d’ être chocolat. Si l’on est conciliant, on est du bois dont on fait les flûtes, voire, on a le caractère mieux fait que la taille. À moins que l’on ne soit agacé par une situation qui fait friser les moustaches. On peut alors se consoler d’un brimborion (un petit objet dérisoire) qui ne casse pas trois pattes à un canard ou avec un bon repas et ainsi sortir son ventre de la misère, parce que ce n’est pas tous les jours fête et lendemain dimanche avant de se laisser tomber comme une poire chope (trop mûre). Toute occasion de distraction est bienvenue, faute de quoi le temps semble long comme un jour sans pain.

Le paresseux n’a guère plus de courage que de beurre à la bretelle et, indifférent, comme il fait son lit il se couche, sans doute n’importe comment, à la va comme je te pousse. S’il est totalement à côté de la plaque, répond sans rapport avec la question posée, on dira Bonjour Guillaume, Monsieur, je fauche. A moins qu’il ne se perde en divagations et qu’il en fasse six caisses et trois petits fûts, ou soit pris d’envie de meurtre en imaginant faire boire un bouillon d’onze heures …Si seulement. Mais, avec des « si », on mettrait Paris en bouteille. Ce pourquoi sans doute, si ma tante en avait, on l’appellerait mon oncle. Autre référence à connotation sexuelle, à laquelle ma mère ajoutait bien vite prévenant mes questions d’enfant curieuse:

— Des moustaches, bien sûr !

Moustaches

 

 

Chronique d’un été amer.

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Screenshot_2016-08-21-12-35-25 À Anne Bert

En relisant La Vénus à la fourrure de Leopold von Sacher-Masoch, une phrase m’a frappée : La jouissance à elle seule confère de la valeur à l’existence ; celui qui jouit quitte à regret cette vie, celui qui souffre ou subit salue la mort comme une amie.

Mon amie Anne Bert aime la vie,  jouir de tout ce qu’elle offre de bel et bon : humer le vent marin de l’océan, les petits plats dont elle est gourmande concoctés pour réunir ses amis, le partage d’un bon vin, l’amour des siens, l’amour des mots, de l’humain et de ce qu’il a de plus enfoui en lui.

Dans ses romans, ses nouvelles, elle s’est attachée à fouiller, à peindre d’une plume élégante à la langue raffinée les émois de la chair, les tourments et les bonheurs qu’elle dispense pour chacun de ses personnages, qu’il soit jeune ou vieux, homme ou femme, souvent cabossés par une destinée peu ordinaire.  Elle, l’écrivain de l’intime, qui s’est tant penchée sur la face cachée de l’individu, sans tabou, abordant les parts sombres comme les plus lumineuses, la déchéance et la maladie, l’empêchement d’être, est devenue la proie de l’une des plus effroyables « SLAlope » -comme elle la nomme- qui soit : la sclérose latérale amyotrophique, aussi appelée maladie de Charcot.

Une paralysie des muscles volontaires s’installe lentement, jusqu’à atteindre ceux de la parole, de la déglutition et de la respiration. Celui qui en est atteint se voit donc peu à peu emmuré tout vif dans son corps tandis que ses sens et son esprit lui donnent toujours à voir et éprouver ce qu’il subit. Anne aime trop la vie et elle la quittera à regret, mais n’accepte pas la torture d’une lente agonie assistée telle que la loi Leonetti le préconise. Elle veut pouvoir décider et choisir librement de mettre un terme à son emprisonnement. Elle se rendra donc en Belgique afin d’arrêter dignement trop de souffrance, pour elle-même comme pour ceux qu’elle aime. Elle n’accueillera certes pas la mort comme une amie mais ira au-devant d’elle lorsqu’elle aura décidé le moment venu.

Alors, elle ne cesse de se battre, d’user ses dernières forces afin de tenter de faire évoluer les choses puisque, en France, l’euthanasie et le suicide assisté ne sont pas autorisés. Elle livre un véritable combat, avec courage et détermination. Non pas pour elle, il est trop tard, mais pour tous ceux qui veulent pouvoir choisir en toute liberté et en toute conscience leur vie comme leur mort. Elle a adressé des courriers aux candidats à la présidentielle, multiplié les interventions dans tous les médias, parlé avec Agnès Buzyn, la ministre de la santé…*

Cet été amer aux étonnantes sautes d’humeur météorologiques sera le dernier pour Anne. Jusqu’au bout de son chemin, elle n’aura eu de cesse de vivre, d’écrire.

Le tout dernier été sera publié en octobre chez Fayard. Ce livre ne sera ni triste ni morbide et elle sait déjà qu’elle ne le verra pas paraître. Elle espère qu’il servira la cause et incitera chacun à penser sa propre fin. Par-delà cette mort annoncée, Anne nous offrira un ultime ouvrage. Puisse-t-il éveiller les consciences des politiques, des soignants, de tous ceux qui en France estiment que la loi peut et doit évoluer.

Nous sommes nombreux à épauler son engagement, Marie Godard a fait circuler une pétition, relaie sur son blog les écrits de notre amie**. Ce qui est une façon pudique de lui dire combien nous l’aimons. Un an en arrière, nous dédicacions ensemble à Villers-sur-mer, en novembre dernier, dans les Cévennes, à Saint-Ambroix. Déjà la maladie la privait de l’usage de ses mains et de ses bras, mais nous avons passé de jolis moments et partagé des rires. La vie, simplement, comme Anne l’aime tant.***Salon St Ambroix Anne

* Pour retrouver ses interviews et ses articles il suffit de taper « Anne Bert » dans un moteur de recherche.

** https://www.marie-godard.com/blog/

*** https://anneelisa.wordpress.com/

27 juillet 2017 Euthanasie

Et pour soutenir son combat, signez la pétition :

Pétition

Voir aussi ce bel article de Libération

Libération

« Les filles bien n’avalent pas ! »

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Marlène_Schiappa,_secrétaire_d'Etat_à_l'égalité_entre_les_femmes_et_les_hommes

Secrétaire d’état chargée de l’égalité entre les hommes et les femmes depuis le 17 mai 2017, Marlène Schiappa va avoir bien du pain sur la planche !

Femme de combat et de lettres, elle s’est très tôt engagée dans la vie politique tout en écrivant de nombreux ouvrages : romans, essais et travaux de recherche sur le féminisme.

Elle publie aussi chez La Musardine, pour les collections « Osez » et « Le sexe qui rit », dézinguant à tout-va et avec humour les clichés liés à la sexualité des femmes.

Voici donc une jeune femme, investie dans la vie politique et qui ose écrire… Dans le registre de l’érotisme ! Comme c’est vilain. Preuve en est, le déchaînement « bien-pensant » de certains qui tirent des scuds à tout va parce qu’elle est une femme, engagée et qui écrit sur le sexe.

Ainsi Benoît Rayski, Tartuffe dont l’article paru le 9 juillet sur le site Atlantico. Site qui se targue d’une « liberté de ton », prônée au nom de la liberté de la presse et d’expression (sic) et déclare garantir à ses lecteurs « un traitement éditorial garanti 0% grille idéologique préétablie, 0% leçons de morale ». La mission qu’il s’est fixée ? « Cerner les questions qui font avancer le récit du monde puis trouver les interlocuteurs les plus légitimes ou les plus pertinents pour y répondre ». Rayski doit donc être légitime et pertinent quand il écrit à propos de Marlène Schiappa :

— Une femme apparemment (…) folle de son corps.

ou de ses livres qu’il s’est bien gardé de lire:

— Et nous ne sommes pas loin d’y voir un appel pathétique adressé aux mâles de notre pays.

Le propos est petit, haineux, se veut humoristique en usant d’une ironie méprisante, vengeur, fanatiquement misogyne. Tout simplement à vomir.

Tout y passe : les attaques sur le physique, l’engagement politique et le poste occupé, soupçonné de ne pas perdurer, les ouvrages publiés. Il n’y a pas si longtemps, Simone Veil essuyait les pires injures, les menaces des hommes en combattant pour les femmes. Las ! Les choses ne semblent guère avoir évolué en constatant la bassesse et la sottise avec lesquelles certains hommes se permettent de s’en prendre aux femmes qui osent se battre et publier.

En 1765, Voltaire écrivait:

« Notre misérable espèce est tellement faite que ceux qui marchent dans le chemin battu jettent toujours des pierres à ceux qui enseignent un chemin nouveau. (…)

Les sots vont loin quelquefois, surtout quand le fanatisme se joint à l’ineptie, et à l’ineptie l’esprit de vengeance » *

En prenant ainsi Marlène Schiappa pour cible, quels comptes Benoît Rayski a-t-il à régler avec la gent féminine, quelle vengeance à assouvir ?

Quant à son article offensant à l’endroit de toutes les femmes, gageons qu’il ne fera pas avancer le récit du monde

* Voltaire, Dictionnaire philosophique, L, Lettres, gens de Lettres ou Lettrés

Garnier-Flammarion, p. 254-255

A écouter…

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Quelques extraits enregistrés, à écouter,

pour découvrir

mes textes et ma voix, si ce n’est déjà fait.

Montez légèrement le son, baissez l’abat-jour…

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Chiner sans sortir !

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Brocante

La pluie s’est invitée ? Pas envie de chiner mouillé ?

Visitez la page « LA BROCANTE DE JULIE-ANNE »

Des surprises vous y attendent, des trouvailles…

A des prix très… Brocante !

 

JE SUIS BRIGITTE

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French president-elect Emmanuel Macron (C), his wife Brigitte Trogneux (2ndR), her daughter Tiphaine Auziere (2ndR) and the latter's husband Antoine Choteau (R) greet supporters in front of the Pyramid at the Louvre Museum in Paris on May 7, 2017, after the second round of the French presidential election. Emmanuel Macron was elected French president on May 7, 2017 in a resounding victory over far-right Front National (FN - National Front) rival after a deeply divisive campaign, initial estimates showed. / AFP PHOTO / Eric FEFERBERG

J’ai la faiblesse de croire en l’Homme et qu’il peut devenir meilleur, en ce qu’il peut faire de grand et de beau dans un esprit de tolérance, de respect de l’autre dans toutes ses différences, en sa capacité à s’ériger contre tout extrémisme dévastateur et gorgé de haine.

Je me suis gardée d’exposer mes opinions, réservant au secret de l’isoloir ce qu’en conscience et par devoir citoyen je pense le meilleur pour mon pays.Parce que je suis aussi citoyenne d’une France où le droit de vote accordé aux femmes n’a que dix ans de plus que la nouvelle Première Dame…

Je n’ai pas mêlé ma voix au concert de tous ceux qui ont déversé des flots d’injures à l’endroit des candidats de tous les bords, inondant les réseaux sociaux de propos de café du commerce où, à l’heure du jaune et du tiercé, on refait le monde, sûr de détenir la vérité d’un individualisme forcené qui se veut bien-pensant. Chacun ne voyant que par le bout de son seul quant-à-soi ce qu’il croit être la panacée à tous les maux et saura surtout préserver ses droits en oubliant ses devoirs. Sans réflexion, sans le simple bon sens qui permet un esprit critique en toute connaissance de cause. A faire se retourner Voltaire a sa tombe, comme tous ceux qui ont tenté de faire de la France une nation éclairée. Les beaux esprits, au sens noble du terme, ceux qui réfléchissent, analysent, semblent s’être fait la malle au profit de meutes beuglantes qui applaudissent aux éructations du premier venu qui promet que le jour du grand soir on va raser gratis. Et pour mieux attaquer l’autre que l’on pendrait volontiers haut et court en Place de Grève, on attaque son épouse en vomissant à longueur de « posts » assassins des propos aux relents nauséabonds de dégueulis de poivrot. Tout simplement parce qu’elle n’est plus une perdrix de l’année et de vingt ans l’aînée de son mari…

A l’inverse et curieusement, que la compagne de cet autre candidat soit de vingt ans sa cadette n’a jamais suscité le moindre commentaire. Il semble qu’au regard du machisme ambiant, cela soit pour lui plutôt flatteur. Pour faire court : un homme mûr qui séduit une jeune femme passe pour un Don Juan alors qu’une femme mature qui ose aimer un homme plus jeune qu’elle ne peut être qu’une salope… De plus, si la dame a atteint la soixantaine, on se déchaîne et se gausse d’autant plus, en gorges chaudes d’une vulgarité à crever.

Peu importe qu’elle ait la tête mieux faite qu’une star de téléréalité à la une des mags « pipole » qui font le bonheur des midinettes au Q.I de bulot, elle n’en a plus la plastique (quoique…) et ses ride attestent du temps l’irréparable outrage.

Décidément, on tombe bien bas. On vocifère et pérore à l’envi sur la « cougar » devenue Première Dame de France aux côtés de son si jeune mari !

J’ai honte. Honte qu’en 2017 dans mon pays une femme soit ainsi traînée dans la boue d’un machisme persistant et ordinaire qui se croit malin et drôle. Cela ne m’amuse pas, cela m’inquiète. Ce n’est pas du féminisme mais une constatation affligée. Fi de l’être ! Le paraître et l’âge si vilainement raillés prévalent, comme si la seule jeunesse d’une femme était garante de sa valeur. Alors, parce que j’ai, comme tant d’autres de mes amies écrivains, artistes, femmes engagées -que je ne citerai pas- bien des points communs avec Mme Macron, je veux encore croire que l’intelligence, de l’esprit, du cœur, le respect de l’autre peuvent encore exister et l’emporter sur l’imbécillité la plus crasse.

Finalement, n’est-ce pas de cela dont il s’agit ? La sottise (C majuscule), déclencheur de la haine de l’autre quel qu’il ou elle soit parce qu’il -elle- sort des rails d’une pseudo « norme ». L’autre, différent par la couleur de sa peau, ses croyances, son sexe et son orientation sexuelle est rejeté, maintenant, il va falloir ajouter l’âge à la triste liste des altérités méprisables…

Toute femme est respectable, à fortiori dans une société qui se clame démocrate et tolérante.

Comme Brigitte, j’affiche aussi une soixantaine d’années au compteur. Alors, maintenant, vais-je pour autant devenir une petite vieille à remiser au fin fond du placard d’une maison de retraite ?

L’ACTU DE MAI

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dédicace
Vous n’avez pu venir me retrouver sur le salon du livre de Paris ?
Je dédicacerai mes livres le 24 mai prochain,
de 17h30 à 19h30, au bar L’AGE D’OR dans le 13ème arrondissement.
J’espère le plaisir de votre visite ! Save the date, à très bientôt .
D. Verso

l-age-d-or-terrasse

Prix Hemingway 2017

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châle-de-flamencoCette année encore, ma nouvelle en lice pour

le Prix Hemingway n’a pas été retenue par le jury.

J’ai eu grand plaisir à l’écrire, me replongeant dans cette Espagne que j’aime tant…

                  LE CHÂLE DE TÍA AUGUSTA

En respectueux hommage à José Tomas et à Idílico.

Prologue        

La peña entame un paso doble aux accents joyeux. Les alguazils entrent, menant leurs chevaux en rythme, suivis des cuadrillas. Le paseo a débuté, il est dix-sept heures précises à l’horloge du temple sévillan de la tauromachie. La Maestranza est pleine à craquer. Le cartel portant les noms de célèbres matadors promet un beau spectacle pour cette première corrida de la Feria d’avril. Rosa est venue y assister avec son oncle Joaquín. Depuis que tía Augusta les a quittés, deux ans en arrière déjà, la jeune femme a accompagné seule le veuf aux arènes à chaque nouvelle saison tauromachique. Les toreros, les banderilleros saluent la présidence et le public, les officiants se mettent en place, les actes du rituel vont pouvoir débuter.

Primer Tercio 

Deux toreros déjà se sont succédé, chacun ayant occis sans panache particulier les toros que le tirage au sort leur avait destinés. L’un d’eux a même reçu un coup de corne, heureusement sans gravité si ce n’est pour son ego, tout aussi bousculé que son corps un instant désarticulé par l’assaut de son adversaire. Celui que tous attendent entre alors en piste. Jeune homme un peu frêle au visage mi-ange mi-démon, il sourit à la foule qu’il salue. Fier sans être arrogant, retenu et concentré, il regarde le ciel. Son petit nez retroussé retient l’enfance, démentie par le carré viril du menton. Ses yeux légèrement enfoncés semblent s’obscurcir sous les épais sourcils froncés qui barrent verticalement le front sur lequel quelques boucles sombres viennent s’égarer. Le sourire s’est estompé, les mâchoires se sont serrées, amenuisant la bouche. Il dépose sa montera au centre de l’arène, dédiant ainsi celui qu’il va combattre au public. La coiffe trace une virgule d’encre sur le sable blond éblouissant. Les clarines sonnent l’entrée du toro. Rosa retient son souffle. L’animal qui jaillit du toril sur le ruedo, après un petit trot d’entrée, marche au pas puis s’arrête net. Il semble observer, mufle levé, sans doute en recherche de ces quelques mètres carrés qu’il va se choisir pour s’y sentir en sécurité. Dans le soleil, sa somptueuse robe azabache, de ce noir brillant, profond, joue avec la lumière. L’éclat des rayons vient parfois iriser le pelage sans que le moindre poil de couleur vienne le troubler. Le museau, tout aussi noir, ne rompt pas l’harmonie monochrome. Il tourne la tête, parcourant l’arène de son beau regard ombré de longs cils. Aurochs flamboyant, il est planté sur des sabots gris qui supportent les cinq cent cinquante kilos d’une musculature de véritable combattant. Il a quatre ans, ses cornes sans défaut en attestent de leurs deux anneaux bien visibles. Rosa frémit. Hermoso l’a-t-il sentie ? A-t-il pu humer l’odeur de Cologne fraîche mêlée de sueur qu’elle dégage ? L’arrêt de l’animal n’a duré que quelques secondes, Rosa est sûre  qu’il sait qu’elle est là. Pas seulement pour le beau garçon en habit de lumières vert et or, mais pour lui, Hermoso. Le torero a saisi la grande cape fuchsia et citron, déjà il veut tout savoir de son adversaire. En exécutant brillamment les passes de capote, il analyse son comportement de guerrier avisé, qui répond aussitôt aux sollicitations. Le toro subit le châtiment de la pique sans paraître faiblir. Il est alors invité à sortir du cheval qu’il s’obstine à pousser violemment, à l’aide du large leurre déployé pour l’attirer plus loin. Le jeune homme à la chevelure aussi brune que la robe de celui qu’il vient de réceptionner sait à présent que ce toro charge franchement et qu’il lui faudra se méfier de la corne droite. Rosa triture son châle nerveusement dans ses mains, malmenant les broderies. Il ne la quitte plus depuis que tía Augusta le lui a offert.

  • Feliz cumpleaños, Rosita mía!* S’était-elle exclamé en posant devant elle le gâteau illuminé de seize bougies et accompagné d’un joli paquet cadeau de chez Bordados Foronda, le plus célèbre fabricant de châles du quartier de Santa Cruz à Séville.

Emerveillée, Rosa avait découvert le châle andalou dont elle avait rêvé et qu’elle porterait sur ses épaules à la feria. Rouge, brodé de fleurs multicolores, il irait à ravir sur sa robe à volants. Comme elle sera jolie pour danser des sévillanes avec ses amies ! Elle s’était empourprée de plaisir, avait battu des mains comme une petite fille, puis déposé de gros baisers sonores sur les deux joues de sa chère tía Tina. Elle adorait la dame un peu ronde à la peau si douce qui seule la comprenait. Rosa semble s’être égarée dans l’enfance, d’où elle sort plus doucement que les autres adolescentes de son âge. Non qu’elle soit sotte, simplement un peu plus lente, son esprit  demandant davantage de temps pour se développer. En revanche, ses sens semblent plus aiguisés que ceux du commun, et, comme si elle en possédait un sixième, elle établit d’instinct -ou à l’inverse repousse- un contact avec les humains comme avec les animaux.

Échappant souvent à la tendre surveillance d’Augusta, elle allait se promener à Fuente Rey, le long des enclos qui bordaient la ganadería. Elle aimait tant regarder les hommes à cheval qui rassemblaient les toros de cet élevage. Elle humait à leur passage les senteurs fauves, s’enivrait du martèlement sourd des sabots sur le sol qui résonnait à ses oreilles et dans son cœur, emplissait ses yeux des couleurs des robes, estompées par les nuages de poussière dans

*Joyeux anniversaire ma petite Rosa !  

lesquels les rayons du soleil déposaient des étoiles scintillantes pour elle seule. Jusqu’à ce jour de ses seize ans, où après avoir dégusté son gâteau, elle était partie pour son habituelle promenade, son châle autour des épaules. Elle l’avait aperçu de loin. Il gambadait en tous sens, sautillant sur ses pattes grêles encore, secouant sa tête sur laquelle pointaient deux jolies promesses de cornes toutes blanches. Un taurillon, noir comme du charbon du museau au bout de la queue. Il avait dû échapper à l’attention de sa mère, s’éloigner d’elle et prenait plaisir à cette liberté toute neuve. Penchée sur la barrière pour l’attirer, Rosa agita son châle qu’elle avait détaché de son cou. Le petit toro marqua un léger temps d’arrêt avant de répondre à la sollicitation de ce leurre sur lequel il se précipita. Il se cogna dans la barrière, arrêté dans sa course sans comprendre pourquoi, cherchant le châle qui l’avait aimanté. La jeune fille le lui tendit, il s’approcha tête baissée. Elle put alors le toucher, caresser le pelage si doux. Il renifla puis saisit le tissu pour en mâchonner un coin l’espace d’un instant, le recrachant sous l’éclat de rire de Rosa. Il la regarda, curieux et bravache déjà, approchant son mufle de la main tendue. Lorsqu’une paume vint se poser au dessus de ses naseaux, le bout des doigts effleurant le poil gentiment bouclé, il sembla s’apaiser d’un coup, goûter cette sensation légère. Sa tête accompagna un moment les mouvements de la caresse, les yeux levés vers ceux qui vinrent se planter dans les siens. Très doucement, Rosa laissa échapper de ses lèvres une comptine que lui chantait tía Augusta lorsqu’elle était petite, aussi petite que le jeune toro. Cet instant de bonheur qui dura l’espace de quelques minutes fugaces sembla très long et bien trop court pour Rosa. Un cavalier apparut, qui l’interrompit et poussa de sa lance l’effronté fugueur afin de le faire repartir vers sa génitrice. L’homme adressa un sourire à la jeune fille avant de s’éloigner. Rosa garda longtemps l’odeur de lait caillé et de pelage empreinte sur sa main. Le jeune toro, lui, emportait dans ses narines celle de Rosa, à jamais gravée dans sa mémoire. De sa gueule dépassait un fil rouge qui finit par s’envoler au vent de sa course.

Segundo tercio

Les clarines viennent de sonner, il est temps pour les banderilleros d’exercer leur talent. Ils sont deux pour les poser: le banderillero de confiance et le torero lui-même. Tous deux sont prêts, comme les autres membres de la cuadrilla qui surveillent, cape bicolore en main afin d’intervenir en cas de nécessité. Le toro répond immédiatement aux invites, charge droit. Magnifique, le torero plante sa paire de banderilles sur le haut du garrot, en un geste assuré et ferme, tout en semblant s’envoler avec la grâce infinie d’une danseuse. La foule applaudit. Le sang coule sur les épaules de la bête dont les flancs se soulèvent au rythme de sa respiration devenue plus courte. Il ne semble pourtant pas ressentir de douleur, contrairement à Rosa qui a cru recevoir elle aussi les pointes acérées dans son dos. Elle est si liée à Hermoso qu’elle éprouve dans sa propre chair les premières blessures infligées. Alors elle ferme les yeux, concentre toute son énergie pour la diriger et l’offrir à celui qui chargera l’homme, soulevant de ses sabots les paillettes d’or pulvérulentes de la piste. Elle est certaine qu’il va la recevoir et la restituer pour lutter farouchement, jusqu’à cet instant suspendu où la mort seule décide de celui qu’elle viendra faucher à la fin du combat.

Rosa était souvent retournée voir le jeune toro. Le vaquero qui lui avait souri l’avait fait un jour monter en croupe pour l’emmener plus près des animaux. Elle avait ainsi pu assister à la ferrade et au marquage des oreilles de Hermoso. Elle avait appris son nom, masculin de Hermosa, la vache qui l’avait mis au monde. Au fil du temps, la jeune fille avait vu grandir l’animal, qu’elle était seule à pouvoir vraiment approcher. Dès qu’il la sentait derrière les barrières, il s’avançait de son pas sautillé, venant au plus près quêter ses caresses. Ils se parlaient tous deux, en une langue connue d’eux seuls et que leurs seuls sens verbalisaient: elle lui murmurait des mots doux, des mots de miel, de soleil et de cavalcades en liberté qu’il recevait avec bonheur, les oreilles en mouvement. Il soufflait dans la main tendue, la flairait, y prenait délicatement la poignée d’herbe fraîche qu’elle lui offrait parfois comme une friandise. Ils se contemplaient, mirant leurs âmes devenues jumelles dans leurs yeux brillants. Dans sa candeur, elle espère que le ciel lui laissera encore longtemps ce toro. Elle n’aime pas ce ciel qui avait rappelé à lui ses parents quand elle était encore un bébé. Elle n’en a aucun souvenir, tía Tina et tío Quino les ont remplacés.

Lorsque Rosa eut dix-sept ans, ils l’emmenèrent à Séville, pour qu’elle assistât aux premières corridas dont ils étaient si friands. Les quelques cent kilomètres à parcourir dans la vieille SEAT Toledo brinquebalante de Joaquín l’avaient amusée. Elle avait ri et chanté pendant ce voyage au rythme des cahots de la route. Puis, elle avait été éblouie par les arènes, les habits de lumières, la musique et les toros qui combattaient si bien. Même si l’estocade les envoyait directement vers ce ciel abhorré qu’Augusta ne cessait d’invoquer. Rosa qui ignorait encore tout de ce qu’était vraiment la mort, fut vite envoûtée par la magie des faenas, la beauté des matadors dans leurs costumes étincelants, la communion avec la foule et ses olé jaillissant d’une seule et même bouche. Mais le ciel, toujours lui, lui ôta sa tía Augusta juste avant la saison qui avait vu fleurir ses dix-huit printemps. Alors, elle alla confier son chagrin à Hermoso. A deux ans passés, il est à présent un novillo, impressionnant pour tout autre que Rosa. Il a peu à peu pris des allures de bête fauve, ses cornes bien symétriques remontant légèrement vers le haut. La jeune fille aime en sentir la texture sur ses doigts, en suivre la courbure jusqu’à la pointe si effilée avant que le jeune fougueux ne secoue la tête. Mais il revient toujours vers elle, plus fier peut-être, conscient de sa taille développée, de sa poitrine puissante, de ses pieds solides, de la bosse du morillo qui commence à se deviner sur sa nuque. A-t-il ressenti le chagrin de la jeune fille ? D’un sabot, il racle le sol devant elle, il souffle, crache et se met à exécuter des virevoltes sur lui-même, comme pour lui arracher un sourire. Puis, sans autre signe d’au revoir, il s’éloigne, en une invite à tourner cette triste page, pour aller de l’avant et vivre.

La sonnerie des clarines retentit, le matador va devoir affronter seul son adversaire.

Tercero tercio

Le berceau des cornes de Hermoso est parfait et c’est bien avec la droite qu’il charge, tête basse. A peine le jeune homme le cite-t-il qu’il « mange » la muleta tendue, sa bravoure et sa noblesse arrachant à chaque passe un olé enthousiaste à des milliers de personnes. Le jeune homme, plus que jamais centré sur son art, enchaîne une série de naturelles, retenant Hermoso au bout de sa flanelle écarlate, sans le forcer, pour enchaîner sur la passe suivante. Le corps cambré tel celui d’une almée flamenca, il paraît alors si fragile, son épée plaquée sur sa hanche gauche. Son poignet et sa main sont sûrs, gracieux aussi, légers. Il fait voler le leurre sur le dos de l’animal, comme une caresse, l’aile d’un gigantesque insecte de feu avant de marquer sur cette figure quelques secondes de pause pour poursuivre la faena. Respiration dans ce concerto pour une muleta, les deux solistes soufflent un court instant. Hermoso, haletant, respire bruyamment, bouche ouverte sur sa langue blanche qui pointe. Emerveillée, Rosa lui parle. Non pas à voix haute, mais dans sa tête. Elle l’encourage, le félicite aussi, lui dit toute la fierté qu’elle éprouve à le voir si vaillant et courageux dans ses charges rectilignes, si suave dans la noblesse qu’il déploie. Elle l’a bien compris, ce toro lui dédie son combat, comme le matador offre le sien à la foule ou à une jolie spectatrice. La fine silhouette quasi féminine emmène à nouveau l’ombre géante qui, au bout des cornes porte la mort. Le ballet reprend. Tout en étant dirigé par le torero, Hermoso fait de nouveau preuve de sa combativité. Est-il réellement dominé ? Face à lui, le torero tend d’un geste aérien le leurre, comme s’il se livrait, faisant fi du danger, le regard rivé sur celui du fauve à la robe de jais. Les pieds enracinés au sol, légèrement écartés, les reins cassés, il semble faire glisser le toro, l’entraînant à exécuter autour de son corps des tours complets. En réponse, Hermoso se laisse emporter, sans qu’à aucun moment il ne trébuche dans ce toreo devenu magie épurée, les deux se confondant parfois comme dans une étreinte amoureuse. L’homme et la bête, en cette lutte à la vie à la mort, semblent s’élever vers les sommets d’un art consommé, l’un attirant l’autre qui répond sans faillir, toujours plus près, chacun mettant en valeur la perfection des gestes et des charges dans ces naturelles aidées et circulaires qui les hissent au rang des dieux. Des larmes coulent sur les joues de Rosa, l’émotion est trop forte pour la jeune fille. Elle n’y prend pas même garde, les laisse mourir sur sa peau chauffée de soleil, tendue sur ces instants hors du temps. Le jeune homme, lui, a changé de main, forçant l’animal à le suivre dans une valse à l’envers. Hermoso joue le jeu, présentant sa corne gauche, toujours au plus près du corps raidi dans sa pose hiératique. Aucune fatigue ne semble les atteindre lorsque la charge de l’un l’éloigne brièvement de la muleta baissée de l’autre. Séparés, ils se retrouvent encore face à face, ivres de tension et de défi, avant quelques passes difficiles exécutées de la main gauche encore, à la perfection. Le public est debout, hurle de joie, applaudit à tout rompre. L’arène gronde d’allégresse, la faena qui se joue sous ses yeux est inouïe. Figée, transportée par des émois trop puissants, Rosa ne peut que triturer nerveusement son châle, dans l’attente de la suite. Viennent alors une dizaine de passes à peine aidées, l’épée dirigeant la muleta pour happer la tête de l’animal, le conduire exactement là où le matador en a décidé. Le public semble pris de délire, le jeune homme enfin lui fait face pour le prendre à témoin de l’enchantement de ce combat hors norme qu’il mène, porté par la grâce. A peine a-t-il repris position, fier et droit face à Hermoso qui fixe la muleta, prêt à bondir encore, que les clarines de l’aviso retentissent, immédiatement huées par les spectateurs. Les horloges s’étaient arrêtées, dix minutes seulement d’une éternité de beauté à l’état pur viennent de s’écouler auxquelles il va falloir mettre un terme. Rosa réalise que tout va maintenant se jouer, le toro doit mourir, aller au ciel rejoindre Tía Augusta et ses parents. Lui aussi le sait: depuis son entrée en scène, son instinct lui a dicté qu’il lui fallait lutter jusqu’au bout. Alors, il se bat, encore, il charge, vaillant, infiniment brave. La foule applaudit, tous les spectateurs se lèvent de nouveau. Quelques mouchoirs blancs sont agités, ici et là dans les gradins. Très vite, ce sont des milliers de carrés de tissus blancs qui déploient leurs corolles. Hermoso regarde le jeune homme qui sourit, visage levé vers tous ceux qui, d’une seule voix scandent à présent trois syllabes en une clameur immense et sourde : in dul to, in dul to ! Se rendant à la demande de ce public si heureux, la présidence fait apparaître le mouchoir orange, signe de la grâce accordée au toro. Pour l’honneur, pour rendre hommage sans doute à cet adversaire exceptionnel, le matador qui ne le tuera pas lui présente sa flanelle. Très droit, pieds joints, perpendiculaire au corps de l’animal, il lui propose une ultime charge, muleta haut levée. Magistral, Hermoso bondit toujours, relevant la tête, une fois, deux fois, trois fois, sous les olé qui ponctuent chacune de ses attaques. Alors, le jeune homme lâche l’étoffe, exécute un tour sur lui-même, coudes levés, son épée tenue pointe contre terre, en un simulacre de mise à mort. Hermoso, vainqueur, piétine et encorne rageusement la muleta, la secoue sous les cris de la foule tandis que l’homme désigne ce héros de la main, prenant les spectateurs à témoin de sa singulière pugnacité. Afin de le conduire vers le toril, il va devoir encore le diriger à l’aide de quelques passes. Comme à regret, Hermoso quitte la piste de sable flavescent, et c’est un dernier envol de cape venu du couloir de bord de piste qui le décide à s’engager dans l’étroit passage. Cette fois, il débouchera vers la vie. Un peu plus tard, Rosa insistera auprès de tío Joaquín pour être au premier rang de la foule quand le torero sortira de l’arène par la grande porte, porté triomphalement sur une solide paire d’épaules. C’est avec une reconnaissance folle qu’elle hurle son nom, saute, applaudit, scande son nom avec la foule. Certains la regardent, étonnés. Cette jeune femme de vingt ans si jolie semble avoir perdu toute retenue, mais l’érubescence de ses joues atteste de son bonheur en cette communion grégaire, paroxystique. Qui pourrait imaginer que son esprit n’a pas encore rejoint l’âge de son corps ?

 

Epilogue

De retour à la maison, près de Jerez, Rosa ne tient plus en place. Il faut qu’elle rende visite à Hermoso. Après avoir été ramené à Fuente Rey, l’animal si valeureux a été soigné, ses blessures pansées. Il va dorénavant vivre sans plus jamais combattre et devenir un reproducteur recherché qui transmettra sa bravoure et sa noblesse à ses descendants. Il semble avoir retrouvé avec plaisir son habitat naturel, le calme de sa campagne après le tumulte des arènes de la Real Maestranza dont il est devenu en trois tercios d’anthologie un géant au panthéon des toros braves. Peut-être même entend-il encore parfois en un lointain écho les trois syllabes de l’indulto scandées par la foule.

Le châle de tía Augusta en main, Rosa s’approche de la barrière. Hermoso se tient à distance, il paît tranquillement, semble ne pas avoir envie d’être dérangé. Emue, la jeune fille se penche au-dessus du rondin de bois, tend le triangle de soie brodée en l’agitant doucement vers le combattant, l’appelle à voix basse. Il lève la tête vers elle, s’approche d’un pas tranquille. Leur histoire doit ici s’arrêter, ils le savent tous deux. Il n’a plus rien à lui offrir, il lui a dédié sa grâce. L’animal tend une dernière fois vers elle son museau, elle le caresse entre les cornes, comme elle le faisait quand il n’était encore qu’un taurillon fantasque.

Rosa dépose le châle là où le sang a coulé, au-dessus du morillo qui porte encore les traces des banderilles. Il relève la tête, plante un instant son regard dans le sien, ses beaux yeux humides comme emplis de larmes. Puis il se détourne et s’éloigne en trottant vers sa prairie. Le châle cramoisi sur son encolure, présent de la jeune fille, flotte quelques instants avant de tomber à terre. Revenant alors sur ses pas, l’animal tourne autour puis se couche dessus. Il enfouit son museau dans les broderies multicolores, enfleurées des senteurs de celle qui, seule, a su le dompter et l’aimer.

« En mai… Fais ce qu’il te plaît ! »

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20170413_113537En avril, ne te découvre pas d’un fil

mais en mai…

En ce début de printemps qui se la joue été, les projets prennent forme, les doigts courent sur le clavier, l’agenda se remplit !

Au joli mois de mai, des dates sont à retenir !

Les musiciens et autres mélomanes me retrouveront à Neuilly, le Mercredi 17 mai à 20h30 pour y entendre  Traviata de Verdi en version concert donnée par le chœur

ECCE CANTUS accompagné par l’orchestre Hélios, dirigés par Olivier Kontogom 20170308_221626

à l’Espace Loisirs 167, 167 avenue Charles de Gaulle à Neuilly sur Seine

Les solistes seront : Sylvie Chevallier (Violetta), Yanis Benabdallah (Alfredo), Marc Souchet (Germont) et Nathalie Espallier (Flora)

Prix des places : 28 € à la billetterie du Théâtre, le soir du concert ou à la FNAC

 

 

Le  jeudi 18 mai pour changer de style, ce sera du rock ! Sur la péniche l‘ANTIPODE. Le groupe BAD STORIES y donnera un concert, à réserver d’urgence, les places sont limitées !

première partie : WJC (blues / rock) Inspiré de beaucoup d’univers musicaux comme la funk, le rhythm’n’blues…

banniereevent1 Baad Stories

 

Bad Stories (Blues / ROCK)
Bad Stories est né de la rencontre entre Jean-Baptiste Heuclin et Tom Guillouard en 2014, instantanément devenus proches grâce à la musique Blues. Quelques semaines plus tard, cinq chansons étaient écrites et Bad Stories était né. Puis, le premier Live acoustique devant une salle comble conforta les deux musiciens dans leur envie d’aller toujours plus loin.
Aujourd’hui Fabien Buchner, à la basse et Jeremy Dosset à la batterie ont rejoint Bad Stories. Ils ont donné de nouvelles perspectives d’écriture et une nouvelle façon d’aborder les concerts.
www.facebook.com/BadStori3s/

 

Tarif: 12 euros. Auparavant, BAD STORIES se sera produit le 5 mai au CANDY SHOP

127 rue Saint-Maur à Paris (11ème)

Antipode

 

Les amis parisiens viendront me retrouver le mercredi 24 au café-restaurant l’AGE D’OR, au cœur du quartier chinois où je les retrouverai et dédicacerai mes livres.

(Carrefour Avenue de Choisy / rue de Tolbiac, après le square de Choisy)

Age d'Or

Du bonheur dans la soumission, un récit puissant d’Eva Delambre

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Ce cinquième opus de la saga BDSM d’ Eva Delambre Marquée au Fer* a été annoncé comme un récit particulièrement sulfureux, réservé à un public (très) averti. En effet, son auteur dévoile des pratiques sadomasochistes extrêmes. Maître Tesamo qui préface l’ouvrage reprend les précautions oratoires adressées au lecteur et dont Eva elle-même parsème le texte : « On va crier, hurler contre cette débauche, ces tourments répétés (…) on jugera l’auteure et les pratiquants du SM de déments et de malades… »  Dit-il. Elle répète souvent au fil de la narration : « Certains ne comprendront jamais ce monde… Peu de gens peuvent comprendre… Si peu de gens pouvaient comprendre ce genre de chose… Je sais que ça peut sembler incompréhensible… Je sais que peu sont à même de comprendre mais ça m’est égal. » Toutefois, tout ce très long récit n’est qu’un roman, l’histoire de Hantz, un Maître, et de celle dont il déclare publiquement :

« Laura est ma plus belle histoire. Elle est mon esclave, ma soumise. » (P 490)

Le lecteur vanille qui s’offusquerait de certaines perversités, paraphilies ou autres pratiques SM n’a qu’à passer son chemin, Sade reconnaîtra les siens, que diable !

Ce qui est décrit : toute la violence donnée et reçue, pour le plus grand bonheur de l’un et de l’autre. Le tout dans des règles très strictes de respect mutuel. Ensemble, Hantz et Laura vont repousser toutes leurs limites, en une addiction et une quête de ce qu’elle nomme « besoin d’encore », « de toujours plus » et qui lui, le fait bander et leur procure d’intenses sensations. On est dans le pur sadisme, le plaisir de faire mal, et le masochisme exacerbé depuis toujours. Laura sait que cela remonte à l’enfance, elle a toujours été ainsi. La jouissance est puisée dans la douleur infligée et l’exacerbation de celle reçue, dans cette quête du  » subspace « , cet état de conscience modifié où celui qui jouit dans la souffrance s’évade.

Ces deux « élus » se sont trouvés, l’une se donne « vie, corps, esprit et âme » à celui qui va en faire sa créature. On n’est pas dans le jeu, ni dans une romance teintée des gentils coups de cravache sous lesquels se pâme la jeune vierge effarouchée amoureuse du millionnaire. On entre là dans le SM le plus dur, le plus extrême, celui que seuls quelques initiés peuvent réellement pratiquer en toute connaissance de cause. L’auteure est elle-même une « soumise de qualité » (dit son Maître dans sa préface), elle connaît les arcanes de ce monde clos et sait mettre en mots ses propres fantasmes.

Au-delà des descriptions des séances, on perçoit vite une forme de mysticisme, avec tous ses symboles, ses rituels initiatiques, ses engagements, ses termes particuliers.

Le Maître est le démiurge qui crée et façonne sa créature jusqu’à la rendre parfaite. Elle est toute « abnégation » – le terme revient sans cesse comme un puissant leitmotiv –  reconnaissante de son appartenance, fière du tout-pouvoir qu’elle lui concède en se donnant à lui et qu’il exerce dans la plus dure fermeté. Cela implique une ritualité, une scénographie qui se joue entre eux seuls ou devant d’autres initiés, les pratiques étant vécues comme un acte sacré. C’est ce qui frappe (si l’on peut dire) dans ce roman : le champ lexical religieux largement employé pour mieux faire appréhender ce qui se joue dans une relation SM, en particulier lorsque Laura s’exprime :

 » Je touche au mystique…une messe noire, un rite interdit… au fond d’une crypte, offerte en sacrifice sur un autel… cierges… chants grégoriensMon seigneur »

La construction littéraire intéressante, avec une scène d’ouverture puissante, donne à suivre les personnages, chapitre après chapitre dans les méandres de leurs actes posés (les séances, les pratiques) et de leur psychologie. L’héroïne s’exprime au « je », les pensées du Maître sont rapportées par un narrateur omniscient, comme si l’auteure n’avait pas osé prendre la parole en lieu et place du dominant. A tour de rôle, chacun exprime ses réflexions, ses ressentis, ses joies, ses remises en question parfois, jusqu’à ce que l’évidence l’emporte. Devient-on sadique ou masochiste ? Pour Hantz et Laura, la réponse est négative : on le sait depuis toujours, jusqu’à ce que l’on s’accorde enfin le droit d’y donner non seulement libre cours mais du sens. Rien n’est innocent dans ce type de relation, tout est codifié, réfléchi. On ne peut s’improviser Maître ou soumise. C’est le fruit d’un apprentissage auprès de pairs plus expérimentés pour l’un, d’un dressage intransigeant et sévère pour l’autre. A ces seules conditions les désirs de faire mal et de subir la douleur pourront se rencontrer pour être sublimés dans les pratiques qui forgeront l’attachement réciproque.

Le style, auquel Eva Delambre a habitué ses lecteurs dans ses précédents ouvrages est, simple, presque parlé, parfois incisif et très itératif dans le choix du vocabulaire. Il n’exclut pas la nécessaire crudité des mots pour décrire les ressentis et les émotions de Laura. On ne peut éviter de penser à Vanessa Duriès, à Florence Dugas, voire aux rituels tauromachiques où l’on flirte avec la mort, où le sang coule, parfois à flot, tout comme l’adrénaline dans celui de Laura quand les aiguilles transpercent sa peau ou quand le fouet vient la marquer, à tout ce qui a trait à la chair martyrisée, aux grandes figures religieuses qui jamais n’abdiquent et offrent leur corps aux lions ou aux flèches plutôt que renier leur Dieu.

Alors, que l’on appartienne au monde vanille ou que l’on soit familier du SM et de ses séances, ce récit peut en effet heurter la sensibilité de certains. Il ne peut être mis entre toutes les mains. Cependant, il n’appartient à personne de juger autrui sur ses choix de vie ni de ce à quoi il s’adonne pour les satisfaire. Ce roman est un beau livre, qu’il faut aborder comme une fiction. Particulière, certes, mais qui lève le voile sur un autre monde en narrant trois années de l’histoire d’un couple aux addictions hors normes, au-delà du sentiment amoureux et qui ne se finit pas…

Julie-Anne de Sée.

 

* Eva Delambre  » Marquée au Fer  » (494 pages)

Editions TABOU mars 2017

 

 

 

Un mois de mars en folie !

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"ALICE IN WONDERLAND"Final Film Frame©Disney Enterprises, Inc. All Rights Reserved.

« ALICE IN WONDERLAND »

Le lièvre de mars a dû passer par là car l’agenda s’est rempli à une allure vertigineuse !

Des rencontres, des dédicaces, du théâtre… Récapitulatif.

mardi 7 mars : au Théâtre de Saint-Maur,

Ces Dames de l’Annonce reviennent !thumbnail_CDA AFFICHE (2)

Nous jouerons également la drolatique pièce de Philippe Lecaplain

les jeudi 16, 23 et 30 au Théâtre Clavel. (Paris 19ème, Métro Pyrenées)

Théâtre Clavel

Venez rire et vibrer avec nous !

 

– Dans la « Famille Artistes », je demande… ma fille. Anne-Estelle chantera dans le magnifique chœur ECCE CANTUS le mercredi 8 mars en l’église Saint-Louis-en-l’île à Paris.

Au Concert AEVprogramme: Stabat Mater de Dvorak. Une merveille…

 

jeudi 9 mars : Martine et J.P nous recevront, Philippe Lecaplain et moi-même dans leur antre de toutes les tentations :

               METAMORPH’OSE, 49 rue Quincampoix, à Paris (75004).
Nous y dédicacerons nos livres de 16h à 19h et donnerons au cours de cet après-midi un extrait de Ces Dames de l’Annonce ! Venez nombreux nous y retrouver.

Metamorph'Ose

 

du 24 au 27 mars: Salon du Livre de Paris. Je vous y attendrai sur le stand des

éditions TABOU, passez donc me rendre visite…salon-du-livre-à-Paris-2017

 

Samedi 25 mars, 20h30. Vous aimez la littérature érotique, vous rêvez d’en rencontrer des auteurs de façon très conviviale ? Marie-Laure et Gaëlle l’ont fait, nous vous retrouverons au restaurant pour une soirée très sympathique ! Allez vite sur la page Facebook dédiée en cliquant sur le lien

    Page Facebook évènement

 

Déjà avril pointe le bout du nez. Toujours dans la « Famille Artistes », cette fois-ci je demande mon fils : Jean-Baptiste se produira avec son groupe BAD STORIES le samedi 15 au Gambetta Club, 104 rue de Bagnolet, Paris (75020) Good vibes assurées ! On s’en reparlera…

Bad Stories (2)

Il n’est jamais trop tard pour tenter… de nouvelles expériences !

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Anne-Charlotte, la duchesse. Sa Dame de cœur...

Anne-Charlotte, la duchesse. Sa Dame de cœur…

Quand Philippe Lecaplain m’a demandé d’incarner sur une scène deux des personnages de sa pièce Ces Dames de l’Annonce, j’ai cru qu’il plaisantait. Jamais je n’avais fait de théâtre, si ce n’est incarner un « chou » dans le spectacle de fin d’année de mon école primaire sur l’air de « Savez-vous planter les choux ».

De plus, je ne suis plus une perdrix de l’année. Depuis que j’ai fêté mes 50 ans, j’ai arrêté la comptabilité, histoire de faire la nique au temps. Il n’empêche, il passe…

Au vu de mon grand âge, serai-je encore capable de mémoriser un texte ? Certes, j’ai encore en tête des vers de Baudelaire, d’Aragon, de Barbara, Brassens, des tirades de classiques… Mais là, il fallait apprendre tout autre chose. Ensuite, se glisser dans la peau d’un huissier coquin et d’une duchesse ménopausée mais néanmoins frétillante à l’idée de s’encanailler en vivant des amours ancillaires illégitimes…

J’avais donc bien l’âge du rôle, et si je ne me lançais pas dans cette aventure maintenant, lorsque je ne pourrai plus le faire en raison des « irréparables outrages » infligés par les années qui dorénavant comptent double, je suis prête à parier que j’en cultiverai regrets et remords. Vilains mots, vilaines postures qui ne me ressemblent pas. On peut vivre avec ses souvenirs, heureux ou malheureux, sans pour autant se lamenter avec des « si j’avais su », « j’aurais dû » qui ne sèment qu’alacrité et aigreur.

J’ai donc relevé ce défi avec mes petits camarades et vogue la galère ! Après une année de préparation, répétitions, doutes, franches rigolades, et enfin l’envie commune de cette aventure, nous avons enfin pu jouer notre pièce ! Notre « troupe » comprend 5 acteurs dont 3 qui n’étaient jamais montés sur scène. Aussi est-ce avec une certaine appréhension que nous avons donné notre « Première » le 30 janvier 2017, au théâtre Clavel à Paris. Je l’avoue, un trac terrible, mais une fois face au public, la magie opère. Les personnages de Ces Dames sont drôles, le texte souvent très léger, les gens réagissent en riant, parfois si fort que cela devient communicatif, fou-rire irrépressible assuré !

Nous poursuivons donc sur notre lancée, heureux et fiers d’avoir mené à bien ce défi. Nous serons en mars à nouveau « sur les planches »: le 7 au théâtre de Saint-Maur, puis à nouveau au théâtre Clavel les jeudi suivants du même mois. Alors, à très vite !

N’oubliez pas de réserver: Billetreduc

Isabelle, l'huissier de justice

Isabelle, l’huissier de justice